Genève roulera à 30 km/h la nuit sur des grands axes

Bruit routierLa Ville va tester des limitations de vitesse pour réduire le vacarme dans des artères où les normes ne sont pas respectées.

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Photo d'illustration. Image: Laurent Guiraud / Archives

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Les conducteurs genevois devront apprendre à lever le pied pour épargner les oreilles de leurs concitoyens. À titre d’essai, la Ville de Genève réduira de nuit la vitesse maximale, de 50 à 30 km/h, sur des artères à fort trafic dont les immeubles subissent un bruit excessif. Les axes retenus ont reçu cet automne l’aval du Canton qui a la haute main sur tout ce qui touche à la mobilité. Sont choisies la rue de Lausanne (sur son tronçon allant de la gare à l’avenue de France), l’avenue du Mail et les rues Voltaire et de Lyon.

Ces essais nocturnes se mèneront parallèlement à ceux du même type qui se préparent, de jour comme de nuit, sur les boulevards du Pont-d’Arve et de la Tour. Dans ces deux derniers cas, les autorités ont été contraintes par une décision de justice, le 14 novembre 2017, à tenter un apaisement du trafic pour atténuer le vacarme ambiant. Des riverains avaient contesté le régime dérogatoire que les autorités entendaient appliquer à ce secteur, faute d’être parvenues à y tempérer le bruit. S’appuyant sur une jurisprudence nouvelle du Tribunal fédéral, les juges ont estimé qu’un tapage excessif pouvait justifier une réduction de la vitesse même sur des «routes de grand transit». Mais cette nouvelle politique est contestée (lire ci-contre).

Foison de décibels

Presque tous ces axes font partie du réseau primaire du canton. Le tronçon concerné de la rue de Lausanne fait exception, appartenant au réseau secondaire qui est chargé de lier les quartiers entre eux. Les normes acoustiques fédérales n’y sont pas respectées. Les valeurs relevées de nuit sur leurs façades s’échelonnent entre 57 et 67 décibels, au-delà de la valeur limite nocturne (55), voire de la valeur d’alarme (65). Les boulevards du Pont-d’Arve et de la Tour dépassent la valeur d’alarme diurne (70).

Pourquoi la Ville a-t-elle ciblé les heures nocturnes pour certains de ses tests? «Il y a certes moins de circulation la nuit, mais les normes y sont plus sévères, si bien qu’il y a davantage d’axes que nous devons assainir en raison de ces périodes de nuit que de jour, explique Claude-Alain Macherel, codirecteur du Département municipal des constructions et de l’aménagement. Les nuisances nocturnes suscitent en outre davantage de plaintes.» Le Département cantonal des infrastructures note que «certaines façades dépassent les valeurs limites seulement la nuit». La Ville devra encore mener quelques études avant de lancer ces tests, peut-être à la rentrée de la fin de l’été 2019.

Le bruit? «On s’accoutume»

Qu’en dit-on sur l’un des axes concernés? «Cet essai est positif, réagit Édouard, habitant du bas de la rue de Lyon. Mais je ne suis guère dérangé la nuit. Un revêtement phonoabsorbant a été posé et du triple vitrage a été installé dans mon immeuble. Je vis ici depuis quarante ans: on s’accoutume.» Dans l’édifice voisin, René craint que le test n’empire les choses. «Cette limitation risque d’irriter les gens et de provoquer des transgressions, redoute-t-il. Le trafic général ne me dérange pas la nuit, mais il arrive qu’on soit réveillé par une moto ou une voiture de sport isolée qui fait vrombir son moteur: certains noctambules veulent se donner des illusions de puissance…»

Comme bien d’autres centres urbains du pays, Genève n’a, de loin pas, réussi à tenir le délai fixé par la Confédération au 31 mars 2018 pour protéger ses habitants des nuisances routières. La Commune s’est dotée d’une stratégie en trois temps pour s’ajuster aux normes, en misant autant que possible sur une réduction du bruit à la source.

