Ils ne veulent pas quitter le marché de la Fusterie

CommerceDes marchands délogés par la Ville de Genève plaident pour qu’on les «laisse travailler»

Selon Fabrice Neury, son commerce pâtira du déménagement. 
STEEVE IUNCKER-GOMEZ

Selon Fabrice Neury, son commerce pâtira du déménagement. STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Pourquoi déloger des commerçants de rue d’emplacements où ils gagnent leur vie, pour les envoyer vers des sites qui ne leur conviennent pas? Mir Khurseed, vendeur d’objets indiens, et Fabrice Neury, marchand de paninis, sont fâchés contre la Ville de Genève. Elle leur impose, comme à d’autres commerçants, de quitter la place de la Fusterie. Une décision qu’ils dénoncent car elle mettrait en péril leurs affaires.

«Je n’ai gagné que 6 francs en un jour! déplore Mir Khurseed. La place de marché me coûte 21 francs. A ce tarif-là, un mendiant gagne plus que moi. Je n’ai jamais rien demandé à personne. Mais qu’on me laisse travailler et gagner ma vie», plaide l’homme de 46 ans. Né au Cachemire, Mir est arrivé à Genève à 18 ans «par amour». Depuis vingt-deux ans, il vend des châles, des tissus, des encens et des bijoux indiens. D’abord installé à la place de la Madeleine, il a dû la quitter il y a deux ans, comme les autres commerçants, lorsque les travaux de l’Abri culturel ont commencé. Ces derniers achevés, les vendeurs ont dû réintégrer leur emplacement initial. Sauf que la Madeleine, bien que située au centre-ville, n’attire pas le chaland. Les gens ne s’arrêtent pas, malgré le retour du carrousel.

«La Ville ne nous a pas pris par surprise, admet volontiers Michel, vendeur de bijoux et de souvenirs, rencontré sur place il y a une semaine. Mais si elle nous laissait revenir à la Fusterie ne serait-ce qu’un ou deux jours par semaine, on ne dirait pas non!»

Le papa des food trucks

Le cas de Fabrice Neury est différent. Installé à la place de la Fusterie depuis 1997, il raconte avoir acheté sa première roulotte à crédit, avoir fait prospérer son affaire, revendue pour investir dans des distributeurs automatiques de paninis. Désormais, il se concentre sur les grandes manifestations et continue de fréquenter les marchés avec son camion.

En 2014, considérant soudain que la vente de paninis n’est pas conforme à l’affectation des marchés, la Ville ne renouvelle pas l’autorisation de Fabrice Neury. Il peut rester à la Fusterie le mercredi et le samedi en sollicitant une nouvelle autorisation, mais doit migrer vers Plainpalais et Liotard les autres jours. L’homme saisit la justice. En décembre, le Tribunal administratif rejette son recours. Parallèlement, il concourt pour obtenir un des six «food trucks» mis au concours par la Ville… et essuie un nouvel échec.

Bouquinistes solidaires

Aujourd’hui, Fabrice Neury lance une pétition pour pouvoir rester à la Fusterie. «Ici, je vends entre 150 et 200 paninis par jour. On m’a dit qu’il fallait de la cuisine faite sur place, élaborée avec des produits locaux. Je fais de nouveau mes paninis moi-même dans mon camion. Je suis le papa des food trucks, pourquoi ne me laisse-t-on pas bosser? Si c’est le look de mon camion qui déplaît, on peut en discuter.» Pourquoi ne pas obtempérer et travailler sur les autres marchés qui lui sont proposés? «Ils ferment à 13 h alors que le plus fort de mon activité se déroule entre 11 h et 15 h.»

Sur place, les marchands de livres partagent l’incompréhension de Fabrice et de Mir. «Ils ne nous dérangent pas», assure Claude, 70 ans. «C’est dégueulasse, râle Gerald Stoeckli, bouquiniste depuis vingt ans. On s’entend très bien avec eux. Il y a de la place pour tout le monde.» Signera-t-il la pétition? «C’est clair!»

(TDG)

Créé: 22.03.2015, 15h39

Six nouveaux food trucks sont prévus

Sollicité, le président du Département de l’environnement urbain et de la sécurité, Guillaume Barazzone, renvoie vers le chef du Service de la sécurité et de l’espace public. Antonio Pizzoferrato distingue les deux cas de figure. Il rappelle que la Ville avait averti les marchands de la Madeleine que leur déménagement à la Fusterie serait temporaire. Mais le fonctionnaire ne ferme pas la porte à la discussion: «Notre job est de rendre Genève plus attractive. Si nous pouvons trouver une solution, nous en serons les premiers heureux.»
La réponse se fait beaucoup plus ferme à l’égard du vendeur de paninis. Le marché de la Fusterie ne se prêterait pas à l’exploitation d’un food truck. Même si ce dernier y est installé depuis dix-huit ans et que les règles n’ont pas changé entre-temps? Oui. Rappelant que la justice a débouté Fabrice Neury, Antonio Pizzoferrato l’appelle à tourner la page, soulignant que la Ville lui a laissé «une année pour se retourner, lui proposant d’autres emplacements».

Le fonctionnaire dit recevoir «5 à 6 demandes par semaine de résidents souhaitant occuper l’espace public pour vendre quelque chose à manger». Pourquoi ne pas délivrer davantage d’autorisations, puisque l’espace ne manque pas et que la demande est au rendez-vous? «La Ville n’autorise pas d’activité commerciale sur l’espace public, sauf pour les marchés. Sinon nous n’aurions que cela. Dans une agglomération comme Genève, une place dégagée offre un bol d’air bienvenu pour les promeneurs.»

Dans ce cadre, les food trucks sont une exception. Il en existe six à l’heure actuelle, qui occupent, à tour de rôle, un des six sites dévolus à cet usage (place Bel-Air, place de Hollande, place du Pré-l’Evêque, parc des Chaumettes, place Simon-Goulart, place des Augustins). Le bruit court que certains exploitants de food truck sont liés d’amitié avec Guillaume Barazzone. «Le jury qui les a choisis était composé de trois membres de trois départements différents. Il n’y a eu aucune ingérence», rétorque Antonio Pizzoferrato. Et d’annoncer le lancement d’un nouveau concours, pour six nouveaux food trucks et le développement d’offre dans les parcs, de juin à septembre.

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