L’État concocte une plage au rabais, faute d’argent

GenèvePour respecter le crédit de 61 millions de 2009, les équipements de la plage des Eaux-Vives sont revus à la baisse.

Débutés en septembre 2017, les travaux se poursuivent pour que la plage des Eaux-Vivespuisse ouvrir à l’été 2019.

Débutés en septembre 2017, les travaux se poursuivent pour que la plage des Eaux-Vivespuisse ouvrir à l’été 2019. Image: NICOLAS DUPRAZ

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Après avoir été un serpent de mer, la plage des Eaux-Vives est visiblement devenue un casse-tête chinois. Le problème de l’État: réaliser ce futur espace de baignade tel qu’entièrement repensé suite au recours du WWF, tout en respectant le crédit de départ voté en 2009. À l’époque, point de roselière, de mare ou de passerelle. En toute logique et comme nous vous l’annoncions à la fin d’octobre, la plage coûte plus cher que prévu et les sous manquent.

Pourtant, Karine Salibian Kolly, secrétaire générale adjointe au Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture (DETA), l’assure: «Nous allons faire l’ensemble des travaux sur le crédit de 61 millions de 2009. Toutes les infrastructures seront réalisées.»

Mille personnes par WC

Ce qu’elle peine à dire, c’est comment. «On cherche à faire des économies», avance-t-elle. Pour rester dans les clous, le projet a en effet dû être largement modifié. «Par exemple, au lieu d’être bitumé, les chemins seront dans un matériau plus simple mais aussi plus naturel, précise le conseiller d’État à la tête du DETA, Luc Barthassat. On a aussi fait le tri sur les équipements nécessaires ou pas.» Le principal changement concerne les sanitaires. Sur la plage, on est en effet passé de deux blocs à un. Cette modification entraîne une diminution du nombre de toilettes de 20 à 8.

Un chiffre à mettre en relation avec la fréquentation attendue: «Le site pourra accueillir de 6 à 8000 personnes lors des belles journées d’été», peut-on lire dans le dépliant officiel. Huit mille visiteurs pour huit toilettes… «Il y aura aussi les toilettes du restaurant, et celles de Baby-Plage, un peu plus loin», tente de justifier Karine Salibian Kolly.

Luc Barthassat complète en évoquant la possibilité de toilettes publiques supplémentaires sur le site, «pour les SDF, ouverts l’hiver». Auquel cas, une chaufferie serait nécessaire pour éviter le gel de la tuyauterie, soit des coûts supplémentaires. «Exact. Mais ce sera un projet social, à mener avec une association et bénéficiant d’un financement privé», précise le magistrat.

Si des toilettes supplémentaires s’avéraient nécessaires, il faudrait refaire des travaux. «Absolument pas! Nous allons dès maintenant mettre en place les arrivées d’eau et évacuations dans le sol. Cela ne coûte rien d’enterrer des mètres de tuyaux au cas où», affirme Luc Barthassat, ajoutant: «Je sais de quoi je parle, j’ai été paysagiste.»

Reste que même en rognant sur les équipements ou sur les matériaux ou en puisant de-ci de-là sur les budgets des services du département, 1,8 million manque toujours à l’appel, notamment pour pouvoir réaliser la passerelle au-dessus de la mare. Pourquoi ne pas avoir déposé une nouvelle demande de crédit au Grand Conseil? «Mon tempérament, ce n’est pas d’aller puiser dans la caisse quand on peut faire autrement. Je veux que mes équipes trouvent les moyens d’être au plus proche du budget de base», persiste et signe Luc Barthassat.

Qui assurera l’entretien?

De quoi s’interroger sur l’aboutissement des négociations en cours entre la Ville et le Canton. Car, à terme, les services de la Municipalité, tels que les espaces verts, la Voirie et la police municipale, sont censés s’occuper de l’entretien de la future plage. Mais «sous certaines conditions», rappelle Isabelle Charollais, codirectrice au Département des constructions et de l’aménagement (DCA) de la Ville. «Notre souci est que les structures permettent de gérer la tonte de l’herbe et d’assurer la propreté du site. Bref de disposer d’un équipement gérable.»

Se déclarant optimiste quant à la suite des discussions entre les deux autorités, elle indique: «Nos collègues du Canton nous ont parlé de leurs problèmes de ressources. De notre côté, nous les avons alertés: si la problématique financière avait des conséquences sur la gestion future de cet espace, il faudrait qu’une discussion politique ait lieu.»

Sur ce point, Luc Barthassat tranche, lui, tout de go: «Si on n’arrive pas à s’entendre avec la Ville, l’État prendra en charge l’entretien. Et avec la solution proposée, on y arrivera très bien. On n’aura qu’à faire venir une camionnette et deux employés tous les dix jours pour tondre le gazon», conclut-il, arguant à nouveau de son passé de paysagiste.

Collaboration: Christian Bernet


Le restaurateur devra payer ses cuisines

L’État cherche un futur exploitant pour son restaurant de la plage des Eaux-Vives. Mais aussi un financeur. L’appel à candidatures est paru le 19 janvier dans la feuille d’avis officiel (FAO). Il précise que le contrat de prestations sera valable dix ans. Et que l’exploitation des lieux pourra se faire à partir de «l’été 2020 ou dès finalisation des travaux de construction».

Pourquoi alors mettre au concours dès maintenant? «Pour que l’exploitant puisse participer aux futurs aménagements», répondent les services du Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture (DETA). Mais aussi prendre «en charge financièrement» les équipements du restaurant, comme on peut le lire dans la FAO. L’investissement de départ est ainsi évalué à 500 000 francs. Le fermage sera établi en fonction du chiffre d’affaires et sera au minimum de 25 000 francs.

«Il faut que cette buvette soit une institution, s’enthousiasme le conseiller d’État Luc Barthassat. Il faudra des prix pour toutes les bourses, avec des produits du terroir, du lac et des vins genevois.» Ainsi que des plats du jour au prix usuel. Une philosophie censée correspondre à l’esprit populaire et convivial de l’ensemble de la plage, dont l’accès sera gratuit.

Le restaurant sera l’un des seuls sous l’égide de l’État et non de la Ville. Une particularité due au fait que le bâtiment verra le jour sur le lac, soit sur le domaine public propriété de l’État. Ce dont Luc Barthassat se réjouit: «Le Canton doit prendre des responsabilités sur le territoire qui est le sien!» Et de lister ses exigences, parmi lesquelles: «Le jus de pomme moins cher que les sodas.» À ses yeux, «il y a de nombreuses choses à mettre en place et en la matière, la Ville n’est pas aussi sensible que l’État vis-à-vis de la promotion des produits du terroir!»

Les personnes intéressées ont jusqu’au 15 février pour candidater. À noter, «toute demande doit se faire exclusivement par fax», précise l’appel d’offres. Reste à en trouver un.

(TDG)

Créé: 04.02.2018, 19h25

Le projet

Neuf ans se sont écoulés entre le projet présenté en 2008 par Robert Cramer, alors conseiller d’État, et le début du chantier en septembre 2017.
Un crédit de 61 millions (48 pour le parc et la plage, 13 pour le port) est voté en 2009 par le Grand Conseil. En décembre 2010, le WWF fait recours. En juillet 2013, le tribunal administratif lui donne raison. Le projet est repensé.
Longue de 400 mètres, la plage s’étend de Baby-Plage jusqu’au port de la Nautique, agrandi par le prolongement de la digue. De quoi réaliser un port de 226 places, une plate-forme pour les dériveurs et des cabanes pour les pêcheurs. La première ouverture est prévue à l’été 2019. Puis un accès complet en 2020.

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