Stratégie à plusieurs temps

«Nous comptons achever dans les cinq ans à venir la mise en zone 30 des rues de quartier et nous nous donnons de huit à dix ans pour finir la pose de revêtement phonoabsorbant là où c’est nécessaire, explique Claude-Alain Macherel. Si cela ne suffit pas, nous actionnerons des mesures pour lesquelles l’aval du Canton est nécessaire, comme ces limitations de vitesse que nous allons tester. Il pourrait s’agir aussi d’interdiction d’accès aux véhicules les plus bruyants. Ce n’est qu’en tout dernier lieu que nous recourrons à des demandes d’allégement.» C’est-à-dire aux fameux régimes dérogatoires qui ont été contestés avec succès aux boulevards de la Tour et du Pont-d’Arve.

Ces limites à 30 km/h seront-elles suffisamment respectées pour faciliter le repos des voisins? La question se pose au vu du respect tout relatif porté à ces régulations et des difficultés techniques qu’il y a à vérifier leur application. Genève teste déjà, depuis juin, une réduction de vitesse pour des raisons de bruit à l’avenue de l’Ain, où la vitesse a été abaissée de 60 à 50 km/h. Aucune évaluation n’est encore disponible.

Test en cours à Lausanne

Lausanne, de son côté, expérimente depuis l’été 2017 une limitation nocturne à 30 km/h sur les avenues de Beaulieu et Vinet, en plein centre. Si la nouvelle régulation n’est pas respectée par tous, elle semble avoir tout de même modéré l’allure de la plupart des véhicules, surtout en présence de panneaux indicatifs affichant les vitesses relevées. Les forts excès de vitesse se sont raréfiés de façon spectaculaire. De 32 chauffards hebdomadaires franchissant les 70 km/h à l’avenue de Beaulieu, on est passé à un seul cas avec l’arrivée du test.

Celui-ci se poursuivra jusqu’en mars. Mais l’évaluation intermédiaire parue en janvier montre que le bruit moyen s’est tempéré de 2,5 à 3,1 décibels alors que les pointes de bruit, celles qui sont les plus susceptibles de réveiller les résidents, ont été décapitées de 4,2 à 5 décibels. Plus de la moitié des riverains (59%) ont déclaré avoir ressenti un effet bénéfique. La Ville de Lausanne mènera de nouveaux tests au printemps prochain avant de tirer des conclusions définitives. (TDG)

Créé: 14.12.2018, 14h17

La polémique croît sous la Coupole

La possibilité de réduire la vitesse sur des grands axes est contestée au sein des Chambres fédérales. Le Conseil national a approuvé le 29 novembre une initiative parlementaire visant à éviter qu’on déroge à la règle des 50 km/h en localité, sur les grands axes, pour des motifs liés au bruit. Ce texte de l’élu UDC zurichois Gregor Rutz a été cosigné par le Genevois Hugues Hiltpold (PLR).

Pourquoi? «Je trouve logique de maintenir une hiérarchie sur le réseau routier, explique le conseiller national. Je ne conteste pas la pertinence des zones 30 dans les quartiers, mais il est ridicule d’abaisser la vitesse sur une grande pénétrante ou une artère aussi importante que l’avenue du Mail. Si on faisait de même à Carouge, par exemple, on dissuaderait le trafic de rester canalisé sur de grands axes comme le boulevard des Promenades ou la rue de la Fontenette, et toute cette circulation viendrait s’infiltrer dans les rues résidentielles.»

Sans surprise, sa collègue écologiste Lisa Mazzone désapprouve. «Il est inconscient de contrecarrer les efforts menés pour combattre le bruit, qui, loin d’être une simple question de confort, constitue un vrai fléau pour la santé, notamment avec des incidences cardiovasculaires, martèle la Genevoise. Trop de routes sont encore au-dessus des normes de la réglementation fédérale. En outre, la loi genevoise pour une mobilité cohérente et équilibrée prévoit expressément la possibilité de réduire la vitesse sur des grands axes; et ce texte a eu l’aval de la majorité du Grand Conseil et de la population genevoise!»

L’élue estime que l’initiative en question court à l’échec. Sur ce sujet, le Conseil national n’est pas au diapason avec la Chambre haute du parlement fédéral. La commission compétente du Conseil des États a rejeté en janvier le texte de Gregor Rutz, par 8 voix contre 5, jugeant notamment que «la mise en œuvre de l’initiative porterait trop gravement atteinte à la souveraineté des cantons et des communes».

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