Jo-Johnny s’éteint à 92 ans. Une carrière genevoise comme on n’en fera plus

SCÈNEJohn François Girod était sur scène depuis le début dans années 1940. Il y restait encore en 2009. Son succès a traversé les générations.

John François Girod, alias Jo Johnny

John François Girod, alias Jo Johnny Image: Salvatore Di Nolfi

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C’était une légende vivante. Jo-Johnny vient de disparaître. Le comédien qui aura le mieux marqué un certain esprit de Genève s’est éteint à 92 ans.

Né John (Genève a toujours été très anglophile) François Girod, l’homme était né le 8 novembre 1919. En ville, bien sûr. Il fallait alors avoir un métier en mains, même si l’on rêve de théâtre. Le débutant est ainsi électricien professionnel quand il décroche son diplôme au Conservatoire d’art dramatique de Genève. Trois ans plus tard, il accède aux planches du Casino-Théâtre, qui constitue alors «la» salle populaire, celle qui organise des revues depuis que le siècle est né.

Vedette américaine

En 1946, John épouse Camille. Une équipe solide. Elle restera vingt ans sa pianiste. Les spectacles se suivent, dans une ville où il n’y en a pas tant que ça à l’époque. Jo-Johnny se voit ainsi amené à assurer des premières parties pour des soirées organisées autour d’invités célèbres, venus de la Ville Lumière. Il a la fameuse «vedette américaine», précédant Maurice Chevalier ou Mistinguett, qui fait déjà ses adieux.

Il n’y a pas que le théâtre ou la revue d’actualité, où il forme un tandem superbement rôdé avec la vaudoise Irène Vidy pour causer de ce dont on cause. Devenu en 1952 sociétaire du Casino-Théâtre, qui entretient alors comme la Comédie une véritable troupe, Jo-Johnny se produit tous azimuts. Il y a l’opérette, qui connaît encore des années fastes. La télévision entre en jeu dès 1955.

Podium de la bonne humeur

En 1970, l’homme, au fabuleux accent local, ne change pas de registre en créant le Podium de la bonne humeur, qui devient bientôt une caravane. Celle-ci tourne dans 36 localités de Suisse romande. Et tout s’enchaîne, tandis que le temps passe. Jo-Johnny traverse presque sans s’en rendre compte les générations. En 1991, il se voit ainsi récupéré par Pierre Naftule, chargé de faire souffler un air neuf sur l’ex «Casin». Il sera au propre comme au figuré de la revue.

La retraite? Pas question d’y penser. Il faut vivre. Et puis garder si possible un souffle vital. En 2009, Jo-Johnny peut ainsi fêter ses 90 ans sur scène. Une scène très classique, puisqu’il s’agit de celle du Victoria Hall. Ses copains sont là. Seul Bernard Haller l’a quitté, à l’improviste. Comme le comédien le déclare alors. «J’ai une chance fantastique. Je jouis d’une bonne santé et la mémoire est bien là. Mais elle s’entretient, et à tout âge!»

Une autre époque

Aucune chance qu’une telle personnalité ne se voit jamais remplacée. L’acteur incarnait un moment de la vie genevoise. Son monde n’était ni classique, ni avant-gardiste, ni du coup subventionné. Jo-Johnny rendait heureux son public populaire, qui venait le voir pour se souvenir de jours supposés plus faciles. La rue de Carouge a bien changé en trois quarts de siècle… (TDG)

Créé: 25.04.2012, 10h27

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