Grève de l’uniforme: la police va-t-elle trop loin?

Débat en villeLes agents ne cessent de multiplier les actions de protestation. Abus de leur position de force ou légitime défense de leurs acquis sociaux? Débat.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des gendarmes travaillent désormais en civil et des inspecteurs en short. Quand il s’agit de défendre leurs intérêts, les policiers sont des plus créatifs. «On ne va pas attendre qu’on nous baisse nos salaires pour agir», justifie Christian Antonietti, leur leader syndical. Mais cette forme d’insoumission, «cet Etat dans l’Êtat», en exaspère plus d’un. Parmi ceux qui dénoncent «la grève de trop»: le député PDC au Grand Conseil, Vincent Maitre.

Vous qualifiez la grève de l’uniforme d’indigne. Vraiment, Vincent Maitre?

Vincent Maitre (V.M.): C’est un mot peut-être un peu fort, je l’admets aisément. Personne ne remet en cause le droit de faire la grève, encore faut-il que celle-ci soit justifiée. De mon point de vue, ce n’est pas le cas. Selon Christian Antonietti, les acquis sociaux seraient entamés et les futurs salaires de la police, avec le projet Score (ndlr: plan de refonte des salaires de l’ensemble de la fonction publique), seraient réduits. Je m’inscris en faux sur ce postulat. Pas un seul acquis social n’est supprimé et, pour ce qui est de Score, les projections n’en sont qu’au stade de la simulation. Personne ne peut dire aujourd’hui que les salaires des policiers seront amputés du moindre franc.

Christian Antonietti, la grève de l’uniforme est-elle bien suivie? Et ne porte-t-elle pas atteinte à votre image?

Christian Antonietti (C.A.): Oui, très bien suivie même! Je n’aime toutefois pas le mot grève, parce que nous ne sommes pas en grève. Effectivement, nous égratignons notre image volontairement, mais jamais nous ne faillirons à notre mission qui consiste à servir la population. D’abord les gens apprécient de nous voir en civil, il n’y a pas de levée de boucliers de la part des citoyens. Et puis, en cas de besoin, ils peuvent appeler le 117. Jamais, au grand jamais, la police ne s’est permise de ne pas prêter secours à qui que soit ou de ne pas faire son travail de base.

Votre réaction n’est-elle pas prématurée alors que la révision de la politique salariale ne fait pas l’objet d’un projet de loi?

C.A.: On nous dit que c’est une simulation, mais les chiffres ont bel et bien été donnés par David Hiler, le papa du projet Score. Et on constate une baisse salariale de 2,5% pour les gendarmes, de 6,4% pour les inspecteurs de la police judiciaire, de plus de 8% pour les agents de détention et pour les inspecteurs de la direction générale des véhicules. Il ne faut ainsi pas nous dire qu’on est dans un trend anticipatif. Il y a effectivement des pertes et il est normal qu’on réagisse pour défendre nos salaires et nos acquis.

M. Maitre, cela vous dérange-t-il qu’un corps de métiers défende ses acquis?

V.M.: Il est parfaitement légitime de défendre ses acquis, même s’ils ne peuvent être garantis ad vitam æternam. Il y a parfois des impératifs qui font qu’ils doivent être modifiés, voire supprimés. Ce n’est absolument pas le cas avec la police. On n’en est, je le répète, qu’au stade des simulations. On ne peut pas accuser le Conseil d’Êtat d’avoir voulu passer en force. Au final, le Parlement tranchera, mais il n’y a aucune volonté de couper drastiquement dans les salaires des policiers.

Même si ceux-ci sont très bien lotis par rapport au reste de la Suisse?

V.M.: Honnêtement, je ne crois pas que les salaires genevois soient excessifs. La situation des policiers aux Pâquis est un peu plus complexe et difficile qu’au fin fond du Valais. Et le coût de la vie est autrement plus important à Genève. Nos policiers méritent donc leur salaire, encore faut-il en être conscient. Ce d’autant plus que les policiers ont encore un grand nombre d’avantages sociaux qui visent à compenser la pénibilité du métier.

Bien lotis, M. Antonietti?

C. A.: Nous sommes très bien lotis, avec un salaire digne des prestations fournies. Si la police bénéficie du 50% des primes de la fonction publique, c’est précisément parce que nous touchons la fameuse indemnité pour le risque inhérent à la fonction. Or, certains acquis sont menacés, alors qu’on nous a promis qu’ils seraient maintenus. Alors effectivement, on se sent trahis. Dans un contexte plus global, notre ministre de tutelle va devoir engager énormément de monde; des policiers, des assistants de sécurité publique et des agents de détention. En tout, 700 personnes d’ici à quelques années. Pour y parvenir, il n’est pas difficile de comprendre que l’employeur veuille réduire la masse salariale sur le dos d’un certain nombre d’employés. D’ailleurs M. Maudet ne s’en cache pas. Il a dit aux agents de détention, «je vais diminuer votre salaire pour construire des prisons et pour les faire fonctionner». Un calcul financier inacceptable pour nous.

Pierre Maudet condamne la grève en cours. Or, comme les magistrats qui l’ont précédé, il peine à tenir ses troupes. Est-t-il trop gentil, M. Maitre?

V.M. Le seul constat que l’on peut vraiment faire, c’est que la police est devenue un Etat dans l’Etat. Mais je ne pense pas que Pierre Maudet soit trop gentil; il est indispensable, quand on est conseiller d’Etat, de faire preuve d’un minimum de diplomatie et d’écoute. Sinon, c’est à peu près le chaos absolu! Au final, c’est le Parlement qui votera et je crains réellement qu’un certain nombre de députés ne soient pas aussi conciliants que le Conseil d’Etat.

Retrouvez les extraits vidéos du débat sur le site: www.tdg.ch/debat

Créé: 05.06.2014, 22h21

Articles en relation

Mouvement à la police: la direction en appelle aux troupes!

Protestations L’état-major a adressé une lettre à son personnel dans laquelle il fait le point sur le conflit concernant la réévaluation des fonctions (projet Score). Plus...

Policiers genevois prêts à débrayer

Grève Après la grève des amendes, l'assemblée générale des policiers a décidé notamment de boycotter le 200e anniversaire de la police genevoise. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.