Internet: des maux sous les mots…

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Des mots peuvent «tuer» plus que des balles!» aurait dit de Gaulle en 44 à propos de la condamnation à mort du collabo écrivain journaliste, rédacteur de l’abject journal «Je suis partout», R. Brasillach.

L’utilisation et le détournement des images, on connaît; la responsabilité de la portée des mots ou paroles écrites a toujours été un sujet grave et controversé, avec une gradation selon les cas bien sûr, question sens et responsabilité, mais du support papier (journaux ou livres) au support réseaux sociaux, les dérives vénielles ou gravissimes ont été amplifiées considérablement vu l’accès à la portée de tous de cette technologie. Ces derniers mois la Licra-Genève (association qui lutte en Europe depuis des lustres contre les discriminations, l’antisémitisme, l’homophobie) est intervenue à de nombreuses reprises pour faire enlever des commentaires racistes qui prolifèrent sur les réseaux sociaux (ou en marge d’articles parus dans la presse en ligne), des attaques, insinuations, insultes qui ne s’embarrassent pas de précautions argumentatives, de réflexions opérantes, qui font fi du respect de la forme ou de la loi. Dans ces posts: Noir.e.s = singes, dealers = migrant.es, musulman.e.s = terroristes, sans oublier ceux sur les juifs ou sur les gays…

S’il existe une relation entre la couleur de la peau et le trafic de drogue, il faut l’expliquer ou se taire

La Licra n’entend pas tolérer ces discours qui stigmatisent les individus en utilisant des biais raciaux afin de mettre en œuvre une pensée discriminante: s’il existe une relation entre la couleur de la peau et le trafic de drogue, par exemple, il faut l’expliquer ou se taire.

L’amalgame est un artifice de langage utilisé pour escamoter le débat de fond, ses auteurs le savent, mais se rattrapent en invoquant, avec une fausse naïveté, la surprise face aux réactions ou le déni insincère agrémenté de justifications peu crédibles («je ne suis pas raciste, car…») ou en se victimisant.

Sur le problème du deal, grave et inadmissible, certains ont préféré stigmatiser une partie des responsables, les vendeurs, certes condamnables et à poursuivre avec fermeté, mais sans analyser en amont les causes et la chaîne des responsabilités: producteurs de drogues, magnats de la distribution de celles-ci, souvent bien installés chez nous!, et les consommateurs, car pas de dealers sans ces derniers! Le manque d’explication ne fait que renforcer le racisme, ce que condamne l’article 261bis du Code pénal, voulu et voté par le peuple et que le parlement, en septembre, à fortifier (lutte contre l’homophobie).

Quant à la parole raciste qui se libère et se banalise aujourd’hui sur le Net, elle est de plus en plus le fait de personnes engagées et suivies (avocats, sportifs, metteurs en scène, conseillers nationaux, notables, etc.) s’exprimant loin des discours policés, soignés et nuancés qu’ils tiennent habituellement dans les médias traditionnels où les journalistes peuvent pleinement jouer un rôle dialectique de contradiction. Leur audience est souvent jeune, ils le savent!

Selon une étude de la HES de Zurich, réalisée en 2016, quatre utilisateurs quotidiens des réseaux sociaux sur cinq ont entre 12 et 19 ans et plus de neuf sur dix ont un profil sur un réseau social.

Le mode d’emploi des réseaux sociaux n’est plus technique, mais éthique. Comment se sortir de ces dérives aux conséquences douloureuses et envahissantes? En racisant un groupe, une population, en passant sous silence les problèmes politiques, économiques, culturels, inhérents à toute société humaine, ces individus privent délibérément ce groupe, cette population, de la possibilité d’un avenir commun et partagé et contribuent à ancrer cette pensée discriminante dans la tête de jeunes gens dont l’esprit critique est en cours de formation. Laisser faire, ce n’est pas seulement accepter de priver des femmes et des hommes de leur dignité, c’est aussi laisser le lien social se déliter et le vivre-ensemble s’affaiblir dangereusement.

Il est urgent d’agir, ensemble, sur Internet et les réseaux sociaux, mais également sur le terrain, dans les écoles, les entreprises pour que ces mots qui blessent aujourd’hui certaines femmes et certains hommes ne finissent pas par tuer une société tout entière.

Créé: 18.10.2018, 15h42


Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication.

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les grands partis désemparés
Plus...