Importante baisse des demandes d’asile à l’aéroport de Genève

MigrationDe moins en moins de personnes requièrent la protection de la Suisse après avoir atterri à Cointrin.

Evolution des demandes d'asile en suisse (cliquer pour agrandir).

Evolution des demandes d'asile en suisse (cliquer pour agrandir). Image: OC/SEM

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Ces dernières années, le nombre de demandes d’asile en Suisse a augmenté. Etrangement, les demandes déposées dans l’un des deux aéroports internationaux de Suisse ont chuté. A Genève, un plancher a même été atteint l’an dernier avec le dépôt de 24 demandes d’asile après un atterrissage à Cointrin contre 205 il y a huit ans (voir infographie).

Depuis 2012, il n’est plus possible de déposer une demande d’asile dans une ambassade de Suisse à l’étranger. De plus, une personne qui aurait voyagé par la mer ou la terre peut toujours déposer une demande d’asile à la frontière ou dans un Centre d’enregistrement et de procédure une fois en Suisse. Néanmoins, s’il s’avère qu’elle a été enregistrée dans un précédent pays européen ayant ratifié les accords de Dublin, elle y sera renvoyée. Déposer une demande d’asile à l’aéroport reste donc la manière la plus sûre.

Comment expliquer que de moins en moins de personnes y aient recours? «Dans ce domaine, l’aéroport est un théâtre, mais pas un acteur», précise d’emblée Bertrand Stämpfli, porte-parole du lieu. A Genève, la police délègue la tâche d’enregistrer les demandes d’asile des personnes arrivées en avion aux gardes-frontière. «Le Corps des gardes-frontière ne fait pas d’analyses ni d’enregistrements statistiques du flot migratoire», explique par e-mail David Marquis, son porte-parole à Berne.

Ce dernier nous renvoie vers le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). Sa chargée de communication, Céline Kohlprath, donne une piste d’explication: «Les contrôles menés par les compagnies aériennes avant l’embarquement ont été renforcés ces dernières années, et donc le nombre de désembarquements avant le vol proprement dit a augmenté.» Et d’ajouter par courriel: «Toutefois, comme il n’y a plus de contrôles systématiques pour les personnes qui arrivent d’autres Etats européens, ils se rendent peut-être d’eux-mêmes auprès d’un Centre d’enregistrement et de procédure pour y déposer une demande d’asile – ou s’en vont dans la nature.»

La mer plutôt que les airs

Ces réponses inquiètent Michel Ottet, qui a longtemps œuvré pour Elisa-Asile, qui aide les requérants d’asile dans leurs démarches à l’aéroport, et qui préside Exodus Dignity: «Depuis deux trois ans, nous observons une baisse brutale des demandes à Genève, alors que leur nombre est plutôt stable à Zurich, sans nous l’expliquer. Autant dire que pour les personnes persécutées dans leur pays, il est devenu impossible de venir demander l’asile chez nous en avion et que l’on préfère les voir traverser par la mer!»

A l’instar du SEM, il pointe du doigt les sanctions infligées aux compagnies aériennes qui transporteraient des passagers avec de faux documents de voyage ou des passeports périmés. Celles-ci doivent également vérifier la validité des visas ou d’éventuels permis de séjour. «En cas de violation de leur devoir de diligence, les entreprises de transports aérien pourront être tenues au paiement d’un montant de 4000 à 16 000 fr. pour chaque passager transporté ne disposant pas des documents nécessaires», avertit le SEM sur son site Internet.

Sécurité contre refuge

De plus et depuis 2012, le Corps des gardes-frontière suisse envoie des Airline liaison officers, des agents de liaison des compagnies aériennes, dans trois pays situés hors de l’espace Schengen. Dans un article paru dans Forum D., le magazine de la douane suisse, un garde-frontière en poste dans un pays non désigné, pouvant être l’Irak, détaille sa mission: «Il s’agira non seulement de contrôler les documents en question [de voyage], mais également d’empêcher les imposteurs d’entrer en Suisse. Par «imposteurs», on entend des personnes qui présentent des documents authentiques, mais qui ne leur appartiennent pas, dans le but de dissimuler leur véritable identité.»

Michel Ottet réagit: «Les gardes-frontière ont été formés à détecter les faux papiers et ils le font très bien. Mais ont-ils été formés au droit d’asile ou à ce qu’est un réfugié? Que se passe-t-il si quelqu’un est persécuté dans son pays et tente de fuir? Demande-t-on au moins aux personnes pourquoi elles ont falsifié leur identité avant de les remettre à la police sur place? Je crains que non.» David Marquis, le porte-parole du Corps des gardes-frontière, assure le contraire: «Toutes et tous reçoivent une formation sur l’asile et les réfugiés.»

Dans le contexte sécuritaire actuel, ces contrôles apparaissent comme autant de nouvelles barrières à franchir pour demander l’asile en Suisse. Pourtant, pour Michel Ottet, «le risque sécuritaire est minime, voire proche de zéro, dans un avion comme à l’arrivée à l’aéroport. Je rappelle qu’à Genève comme à Zurich, les demandeurs d’asile ne sortent pas de la zone internationale tant que la procédure est en cours. Si elle aboutit sur un refus définitif, la personne est immédiatement renvoyée.»

L’ancien militant rêve de voir les Airline liaison officers capables de recevoir les doléances d’une personne assurant qu’elle est persécutée et d’effectuer, avec l’aide de ses collègues en Suisse, une recherche rapide pour voir si elle est effectivement fichée ou menacée. Serait-ce possible? «Le temps investi dépend de chaque cas particulier. Il n’existe pas de réponse générale à cette question», répond David Marquis. Ce dernier précise toutefois: «Les agents basés à l’étranger n’ont pas de pouvoirs régaliens. Leur rôle est purement consultatif et se limite à signaler leurs détections aux autorités locales ou aux compagnies aériennes, qui prennent ensuite les mesures nécessaires.»

Créé: 30.10.2016, 21h00

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