«J’ai regardé par le hublot: une partie du réacteur était arrachée»

Avarie du vol Paris-Los Angeles Yves et Julie, deux Genevois, étaient à bord de l’Airbus A380 qui a perdu un moteur en vol, samedi. «C’est un petit miracle que nous soyons en vie.»

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Il faut imaginer. Un Airbus A380 et ses 497 passagers survolant le Groenland. Beaucoup dorment, les lumières sont éteintes. Soudain, un bruit violent venu du côté droit de la carlingue, accompagné de vibrations. «On a tout de suite compris que ce n’était pas des turbulences. Je n’étais pas assis de ce côté-là, mais je me suis levé pour aller voir par le hublot. J’ai vu une partie du réacteur qui était arrachée.»

Yves et Julie étaient de ceux qui ont pris place à bord du vol Paris-Los Angeles de 11 h 30 samedi matin. Lui est employé d’une compagnie de fret aérien à Genève. Elle, psychiatre aux HUG. Quand on les a joints, les deux trentenaires étaient arrivés à Los Angeles, dernière escale avant leur lune de miel à Tahiti. «C’est un petit miracle que nous soyons en vie», souffle Julie.

Regards fuyants

Pourtant, le voyage avait bien commencé. A l’enregistrement à Cointrin, les jeunes mariés obtiennent un surclassement en classe business. Après un vol Genève-Paris, ils embarquent à bord du mastodonte des airs – deux étages, plus de 500 sièges – du conglomérat européen Airbus. Yves et Julie prennent place sur le pont supérieur.

L’avarie se produit environ à mi-chemin, au dessus de la côte ouest du Groenland. C’est la deuxième turbine, sur l’aile droite de l’avion, qui a volé en éclats (au total, l’avion compte quatre moteurs). Les passagers découvrent par les hublots la partie antérieure du moteur, à savoir les capots et la turbine de trois mètres d’envergure, déchiquetée. «Du fait de mon travail, j’ai quelques notions d’aviation et je savais que l’avion pouvait voler sans l’un de ses moteurs. Mais je craignais que l’aile soit touchée», raconte Yves. Rapidement, le commandant de bord annonce un «incident sérieux» mais «sous contrôle». Julie comprend la gravité de la situation dans l’agitation inhabituelle de l’équipage et dans les regards. «Les hôtesses évitaient à tout prix de nous regarder dans les yeux.»

«Tout l’équipage a été exceptionnel»

Le commandant prend la décision d’atterrir à Goose Bay, dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, au Canada. La descente dure deux interminables heures. «Certains pleuraient, d’autres ont essayé de se réfugier dans le sommeil ou les films. Il n’y a pas eu de mouvement de panique», se souvient Julie. Reste qu’à ce moment, personne n’est certain de l’issue de ce voyage. Les passagers se serrent, se donnent la main. «Il y avait beaucoup de solidarité et de tendresse entre les gens.» Comme d’autres, Julie et Yves ont tenté d’envoyer des messages à leurs proches. Sans succès, faute de réseau.

Pilote acclamé, embrassé

Il est 12 h 41, heure locale, quand l’A380 d’Air France se pose sur la base militaire de Goose Bay. «Pour la première fois, j’ai applaudi le pilote», sourit Yves. Comme lui, ils sont près de 500 à acclamer le commandant. Certains iront même l’embrasser. «Il a pris le soin de venir parler à chacun après l’atterrissage. Tout l’équipage (ndlr: 23 personnes au total) a été exceptionnel», souligne le couple genevois.

L’angoisse passée, le calvaire se poursuit au sol. Zone militaire oblige, les passagers ont l’interdiction de sortir de l’aéronef. Il faut attendre que des avions prennent le relais. Puis l’information de l’avarie de l’Airbus apparaît sur les sites des principaux médias internationaux. Alors qu’ils sont bloqués sur le tarmac, Julie et Yves s’étonnent de lire sur Le Figaro.fr que les passagers se sont envolés vers Los Angeles. C’est faux.

Pendant ce long intervalle, un bus permet tour à tour à une quinzaine de personnes de s’aérer quelques minutes. Mais il faut faire plusieurs heures de queue pour ce bref répit. Entre-temps, Julie, psychiatre de profession, est appelée auprès de passagers en état de choc. «Ils ne voulaient plus remonter dans un avion; il a fallu les réconforter.»

Entre-temps, Airbus annonce dans les médias prendre ce «grave» incident très au sérieux. Des équipes techniques du Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA) du Ministère français des transports sont dépêchées sur place, mais pas seulement. Des experts canadiens et américains enquêteront, tout comme ceux de General Electric et Pratt & Whitney, fabricants associés du réacteur désintégré.

Les jeunes mariés, eux, ont patienté dix heures dans l’appareil. Grâce à leur surclassement, ils ont été parmi les premiers à pouvoir s’envoler vers Los Angeles dimanche. Lundi, avant d’embarquer pour Tahiti, Julie nous a envoyé un dernier message. «J’ai hâte que les beaux moments commencent. On est si heureux d’être en vie.»

(TDG)

Créé: 02.10.2017, 17h21

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