J’ai vécu le quotidien d’un livreur d’Uber Eats

Livraison à domicileLe nouveau venu de la livraison de plats à Genève rebat les cartes de la logistique, fâche les syndicats et indispose l’État. Immersion.

Environ deux cents coursiers connectés à l’application Uber Eats livreraient des plats à domicile dans le canton, selon Uber.

Environ deux cents coursiers connectés à l’application Uber Eats livreraient des plats à domicile dans le canton, selon Uber. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est le grand jour. Uber lance son service de livraison de plats à domicile à Genève. Parmi les 200 coursiers inscrits sur Uber Eats, près de la moitié est présente ce jeudi 29 novembre. Un petit-déjeuner organisé par l’antenne locale de la multinationale américaine chez un de ses partenaires, Tartares & Co, à Plainpalais, pour peaufiner les derniers détails.


Lire aussi l’éditorial: Comment cadrer Uber sans le brider


Je suis journaliste, mais je fais aussi désormais partie de cette nouvelle communauté de livreurs et je suis sur le point de découvrir l’écosystème d’Uber de l’intérieur. L’univers d’une multinationale qui bouleverse les codes de la livraison, des transports, de la logistique urbaine.

Sur le point de voir comment ça fonctionne derrière l’écran, une fois qu’un internaute a fait l’achat d’un plat à l’emporter dans un restaurant, j’entre sans trop le savoir dans un monde de brutes. Et j’ai peur de perdre mon sac.

On craint tous pour nos sacs. Ces gros cubes noir et vert fluo, que tout le monde connaît désormais au centre-ville, qui jaillissent, depuis ce 29 novembre, chaque jour à midi et en soirée, surtout du côté de Holy Cow!, Supreme Tacos, Chick Chicken et, depuis peu, des restaurants McDonald’s. Ils nous ont été remis contre une caution de 120 francs et ils sont posés dans un coin du bistrot, rangés comme des plots, tous identiques.

Le premier jour d’Uber Eats à Genève

Dans la salle, il y a une petite centaine d’étudiants, de chômeurs, d’apprentis, beaucoup d’étrangers, d’origine africaine, brésilienne, sud-américaine. Surtout des hommes de moins de 35 ans. Nous écoutons attentivement un garçon qui semble plus jeune que nous, un responsable d’Uber Eats, Guillaume Malfait.

Dans une heure, le service d’Uber Eats sera lancé. Des jeunes employés de la multinationale distribuent des t-shirts, gratuitement, et des vestes pour 1 franc. Uber Eats nous promet un chiffre d’affaires de plus de 200, voire 300 francs par jour, de jeudi à dimanche. En tout, 1062 francs dans la poche en quatre jours si on est connecté, qu’on se trouve dans la zone de desserte – le centre-ville, Plan-les-Ouates, Grand-Saconnex et Eaux-Vives inclus – et qu’on accepte 85% des courses.

Un rêve accessible à tous. Il suffit d’être Suisse ou d’avoir un permis de travail, de savoir rouler et de présenter un extrait de casier judiciaire vierge. La multinationale n’exige même pas le statut d’indépendant. La présentation terminée, la foule se disperse. «Mettez-vous près d’un des restaurants partenaires, vous allez apprendre à vous placer», nous conseillait quelques minutes plus tôt Guillaume Malfait.

L’algorithme du géant informatique tient compte de l’endroit où l’on se trouve avant de décerner une course. Chacun part donc se placer. Sushi Shop, Edward’s ou Funky Monkey Room figurent parmi les principaux partenaires, nous a-t-on dit. Sur l’application réservée aux coursiers, j’appuie sur le bouton «Go». J’indique que je suis disponible.

La seule occasion pour les coursiers de se rencontrer en nombre est passée. Dorénavant, c’est aux comptoirs des restaurants qu’on se croisera, quelques minutes tout au plus si les cuisiniers sont lents. Des groupes WhatsApp se sont néanmoins formés, chez Tartares & Co ou avant. Autant d’armes pour cette communauté qui collabore avec Uber mais qui s’en méfie comme de la peste.

Uber Eats, c’est un jeu en réseau. Avec un chef d’orchestre (Uber), un plateau (Genève) et trois sortes de pions (restaurants, coursiers et clients). À chaque sonnerie, on reçoit deux cartes: l’une avec l’adresse du restaurant, à retourner pour savoir où aller, l’autre avec celle du client, que nous ne pouvons consulter avant d’avoir reçu le colis – une règle qui vise à nous empêcher de refuser une course inintéressante.

