Hani Ramadan parle dans une école et crée le malaise

PolémiqueLe directeur du Centre islamique de Genève a été invité par une enseignante. Sa hiérarchie le déplore fermement.

Hani Ramadan

Hani Ramadan Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Le controversé Hani Ramadan, exclu de l’école publique depuis treize ans, s’est exprimé récemment dans une classe face à des élèves de 15 à 17 ans, sur le thème de l’islamophobie. Le descendant du fondateur des Frères musulmans a été invité par une enseignante du Centre de la transition professionnelle, ont révélé ce jeudi Le Temps et Léman Bleu. «Il s’agit d’une initiative isolée», confirme le Département de l’instruction publique (DIP), qui la déplore fermement.

«Il y a eu des tensions dans la classe de mon fils liées à l’islamophobie. L’enseignante a demandé aux élèves de questionner des passants sur ce thème; elle a invité à plusieurs reprises un musulman en classe, qui a conseillé de faire venir Hani Ramadan», raconte une maman. Le directeur du Centre islamique de Genève s’est rendu il y a quelques jours sur le site de la Coulouvrenière pour prendre la parole. Questionné sur le voile, il a eu cette métaphore, selon l’adolescent: «Une femme est comme une perle dans un coquillage. Si on la montre, elle crée des jalousies. Ici, la femme sans voile est comme une pièce de deux euros. Visible par tous, elle passe d’une main à l’autre.» A la maison, le jeune homme a confié que l’intervenant avait un peu «abusé», mais il a été «fasciné par sa façon de parler».

Choquée par cette initiative, la mère de famille en a parlé et l’histoire est arrivée aux oreilles du Réseau laïque romand. L’un de ses membres, Yves Scheller, est atterré: «Quand on connaît le passé et le passif de Hani Ramadan, notamment avec le DIP, on ne peut pas le faire intervenir dans une école!»

Quand Hani Ramadan était encore enseignant au cycle, il avait défendu la lapidation dans une tribune libre parue dans Le Monde. Le DIP avait prononcé son exclusion en 2003 (lire l’encadré). «Le Conseil d’Etat avait alors conclu au licenciement, d’une part en raison de la violation par Hani Ramadan de son devoir de fidélité, et, d’autre part, en raison de l’incompatibilité de ses fonctions ecclésiastiques avec le principe de laïcité», rappelle Pierre-Antoine Preti, porte-parole du DIP.

En plus de ce contentieux, «Monsieur Ramadan étant connu comme un prédicateur militant en faveur d’une conception particulière de l’islam, cette intervention unilatérale face à des élèves dans un cadre scolaire n’est pas compatible avec l’approche neutre et scientifique du fait religieux», indique Pierre-Antoine Preti. Le DIP l’énonce clairement: «Les positions publiques de Monsieur Ramadan sont incompatibles avec les valeurs et la mission de l’école publique».

Pour ces trois raisons, Hani Ramadan «est une personnalité contestée qu’il n’est évidemment pas recommandé d’inviter en classe pour parler d’enjeux sensibles réclamant, dans le contexte actuel, de la distance et du sang-froid».

L’enseignante a cru bien faire, selon le DIP. Elle est néanmoins convoquée pour un entretien de service. On lui reproche de ne pas avoir informé sa hiérarchie de cette invitation, de ne pas avoir vérifié la notoriété de l’intervenant, mais aussi son propre manque de discernement.

En plein débat sur la laïcité, l’affaire scandalise le député PLR Jean Romain: «A Genève, l’Eglise et l’Etat sont séparés. L’Ecole doit se fermer à toutes les pressions, qu’elles soient religieuses, politiques ou économiques. De ce point de vue, Hani Ramadan, qui est un imam, n’a rien à faire dans une école de la République, car il ne vise qu’une chose: recoloniser le domaine public.»

Contacté, Hani Ramadan, par ailleurs président de l’Union des organisations musulmanes de Genève, n’a pas répondu à nos sollicitations. (TDG)

Créé: 09.06.2016, 17h08

Exclu de l’école publique en 2003

En 2002, Hani Ramadan, alors enseignant de français au cycle d’orientation de la Golette, à Meyrin, signe dans Le Monde une tribune libre dans laquelle il défend la lapidation pour les femmes et les hommes adultères. Tollé! Au début de 2003, le Conseil d’Etat décide de le licencier, notamment parce que ses propos sont jugés incompatibles avec sa fonction. Mais en 2004, la Commission de recours du personnel enseignant ordonne sa réintégration. Le Conseil d’Etat refuse. En 2008, un accord est conclu. L’Etat lui verse l’équivalent de 24 mois de salaire et 90 000 fr. de frais d’avocat. Auxquels s’ajoutent les 700 000 fr. de salaire qu’il a continué de toucher pendant les années de procédure. Soit, au total, une facture de plus d’un million de francs. A.T.

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