L’église Sainte-Jeanne de Chantal va être démolie

CharmillesUn lieu de culte plus modeste et 80 logements remplaceront cet édifice insolite de 1968. Malgré l’opposition de l’État.

Fermée depuis 2014, cette église en béton était trop chère à l’entretien.

Fermée depuis 2014, cette église en béton était trop chère à l’entretien. Image: Georges Cabrera

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L’église de Sainte-Jeanne de Chantal, aux Charmilles, ne laisse pas insensible. On aime ou on déteste son imposante coquille de béton, son cœur trop grand et majestueux, ses murs de béton cannelés froids qui font danser les rais de lumière. L’Église catholique romaine de Genève (ECR) souhaite la détruire pour mieux reconstruire, le Canton veut la mettre à l’inventaire pour la protéger. La procédure vient de se terminer et l’ECR a gagné; l’église va disparaître.

Construite en 1968, Sainte-Jeanne-de-Chantal connaît l’âge d’or, avec 700 fidèles sur les bancs. Au fil des ans, la fréquentation s’érode, tout comme les finances de sa paroisse. L’édifice devient un poids: trop cher à entretenir – l’église, mal isolée, est un gouffre énergétique – et à rénover, trop grand pour la poignée de fidèles. Alors on le ferme en 2014.

L’État fait barrage

Depuis, le bâtiment dépérit, tombe en morceaux, prend l’eau. Et la paroisse risque la faillite d’ici un an. Alors l’ECR a décidé de détruire l’église pour reconstruire un lieu de culte plus modeste et utilisable par d’autres communautés, ainsi que 80 logements pour assurer le rendement de la paroisse. Mais l’État a fait barrage pour protéger «ce chef-d’œuvre architectural».

La procédure de mise à l’inventaire a fait intervenir plusieurs acteurs, dont le Département du territoire, le propriétaire (la paroisse de Sainte-Jeanne) et la commune d’hébergement (la Ville de Genève). Les deux derniers ayant donné un préavis défavorable, l’Office du patrimoine et des sites a finalement renoncé à l’inscription.

Mettre à l’inventaire – et non «classer», qui implique que le bien ne peut plus subir de transformation et doit être protégé dans sa fonction – aurait signifié «une expropriation des droits à bâtir, on n’aurait plus pu toucher à ce bien ni au terrain qui l’entoure» selon l’ECR; «tout au plus une protection d’ordre général qui n’empêche pas des modifications du bâtiment» soutient Francesco Della Casa, architecte cantonal.

Démolition imminente

L’Église peut maintenant aller de l’avant et n’attend plus que les autorisations de démolition-reconstruction pour démarrer son projet. Dominique Pittet, secrétaire général de l’ECR, est satisfait, «même si la démolition d’une église ne se fait jamais de gaîté de cœur». La pilule a en revanche bien du mal à passer du côté de l’architecte cantonal. «On a tout essayé pour conserver ce patrimoine de qualité, qui fait partie de notre culture et de notre histoire. Mais il va disparaître et à titre personnel, je le déplore.»

Et Dominique Pittet de relever: «Si on considère que cette église est un élément de patrimoine, alors il faut nous aider à l’entretenir!» L’État a bien tenté de proposer des alternatives, comme réaffecter l’édifice en aula pour la Haute École d’art et de design ou en bibliothèque. Mais ce ne sont pas des solutions viables: avant de louer, il faut pouvoir rénover, puis entretenir, ce que la paroisse ne parvient pas à faire, indique l’ECR.

L’architecte cantonal conclut en regrettant que l’Église n’envisage pas une solidarité entre paroisses. «Certaines sont plus florissantes, dommage qu’elles soient incapables de mutualiser leurs moyens». (TDG)

Créé: 17.06.2018, 15h58

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