Jornot, le député qui fait peur aux magistrats

Election du procureur généralCet avocat, membre du Parti libéral-radical, se présente comme un homme d’écoute et de dialogue.

Olivier Jornot: «Je suis très attaché à la sécurité publique.»

Olivier Jornot: «Je suis très attaché à la sécurité publique.» Image: OLIVIER VOGELSANG

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Dans son étude, Me Olivier Jornot travaille sous le regard bienveillant de son arrière-arrière-grand-père: un homme aux épaisses moustaches et à la chevelure blanche. Rasé de près, complet veston strict, l’avocat, colonel à l’armée, contemple ce tableau. Fier. «Il était recteur de l’Université de Barcelone», dit-il. Une consécration. Olivier Jornot, lui, attend aussi son heure. Candidat au poste de procureur général, le député PLR saura jeudi, après l’élection devant le Grand Conseil, s’il succédera à Daniel Zappelli, démissionnaire.

Quel est votre diagnostic sur la crise du Ministère public?

Le Ministère public a raté le virage du 1er janvier, date de l’entrée en vigueur du nouveau Code de procédure pénale (NCPP). Les moyens se sont révélés insuffisants et l’organisation inadaptée. A cela s’ajoute la crise du lien de confiance entre le pouvoir judiciaire et les autres pouvoirs, soit le Grand Conseil et le Conseil d’Etat.

Quelles seront vos solutions?

Le procureur général doit écouter et rétablir les canaux de communication entre lui, les 35 magistrats du Ministère public et les collaborateurs. Il ne doit pas s’enfermer dans son bureau. Bien sûr, j’ai des idées, mais il serait faux d’appliquer des solutions toutes faites sans l’avis des gens concernés. Une mesure possible serait d’engager un collaborateur juriste par magistrat, un véritable assistant du procureur qui peut le seconder et le remplacer. En tant que président de la Commission de gestion du pouvoir judiciaire, le procureur général est un ambassadeur auprès du Grand Conseil et du gouvernement.

Combien allez-vous demander de postes supplémentaires?

Il n’est pas possible de donner des chiffres sans analyse. Il faudra reprendre et remettre à plat la dernière demande du pouvoir judiciaire soumise cet automne au politique. Une fois que les besoins en juristes et personnel administratif auront été satisfaits, on examinera si le nombre des magistrats doit être augmenté.

Daniel Zappelli avait mis l’accent sur la lutte contre la criminalité de rue. Et vous?

Je suis très attaché à la sécurité publique, mais je suis aussi sensible aux affaires économiques et financières. C’est un enjeu essentiel pour la place financière et un message envers le crime organisé. J’attends surtout des résultats sur la fermeté de l’action pénale. Je ne veux plus que les délinquants viennent à Genève parce qu’ils pensent qu’ils n’y risquent rien. Le travail de la police et de la justice doit être dissuasif.

Si vous aviez été procureur général en juillet 2008, comment auriez-vous réglé l’affaire Kadhafi? A l’époque, il y avait eu une polémique sur l’arrestation menée notamment par le substitut Yves Bertossa.

Quand il y a un tel dossier sensible, la communication entre le magistrat ouvrant la procédure et le procureur général doit permettre à ce dernier d’assumer toutes les décisions prises. Le Parquet est un et indivisible, cela n’a pas été le cas en 2008. Dans un tel dossier, le procureur général doit s’assurer personnellement du plein soutien politique et diplomatique. Cela fait, j’aurais soutenu l’interpellation d’Hannibal Kadhafi.

Vous n’êtes pas du sérail et vous êtes craint par la magistrature, qui ne vous sent pas rassembleur. Pourquoi?

Si le pouvoir judiciaire veut restaurer son image, il est peut-être bon qu’il y ait un regard externe. Je suis quelqu’un d’extérieur, mais pas de très loin. Dans ma profession, je fréquente régulièrement les tribunaux. Comme député, j’ai participé activement à la réforme de l’organisation judiciaire et j’ai eu l’occasion de débattre avec les magistrats des problèmes qui les préoccupent.

Vous avez traité les premiers procureurs démissionnaires, en octobre, d’irresponsables. Vous persistez?

Avec le recul, ces démissions doivent être comprises comme un cri d’alarme. A l’époque, les magistrats se sont sentis acculés, ils n’ont pas vu d’autre moyen pour faire bouger les choses. J’ai de la compréhension, mais j’aurais évidemment préféré que tout le monde reste à la barre.

Comment assumez-vous votre passage chez Vigilance, un parti d’extrême droite?

J’étais mineur à l’époque, on ne devrait même pas en parler (il sourit). Cela fait vingt-deux?ans que je suis au Parti libéral, puis au Parti libéral-radical (PLR). Je préfère avoir fait le trajet dans ce sens que l’inverse. (TDG)

Créé: 08.12.2011, 19h18

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