Un gigantesque jeu en réseau

Je reste sur la plaine de Plainpalais avec d’autres coursiers. Un étudiant cherche à se payer un voyage après ses études, un autre à arrondir ses fins de mois. D’autres personnes attendent aussi. Qui sont-ils? Des requérants d’asile? Des anciens chômeurs? Des frontaliers? L’écrasante majorité des livreurs sont à vélo. En général des deux-roues d’occasion, sinon pourris, la selle mal ajustée, trouvés on ne sait où. Des bras cassés du guidon si on les compare aux dinosaures passionnés de La Vélopostale ou de chez Krick, les cyclomessageries du coin. J’ai même vu un porteur d’Uber Eats en gyropode. Avec mon Jean Brun, je détonne.

À 11 heures pile, sur l’application destinée aux clients, les restaurants s’affichent comme disponibles. Nous attendons désormais notre première commande comme si nous étions entrés dans une nouvelle ère.

Certains arborent l’uniforme vert fluo et gris, transformés en hommes-sandwichs gratuitement. D’autres ont utilisé les caches en tissu synthétique, fournis avec le sac et qu’on peut scratcher sur les logos Uber Eats pour plus de discrétion. «Pas sûr qu’on sera bien accueilli», estime un étudiant.

Quelques années plus tôt, le lancement d’Uber à Genève – son service de transport de personnes – s’était accompagné de bagarres et d’actes de vandalisme. Sur la plaine de Plainpalais, le téléphone d’un étudiant vibre. Sa première commande l’emmène vers un sushi de la ville puis vers son client. Ou celui d’Uber, selon les points de vue.

La puissance des algorithmes

«Vous allez apprendre à vous placer.» Ces mots résonnent dans ma tête. Pour les étudiants, c’est le bon plan. Ils n’ont qu’à se connecter entre midi et deux depuis Uni Mail, un bâtiment entouré de restaurants, et se mettre en pause à la première sollicitation. En tant que journaliste immergé – et non infiltré car je travaille à visage découvert –, je compte faire de même depuis les bureaux de la «Tribune de Genève», bien placés eux aussi par rapport aux restaurants.

Une sonnerie nouvelle émane de mon téléphone. Je fais mon entrée dans le Grand Game.

Ma première commande me conduit à livrer du poulet frit à des étudiants du collège Emilie-Gourd. Je pédale ensuite avec des hamburgers de la rue de Carouge à la rue Pierre-Fatio. Ma troisième mission m’envoie de la rue du Conseil-Général au Muséum. Puis de chez Edward’s à la rue de Lausanne et, dans la foulée, de la gare à Montbrillant. Le client, qui peut suivre mon trajet, guette souvent mon arrivée sur le trottoir.

Un jeu d’une puissance fascinante. Dès le deuxième jour, un vendredi soir, il révèle le formidable potentiel de sa technologie de mise en relation géolocalisée. Grâce aux promotions d’Uber, nous avons à peine le temps de terminer une livraison qu’une nouvelle commande jaillit, et ainsi de suite jusque tard dans la nuit. Sur WhatsApp, mes camarades donnent l’impression d’avoir misé sur le bon cheval, de contribuer à la révolution numérique.

Premier pourboire à ma huitième course, d’une expat qui me dit qu’elle a cliqué à peine un quart d’heure plus tôt. La première semaine, les clients ont été livrés en moyenne en dix-sept minutes, selon Uber.

Sur les trajets, je croise d’autres coursiers. Des concurrents, mais on se salue comme si on faisait partie du même gang. Uber Eats, contrairement au service de transport de personnes d’Uber, c’est visible. En somme, des nouveaux facteurs ont débarqué en ville. À l’effervescence des premiers jours succède rapidement une forme de routine triste. À part vendredi, la première semaine a été calme. Les temps d’attente entre deux courses ont pu être longs. Un bug a fait dysfonctionner les promotions et retarder la première paie hebdomadaire du mardi. Un souci d’autant plus malvenu qu’il renforce le sentiment de recevoir un salaire de la part d’un employeur.

Dans un premier bilan avec les coursiers dix jours après le lancement, les employés de la multinationale feront preuve de diplomatie pour calmer le mécontentement. Le jeu continue néanmoins. Uber distille ses messages, indique quand des promotions sont en cours, quand une prime est prévue par mauvais temps, comment se porte la demande. À la mi-décembre, la prime de pluie était constamment activée. Mes camarades jouent le jeu, faute de mieux.

Durant la pause de Noël, je délaisse mon guidon. Les cadres d’Uber Eats nous ont dit que la demande était en berne pendant les Fêtes, mais qu’elle redémarrait dès le premier jour de l’an.

