L'avocat des squatters arrive en ville

Un candidat au saut du lit (1/16)Récemment installé à Plainpalais, Pierre Bayenet veut succéder à Rémy Pagani.

Pierre Bayenet a réduit son activité d’avocat. Il veut 
s’engager pour changer la vie des Genevois.

Pierre Bayenet a réduit son activité d’avocat. Il veut s’engager pour changer la vie des Genevois. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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C’est un peu un salon «à la marocaine». Pas de sofa, mais un sol recouvert de tapis ocre, une table au ras du sol. C’est dans son petit trois-pièces de Plainpalais que Pierre Bayenet nous reçoit, un matin de janvier. L’avocat s’est installé dans cet appartement en décembre, quittant son domicile de Bardonnex pour s’engager dans la campagne à la Mairie de Genève, sous la bannière de SolidaritéS-DAL.

Pierre Bayenet, 43 ans, nous accueille à l’heure du petit-déjeuner, qu’il vient de terminer. Il fait cru dans l’appartement aux fins vitrages, alimenté par une petite chaudière à gaz. Assis à la table de sa cuisine, il assume ce déménagement qui fait causer. «Je me sens pleinement citoyen de la Ville. J’y ai vécu pendant huit ans. Elle a toujours été le centre de mes activités sociales, culturelles et professionnelles.»

Travail en stand-by

Il est 9h. L’heure de rejoindre son étude? Pas ce matin. Pierre Bayenet a mis un frein à sa vie professionnelle pour faire campagne. «Je fais du 50/50. Je gère encore quelques affaires. Mais il ne reste plus que mon secrétariat et moi.» Il a fallu se séparer de plusieurs employés: «Je ne voulais pas prendre le risque de ne plus pouvoir payer les salaires. J’ai choisi ce métier pour défendre les plus démunis, pas pour être un chef d’entreprise. J’aime travailler dans les structures horizontales et participatives.»

«On doit organiser la ville pour qu’elle ne soit pas réservée aux plus riches»

Pierre Bayenet

Pour commencer cette matinée de campagne, l’ancien scout né à Bruxelles nous emmène à la rencontre du collectif de lutte pour les Mineurs non-accompagnés. Le militantisme pour les droits humains, il connaît. À 17 ans, Pierre Bayenet intègre un groupe de défense puis se forme dans le milieu associatif pour apprendre «à organiser des conférences de presse, gérer des groupes, croiser les informations». À l’étude, il s’engage notamment dans la défense des victimes de violences policières jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme et sera surnommé «l’avocat des squatters», pour avoir bloqué pendant plus d’un an l’évacuation du squat Rhino. Cette envie «de ne pas être qu’un spectateur du monde» ne vient pas du cercle familial. «Au contraire. Mes parents sont des scientifiques qui pensaient plutôt que le monde appartient aux ingénieurs. J’ai même ressenti une certaine appréhension en leur annonçant que je quittais l’EPFL pour étudier le droit.»

Sa première campagne politique, il l’a faite pour la Constituante. Puis pour l’élection au poste de Procureur général, qu’il n’arrivera pas à ravir à Olivier Jornot en 2014. Va-t-il recommencer? «La justice est un monde passionnant. Mais j’ai envie de m’engager sur des questions plus larges. Les enjeux de notre société, sociaux et environnementaux, sont critiques et demandent des réponses urgentes.» Il n’exclut pas, toutefois, de revenir un jour sur le terrain judiciaire.

«L’heure est à la sobriété»

Mais pour l’heure, c’est la vie des Genevois qu’il dit vouloir changer. «Mon but, c’est que les familles normales, qui ont souvent besoin de deux salaires pour tourner, puissent continuer à bien vivre en ville. Pour cela, il faut des places de crèche, des logements sociaux. On doit organiser la ville pour qu’elle ne soit pas réservée aux plus riches.» Suivra-t-il les traces de Rémy Pagani? «Même si ses méthodes sont parfois contestées, son bilan est très positif en termes de lutte contre la spéculation immobilière et de logement. J’aimerais aussi donner un coup d’accélérateur à la piétonnisation, à la mobilité douce, avec des axes cyclables sûrs et rapides.»

Freinera-t-il sur les remboursements de frais pratiqués par son prédécesseur? «Les magistrats doivent pouvoir être efficaces. Inviter un entrepreneur ou un syndicaliste à déjeuner peut faire avancer un dossier, dans l’intérêt de la Ville. Les contrôles doivent être faits, mais ne doivent pas coûter plus cher que les dépenses. Mais je ne porte pas cette image de ville «prestige» qu’endosse Genève. Les réceptions mondaines luxueuses ne sont pas pour moi. Cette étiquette doit être abandonnée. Elle est peu démocratique, antisociale et antiécologique. L’heure est à la sobriété.»

Créé: 20.01.2020, 06h39

Municipales

Ils sont 16 à convoiter la mairie de Genève. La «Tribune» les a rencontrés au petit matin.

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