Grands chantiers 18-23: Tibère Adler et Xavier Comtesse

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La législature 2018-2023, qui s’ouvrira le 15 mai par la prestation de serment du Grand Conseil – celle du gouvernement aura lieu le 31 mai en la cathédrale avec le discours de Saint-Pierre qui fait office de programme de législature – sera celle de la mise en service du CEVA, une ligne pensée au XIXe siècle, dont les premiers crédits ont été votés en 2002. Des logements en quantité et bon marché devraient voir le jour à la Praille-Acacias-Vernets et ailleurs. Les coûts de la santé et la charge fiscale des entreprises et des biens immobiliers resteront au cœur des débats. Une nouvelle prison aussi… Quoi d’autres? Deux observateurs attentifs nous livrent leurs réflexions: Tibère Adler, directeur romand d’Avenir Suisse et Xavier Comtesse, mathématicien. Les vôtres sont les bienvenues à courrier@tdg.ch

Digital Geneva : au-delà des mots

Tibère Adler, directeur romand d’Avenir Suisse, @tibereadler

À l’ère du numérique, Genève a l’ambition de devenir une capitale digitale (non, elle ne l’est pas déjà). Et la promotion concrète de «Digital Geneva» (l’usage de l’anglais n’est pas anodin) est l’une des missions stratégiques que le Canton s’est fixée à l’horizon 2030. Comment l’État peut-il contribuer à réaliser cette ambition (avec l’appui des communes et autres institutions publiques)? En clarifiant son rôle et ses champs d’action. L’innovation économique, moteur espéré de croissance vertueuse, est principalement l’affaire des entreprises et des privés; l’État – à part un rôle de soutien ponctuel – ne doit pas s’imaginer en planificateur efficace en ce domaine.

L’innovation technologique émane d’abord des privés mais l’État, par la recherche dans les hautes écoles, peut y contribuer puissamment. En matière d’innovation sociale, l’État se doit de montrer l’exemple. Il existe donc bien des activités que les collectivités publiques peuvent empoigner pour faire avancer Genève sur le grand échiquier numérique mondial. Quatre missions principales se détachent.

L’État communicateur fait mieux connaître les enjeux et conséquences de la transformation numérique, encore largement méconnus et sous-estimés. Le software sera partout. Les grands secteurs d’activité traditionnelle de l État (santé, sécurité, éducation) seront profondément bouleversés. Actuellement, les craintes et les peurs dominent, occultant les opportunités. L’État a un devoir de communication: expliquer, valoriser les bonnes initiatives existantes, stimuler le débat et la connaissance.

L’État acteur convainc par l’exemple, avec des projets «champions», positifs et concrets. Genève doit donc continuer à développer, implémenter et faire connaître des services numériques intégralement en ligne, utiles pour les citoyens et les entreprises (par exemple obtention de renseignements certifiés ou d’attestations, réponses aux demandes étatiques, etc.). Le test prototype mis en place pour la consultation du Registre du commerce sous forme de blockchain est exemplaire à cet égard.

Les projets pratiques, simples et efficaces doivent être préférés aux grandes déclarations d’intentions générales. L’État promoteur encourage le développement du numérique par le développement d’infrastructures efficaces (par ex. serveurs de données, 5G, réseaux d’objets connectés), par des dispositifs de soutien à l’innovation ou par l’accueil d’organisations génératrices des nouveaux standards de la gouvernance mondiale de l’internet.

Enfin, l’État régulateur a le pouvoir de produire des règles favorables à l’éclosion d’activités numériques fructueuses. C’est un levier puissant, à manier avec précaution: pour bien des activités numériques, une réglementation mal pensée est un frein, une réglementation adéquate un facteur clef de succès. Ainsi, le succès du secteur des drones, pour lequel la Suisse romande est technologiquement à la pointe, dépendra très largement de la capacité de Genève (et région) de fixer un cadre réglementaire sécurisant et positif.

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Intelligence augmentée au service de tous

Xavier Comtesse, mathématicien, @xaviercomtesse Au cours de la campagne électorale 2018 qui s’achève, les politiciens ont comme toujours faits beaucoup d’annonces «électoralistes». Mais que va-t-il rester de tout cela? Quelles réalisations devraient être entreprises par ce parlement et ce gouvernement genevois dans la prochaine législature? Sachant qu’aujourd’hui le seul domaine vraiment révolutionnaire est celui du numérique, on devrait logiquement s’attendre à voir éclore des projets dans cette direction. Pas sûr. En tous les cas, voici trois réflexions prioritaires qui pourraient les faire bouger. Genève reste une ville ambitieuse mais qui manque parfois de réalisme et souvent de capacité de mise en œuvre dans les projets d’envergure. Essayons d’être positif et concret. Proposons du lourd.

D’abord l’enseignement

. Former les travailleurs et les citoyens de demain, c’est les instruire au b.a.-ba numérique. Les Big Data, le «machine learning», l’internet des objets, etc., sont autant d’outils du futur à maîtriser aujourd’hui absolument. Mais pour ce faire il faut opérer un changement de paradigme, car l’enseignement n’a pas seulement changé d’objet (enseigné l’ordinateur et la programmation), il est devenu lui-même le produit de la transformation numérique (on est passé à l’enseignement assisté par ordinateur). C’est l’ordinateur qui enseigne. Les MOOC sont l’avenir de l’école qui, comme on le sait, est finie. Un bouleversement est en marche de l’école primaire à l’Université. Reste qu’il faudrait être capable de le mettre en œuvre.

Sur l’environnement.

La ville intelligente est avant tout une ville qui adopte un programme écologique durable. Baisser la consommation, améliorer la mobilité tout en faisant des économies, voilà ce que la «smart city» promet de faire, encore faut-il que les administrations territoriales comprennent la révolution numérique pour y parvenir. Au centre de la «smart city», il y aura les «smart data», c’est par là qu’il faut commencer. Mettre les data au service du bien commun pour un avenir de qualité pour tous.

Finalement, et peut-être le plus important: la Santé

. Ici, il faudrait tout de suite se pencher sur le projet zurichois non seulement très ambitieux mais qui apparaît de plus en plus comme le modèle à suivre. Les Zurichois s’apprêtent à construire le système de Santé du futur. Pour ce faire, ils vont revoir entièrement les bases de l’organisation des soins, de la prévention et du bien-être. À travers l’usage intensif du numérique, ils vont offrir à eux-mêmes mais surtout à leurs descendances, une médecine personnalisée, collaborative et de précision. En fait, une médecine de haute qualité à un prix abordable que seul l’intelligence artificielle sera capable de produire.

Le numérique, c’est d’abord la révolution de l’intelligence artificielle que l’on ferait mieux de nommer «intelligence augmentée», tant cette technologie sera à la fin au service du citoyen.

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Créé: 01.05.2018, 15h37


Retrouvez ici notre série Ma Genève en 2030


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