Une journée de livraison en ville

Un vendredi de janvier, je décide de faire une journée de livraisons, pour voir combien on peut gagner, sachant qu’on nous verse 4 francs pour la prise en charge, 1 fr. 50 pour la livraison et autant par kilomètre. Pour un trajet de trois kilomètres, on touche autrement dit dix francs (4 + 1,50 + 1,50 x 3). Le vendredi, nous a-t-on dit, est un gros jour, surtout le soir. Sur les réseaux sociaux, un livreur se targue d’avoir gagné 153 francs en une journée, une référence.

L’algorithme m’octroie trois courses à midi: un kebab de la Jonction à Champel, un hamburger et des frites de Florissant à la route de Drize et des sushis de la rue du Stand à la place Saint-Gervais.

Je parcours dans ce cadre 7,48 km, pendant 65 minutes et 43 secondes. Coût total: 29,61 francs, sur lesquels Uber dit prendre 1,47 franc; une taxe de 11 centimes est aussi prélevée. Le reste est versé sur mon compte par Uber. Un tracé au mètre près m’est envoyé pour chaque trajet.

Rien dans l’après-midi. La demande, nous dit-on, est faible entre 14 et 17 heures. Je travaille au bureau en attendant.

Vers 17 h 30, toujours aucun mouvement. Je sonde mes collègues-concurrents sur WhatsApp, qui font état d’un calme similaire. L’un d’entre eux publie une photo de lui chaussé d’une paire de patins à roulettes typiques des années 1980. Pour satisfaire un client qui lui a fait traverser la ville, il dit avoir pris le tram.

Première commande du soir peu avant 18 heures, le plan sur l’application s’affiche en noir pour me rappeler que la nuit est tombée.

Je file vers la route de Chêne où j’ai à peine le temps de livrer mes poissons crus qu’une nouvelle sonnerie jaillit. Elle m’amène à Cologny avec d’autres sushis. Sur le chemin du retour, je prends la direction du bureau, cet endroit «placé» où je pourrai recharger mon téléphone pour faire face en cas de forte demande et travailler en attendant une course.

Après chaque course, je me dirige vers la Julie, mais à chaque fois, ça sonne et je repars dans la nuit, happé au large par les vagues du numérique.

Je croise un collègue-concurrent qui cherche son chemin sur son portable, puis un autre. En soirée, les livreurs ubérisés, comme les salariés de Sushi Shop et de Domino’s Pizza, sont plus nombreux qu’à midi en semaine, les créneaux sur lesquels j’ai pris l’habitude de me connecter.

«Qu’il nous laisse faire des livraisons»

L’activité est intense jusqu’à 20 h 15. J’ai l’impression de retrouver le rythme du premier vendredi soir, ce fameux 30 novembre quand la demande était dopée par les promotions et le marketing d’Uber. Après cinq courses, plus rien. De livreur, je deviens «erreur». Je pédale sans direction, comme d’autres coursiers croisés en chemin.

Sur WhatsApp, les échos sont similaires. Comme si soudainement la demande était tombée et que toute une communauté s’était mise en attente. Certains disent se placer en fonction des promotions des restaurants. L’un dit patienter depuis plus d’une demi-heure sur la plaine de Plainpalais. D’aucuns estiment qu’on est trop nombreux, qu’il n’y a plus assez de courses par personne. Qu’Uber est une carotte, ce légume qui fait avancer les ânes.

Je m’arrête à la gare, puis au journal. Dans la nuit, mon téléphone m’emmène à Châtelaine avec de la nourriture indienne. Après avoir passé douze heures en ligne et effectué neuf courses, Uber m’indique que j’ai gagné 84,10 francs, plus de trois fois moins que ce que prévoient les usages genevois pour la catégorie logistique. Sans les charges sociales et sans assurance-accidents.

L’arrivée de treize restaurants McDonald’s, à la fin de janvier, parmi les partenaires d’Uber Eats, a créé une certaine effervescence dans la galaxie des livreurs. Depuis, les commandes sont reparties à la hausse.

Mais elles pourraient vite redescendre après les propos mardi soir de Mauro Poggia, le magistrat en charge de l’inspection du travail et de la police du commerce, qui veut obliger Uber à engager ses coursiers partenaires ou lui interdire de pratiquer. Sur WhatsApp, un ancien chômeur de longue durée, ravi de pouvoir enfin «transpirer plutôt que de vivre comme un assisté» était amer mercredi. Si l’État ne nous propose pas un autre travail, «alors qu’il nous laisse faire des livraisons», a-t-il écrit. (TDG)

Créé: 08.02.2019, 06h53

L’ubérisation, rampante et controversée

L’arrivée d’Uber Eats a fait bondir les syndicats. Unia a organisé deux manifestations avant même que le service ne soit lancé. Il voit en Uber un géant qui contourne les règles, exploite une main-d’œuvre au rabais en recourant à des faux indépendants. Vacances payées, treizième salaire, cotisations? Rien de tel avec le chablon d’Uber, rappelle Unia.

