Grippe espagnole: sommes-nous prêts?

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La santé dans le monde va mieux. La mortalité infantile a régressé de plus de moitié durant les trente dernières années, l’espérance de vie augmente régulièrement depuis l’après-guerre, en particulier en Suisse où elle est l’une des plus élevées au monde, et dans tous les pays aussi, même les plus pauvres.

Près de dix ans après la dernière pandémie de grippe, quelles leçons avons-nous retenues?

Après avoir réussi à éradiquer la variole en 1980 (qui avait causé 300 millions de morts dans le seul XXe siècle), l’Organisation mondiale de la santé s’apprête désormais à éradiquer la poliomyélite, depuis ses quartiers généraux de Genève. Dans les années 90, le virus de la polio était encore présent sur les deux tiers de la surface du globe et paralysait gravement 350 000 enfants chaque année. Le virus du sida, qui a émergé dans les années 80, ne représente désormais plus la sentence de mort à laquelle il était associé avant l’avènement de la trithérapie.

Le Fonds mondial de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et les efforts conjugués des nations permettent aujourd’hui à plus de 21 millions de porteurs du virus d’être traités dans le monde et de vivre quasi normalement. Et pourtant, il reste un risque majeur pour l’humanité contre lequel nous restons extrêmement démunis et mal préparés, il s’agit des épidémies de maladies virales émergentes.

Nous avons connu des alertes récentes qui pourraient être autant de leçons à tirer pour mieux nous préparer à une séquence qui pourrait être beaucoup plus meurtrière. Le changement climatique, l’explosion démographique (la population de l’Afrique sera multipliée par quatre d’ici à la fin de ce siècle), la déforestation, les déplacements rapides des personnes et des marchandises, tous ces éléments sont autant de facteurs facilitant l’émergence et la diffusion de nouveaux virus dans l’humanité. Le rapprochement des populations urbaines de la faune sauvage, notamment des singes et des chauves-souris, a très probablement été à l’origine de la pandémie du sida, puis des épidémies dues au virus Ebola qui ont émergé en Afrique subsaharienne ces dernières années.

La pandémie de grippe H1N1 a par chance été moins meurtrière qu’on ne le redoutait, car le virus a relativement épargné les personnes âgées, ciblant les plus jeunes, plus solides aussi contre l’infection. Mais cette pandémie a montré en creux les faiblesses de notre monde face à ce type de risque déferlant sur l’humanité en l’espace de quelques mois. Qu’en serait-il si un jour émergeait un virus grippal plus agressif, plus virulent? Des équipes de mathématiciens nord-américains ont récemment publié les simulations d’une pandémie de grippe fictive qui surviendrait à notre époque et serait due à un virus ayant exactement les mêmes caractéristiques que celui de la grippe espagnole de 1918.

Les simulations montrent que le monde entier serait infecté en moins de six mois par le virus et aurait à déplorer plus de 30 millions de morts. Certes, il existe aujourd’hui un vaccin contre la grippe, mais on ne saurait probablement pas le produire dans des délais aussi brefs en quantité suffisante pour protéger toute l’humanité. Il existe bien des masques de protection, des antiviraux, des antibiotiques en cas de complications, et tout cet arsenal préventif et thérapeutique n’existait pas à la sortie de la Première Guerre mondiale. Mais en 2009, lors de la pandémie de grippe H1N1, rien de tout cela n’a permis d’en freiner l’évolution.

Près de dix ans après la dernière pandémie de grippe, alors que l’histoire nous apprend qu’une mutation naturelle du virus de la grippe causera avec certitude une nouvelle pandémie, quelles leçons avons-nous retenues?

De quelles armes disposons-nous pour mieux prévoir, détecter, prévenir, endiguer et traiter les conséquences d’une pandémie de grippe qui pourrait s’avérer beaucoup plus sévère que celle de 2009? Par ailleurs, l’ennemi ne vient pas toujours d’où nous l’attendons. Se préoccuper uniquement de la grippe pourrait revenir à créer une nouvelle ligne Maginot contre un attaquant qui emprunterait finalement un tout autre chemin.

Rappelons-nous du SRAS en 2003, il s’agissait d’une pneumonie très sévère due à un coronavirus, un microbe considéré jusqu’alors comme le plus anodin des virus respiratoires responsable de rhumes hivernaux les plus banals. Eh bien, le virus du SRAS s’est propagé comme une traînée de poudre depuis la Chine et Hongkong, empruntant les transports aériens via les personnes infectées. Les nations, unies et déterminées, ont su ces récentes années remporter des victoires éclatantes contre l’illettrisme, la pauvreté, la faim et de nombreuses maladies et handicaps.

Il y a cependant un domaine où l’humanité reste d’une très grande vulnérabilité, c’est celui des épidémies de maladies émergentes, tant elles nous prennent au dépourvu, nous laissent démunis. Elles sont capables de créer de véritables réactions de panique dans la population dont les conséquences politiques, économiques et sociales s’ajoutent alors aux effets dévastateurs que ces nouveaux agents pathogènes peuvent causer sur la santé.

Il est grand temps de mieux s’armer, de mieux s’organiser aussi, et de retenir toutes les leçons du passé, cent ans après avoir pleuré 50 millions de victimes dues au virus de la grippe espagnole. (TDG)

Créé: 10.01.2019, 16h09


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