«Il faut obliger les sociétés à auditer les salaires des hommes et des femmes»

EgalitéSylvie Durrer, la directrice du Bureau fédéral de l’égalité, dresse un aperçu du rôle des femmes sur le marché du travail en Suisse.

Sylvie Durrer, la directrice du Bureau fédéral de l’égalité

Sylvie Durrer, la directrice du Bureau fédéral de l’égalité Image: DR

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L’an dernier, près de 10 300 femmes étudiaient à l’Université de Genève pour 6 600 hommes. Sur le marché du travail, celles-ci gagnent pourtant moins que leurs confrères masculins. En 2012, le salaire médian des femmes dans le secteur privé à Genève s’élevait à 6661 francs, contre 7378 pour les hommes.

La proportion très élevée du temps partiel chez les femmes afin de concilier vie familiale et professionnelle, mais aussi leur rôle dans l’économie sont des enjeux au cœur d’un symposium international qui se déroule aujourd’hui à Uni Mail. En marge de son intervention, Sylvie Durrer, directrice du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes, fait le point sur la situation en Suisse.

En 1995, la Suisse adoptait la loi sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Sur le marché du travail, où en est-on?

La Suisse est un des pays où les femmes sont le plus actives y compris lorsqu’elles ont des enfants. Une fois mères, elles sont cependant très nombreuses à baisser leur temps de travail: une opportunité intéressante mais aussi un piège. Le temps partiel peut empêcher la progression d’une carrière et avoir de lourdes conséquences en cas de chômage, invalidité ou divorce, et aussi à la retraite. Tout le monde ne le mesure pas toujours.

Une vidéo humoristique circulant sur le Net invite à engager des femmes plutôt qu’à délocaliser. Car elles acceptent d’être moins payées, des heures supplémentaires et des chefs moins qualifiés. Une réalité?

C’est une caricature. La plupart des employeurs ne se rendent pas compte que le salaire des femmes n’est pas juste. Une enquête à laquelle plus de 1300 entreprises ont accepté de répondre a montré que bien que les entreprises soient favorables à l’égalité, elles sont peu nombreuses à effectuer une analyse rigoureuse. Mais, lorsqu’elles le font, près de la moitié dit constater des problèmes et procéder à des corrections, le plus souvent en faveur des femmes. Cela montre que la discrimination est surtout liée à un manque de prise de conscience. Le projet de révision de la loi fédérale sur l’égalité du Conseil fédéral a pour objectif d’obliger les entreprises à réaliser cette analyse des salaires.

Engager ou promouvoir une mère reste perçu comme un risque. Que faire?

Oui, c’est une réalité. On nous rapporte de plus en plus de cas de licenciements après un congé maternité, surtout après le 2e enfant. Peu de femmes vont oser dénoncer ce type de situation juridiquement.

Que dites-vous aux patrons?

D’abord que la mixité est non seulement une question de justice sociale mais aussi une chance de rentabilité accrue. Nous les invitons à regarder leur politique de recrutement et de rémunération de façon détaillée. Ont-ils veillé à ne pas favoriser un homme plutôt qu’une femme de même formation? Ont-ils pris plus généreusement en compte l’expérience d’un homme? En cas de candidatures masculines plus nombreuses, il faut aussi se demander si le poste est conciliable avec la responsabilité d’enfants et ce qui peut être fait pour améliorer la situation. Tout n’est cependant pas du ressort des entreprises, d’autres dimensions doivent être prises en compte comme les structures d’accueil pour les enfants ou la fiscalité des familles, qui relèvent de choix de société et de décisions politiques.

On parle souvent de harcèlement sexuel au travail. Quelle est la ligne rouge?

Le harcèlement sexuel n’a rien à voir avec les jeux de séduction qui sont, eux, librement consentis. C’est un manque de respect et souvent un abus de pouvoir. La personne concernée doit oser dire non, recevoir le soutien de ses collègues et demander l’intervention de sa hiérarchie. La responsabilité des entreprises peut être engagée, si elles n’ont rien fait pour éviter ce type d’abus.

La question du voile au travail refait régulièrement débat. Quel est votre avis?

Cette question est actuellement traitée par le parlement. Elle est extrêmement délicate et nous n’avons pas encore pris position.

A partir de quel moment l’école a-t-elle un rôle à jouer?

Dès le départ! Il sera toujours plus simple d’éviter la formation de stéréotypes que de lutter contre. A Genève, beaucoup de matériel est à disposition des enseignants, dès la crèche.

Le bleu pour les garçons, le rose pour les filles. Les métiers techniques pour eux et les professions sociales pour elles. Les mentalités n’évoluent pas…

Lors d’une étude menée par le Bureau de l’égalité du canton de Neuchâtel auprès de jeunes de 13 à 15 ans, il est apparu que les filles intègrent très tôt le fait que la conciliation reposera sur leurs épaules. Le temps partiel leur paraît comme un incontournable et elles choisissent leur orientation professionnelle en conséquence. Pour plus d’égalité, il faudrait donc d’une part que la conciliation soit assurée autant par les hommes que par les femmes. En outre, si le temps partiel doit être possible, cela ne peut pas être la seule réponse.

Quels sont les défis à relever dans les années à venir?

La question de l’autonomie économique reste un enjeu majeur. Il est difficile pour de nombreuses femmes d’allier famille et taux d’activité élevé, sans tension majeure. Par ailleurs, les stéréotypes ont la vie dure, aussi bien dans les entreprises que dans la société en général. Il est temps que l’on comprenne que l’égalité n’est pas un problème, mais un véritable atout.

Créé: 04.10.2016, 20h03

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