«Nous sommes revenus en 1909, quand le Code du travail n’existait pas», enrageait dans «L’Humanité», en 2016, un coursier français à propos des plates-formes ubérisées.

Peu après, l’une d’entre elles a fait faillite, laissant des milliers de livreurs sur le carreau. Uber Eats s’est lancée à Paris dans ce contexte. La firme considère les coursiers comme des clients épris de flexibilité, à disposition quand bon leur semble. Des chômeurs ravis de trouver un revenu en attendant mieux.

L’ubérisation est rampante depuis que les technologies ont rebattu les cartes du marché de la livraison. Smood.ch, le leader à Genève ces dernières années, doit composer depuis peu avec la concurrence de trois géants: Eat.ch, Takeaway et Uber Eats.

Parmi les jeunes pousses, trépidations similaires; la Thônésienne Yumytech se targue de livrer des plats de plusieurs restaurants en un temps record et celle des Eaux-Vives 2yourdoor de tout livrer, du paquet de mouchoirs aux cornichons qu’on aurait oublié pour une soirée raclette.

Selon Unia, il est anormal qu’une enseigne comme Domino’s Pizza, qui emploie ses livreurs et respecte les conventions, soit mise en concurrence avec des maisons qui les contournent.

Une étude française publiée en décembre montre que la part des livreurs dont l’activité dépend totalement des plateformes s’est étoffée ces dernières années et que les grèves de coursiers ubérisés ont été nombreuses dans les pays voisins. R.ET.

Les dates clés

30 octobre 2018 La «Tribune de Genève» annonce l’arrivée imminente d’Uber Eats.

9 novembre 2018 Le syndicat Unia envoie une lettre au conseiller d’État Mauro Poggia pour lui demander de sévir face à Uber, cette entreprise qui ne respecte pas les règles de travail.

22 novembre Manifestation organisée par Unia, devant le McDonald’s de la rue du Mont-Blanc, mais aussi à Berne. Selon le syndicat, le modèle d’Uber Eats repose sur «l’exploitation de faux coursiers indépendants».

29 novembre Lancement officiel d’Uber Eats à Genève. Les coursiers sont invités en matinée dans un restaurant partenaire pour un petit-déjeuner et une dernière mise au point. À onze heures, le service est ouvert. Deux cents coursiers sont inscrits sur la plate-forme dans le canton, selon Uber, la plupart à vélo.

5 décembre Rencontre entre Mauro Poggia et les représentants d’Uber Eats. Ces derniers présentent leur concept au magistrat.

18 décembre Séance entre Mauro Poggia, ses équipes et Unia par rapport à Uber Eats et le monde de la livraison ubérisée. Umberto Bandiera, délégué syndical chez Unia, fait part de ses craintes. Une autre séance se tiendra le 29 janvier avec le syndicaliste.

24 janvier 2019 Uber Eats annonce «McDelivery», un partenariat avec McDonald’s à Genève. Treize restaurants liés au géant américain des hamburgers apparaissent sur l’application d’Uber Eats. Les deux entreprises collaborent avec près de 8000 restaurants McDonald’s à travers le monde.

6 févrierMauro Poggia «siffle la fin de la récréation» dans la «Tribune de Genève» puis à la radio. Le magistrat estime qu’Uber Eats doit être considéré comme un employeur vis-à-vis des coursiers et se comporter comme tel, en leur versant un salaire et en payant leurs cotisations.

Articles en relation

Uber Eats se lance à Genève et suscite déjà la controverse

Livraison à domicile La filiale d’Uber en charge des livraisons à domicile étend son offre en ville. Ses pratiques sont décriées par la concurrence locale. Plus...

Un Genevois dans la jungle de la livraison à domicile

Restauration La PME Smood.ch perce parmi les nouveaux livreurs technophiles. Mais la concurrence se précise et le climat se tend. Plus...

Mauro Poggia «siffle la fin de la récréation» chez Uber

Monde du travail Le patron de l’emploi estime que le géant américain et ses clones doivent respecter les règles dans le canton. Entretien exclusif. Plus...

Face à Uber et Taxiphone, la concurrence a explosé

Transport individuel Pas moins de 23 diffuseurs de courses se sont annoncés auprès de l’État, contre 11 en janvier. Les conditions de travail sont difficiles. Plus...

«Les coursiers Uber Eats, on les voit comme des clients»

Livraisons Le responsable de ce nouveau service d’Uber à Genève veut le développer rapidement. Malgré les critiques. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Trump décrète l'urgence nationale pour construire son mur
Plus...