Genève, place forte des voitures de luxe

AutomobileLes Maserati, Bentley ou autres Koenigsegg ont la cote depuis dix ans. Mais les prix, qui ont atteint des sommets, refroidissent désormais les investisseurs. Genève joue un rôle clé sur ce marché.

La marque suédoise Koenigsegg ne produit qu'u n seul véhicule par mois. Pour disposer d'un modèle neuf, il faut patienter quatre ans.

La marque suédoise Koenigsegg ne produit qu'u n seul véhicule par mois. Pour disposer d'un modèle neuf, il faut patienter quatre ans. Image: Lucien Fortunati

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Elle trône au centre du show-room et fait de l’ombre aux nombreuses Rolls-Royce et autres Aston Martin, reléguées sur les côtés. Sa carrosserie est en carbone, même les caches de son moteur sont en carbone. Quand son moteur s’allume, un bruit sourd envahit la pièce. Il peut entraîner son pilote à près de 400 km/h en une quinzaine de secondes.

Depuis cet été, le concessionnaire Prestige Motor Group, à Nyon, est un représentant officiel de Koenigsegg, une marque d’«hypercars». Ainsi nomme-t-on les bolides particulièrement aboutis au niveau de la technologie et du design. Pas les Rolls-Royce, pas les Ferrari. Les Pagani, Bugatti et Koenigsegg.

Koenigsegg. Le premier né de cette marque suédoise a vu le jour en 2002. À ce jour, moins de cent cinquante véhicules sont sortis de l’usine du constructeur à Ängelholm. Dix-huit modèles différents. Celui en vente à Nyon, la CCXR Trevita, existe en deux exemplaires: le nôtre serait propriété d’un résident suisse souhaitant rester discret, l’autre a appartenu à Floyd Mayweather, un des meilleurs boxeurs de tous les temps.

Les atouts des modèles anciens

Pour acheter une Koenigsegg neuve – il en sort une par mois de Suède – il faut patienter quatre ans. À l’image du secteur de la voiture haut de gamme, les carnets de commandes sont remplis.

Ceux de Rolls-Royce et d’Aston Martin aussi. Leur concessionnaire déménage d’ailleurs dans un bureau trois fois plus grand en mai, à côté des locaux horlogers de Hublot, et recrute du personnel. En consacrant une antenne à l’hypercar suédoise, Prestige Motor Group boucle la boucle: toutes les marques automobiles de luxe sont désormais représentées par un agent entre Nyon et Plan-les-Ouates. La Koenigsegg nyonnaise, construite il y a une dizaine d’années, affiche à peine 2000 km au compteur. Le signe, selon un observateur, que son propriétaire y voit un placement: user cette mécanique pourrait engendrer une perte de valeur. Elle est proposée à 2,8 millions de francs, bien plus qu’à sa sortie d’usine.

«C’est un peu comme dans l’art: quand c’est très rare, le marché perd de sa rationalité»

Cette dernière décennie, les voitures de luxe ont eu le vent en poupe. «Les gens aiment les objets rares», indique Thilo Martin, directeur de Prestige Motor Group. C’est souvent dans l’arc lémanique qu’on vient acheter. «Il y a dix ans, nos clients étaient des passionnés. Désormais, il s’agit d’abord d’investisseurs passionnés», précise Simon Kidston, patron de Kidston SA, une entreprise de courtage de voitures de collection leader dans le monde. «Les vrais placements portent sur des modèles anciens qui ont une valeur intrinsèque de par leur technologie et leur histoire. La Mustang conduite par Steve McQueen vaut plus», dit-il. Une Koenigsegg, marque jeune, ne peut se prévaloir de tels atouts.

«Comme dans l’art»

Dans les années 80, le marché des voitures de collection s’était déjà enflammé avant de s’écrouler. Dix ans plus tard, nouveau boom. «Certains bolides ont vu leur valeur doubler en un an, mais on assiste à un tassement depuis 2015», selon Simon Kidston. «Le manque de confiance dans les actifs financiers après 2008, les taux d’intérêt bas, des marchés boursiers porteurs ont peut-être contribué à cette croissance, estime Jean-François Bunlon, responsable du marché romand chez HSBC Private Bank à Genève. L’engouement pour les anciennes peut faire sens pour diversifier sa fortune, mais il faut être prudent car il s’agit d’un actif peu liquide et de niche.» «C’est un peu comme dans l’art: quand c’est très rare, le marché perd de sa rationalité», selon Rolf Ganter, analyste chez UBS. «Une voiture neuve qui a le potentiel de devenir une classique doit être vraiment très unique; elle peut alors encore être un bon placement.» Le fait que les prix moyens aient atteint un seuil, que les cadres gagnent désormais souvent moins et que les taux d’intérêt puissent remonter peut, selon les analystes consultés, expliquer le ralentissement actuel.

Le marché suisse est minuscule, fermé même, tant les taxes d’importation sur les voitures sont élevées. Ce qui n’a pas empêché Simon Kidston de domicilier son entreprise dans le canton. «On aurait pu s’installer à Londres, Paris ou Monaco. J’ai choisi Genève, ville associée à ses richesses, son souci du détail, sa qualité de vie et elle se trouve au cœur de l’Europe», relève le Britannique. Kidston SA vend une dizaine de Lamborghini Miura, Ferrari 250 Berlinetta ou autres Bugatti des années 30 par mois. Les véhicules ne passent jamais par la Suisse. Selon lui, le marché va se segmenter entre les véhicules rares et les autres. Il y aurait plus de place pour les Koenigsegg que pour les Aston Martin, nombreuses.

La Suisse en pole position

La plupart des voitures de collection datent d’après la Seconde Guerre mondiale, mais les goûts évoluent. «Les nouveaux clients achètent des modèles plus jeunes, jusque dans les années 90, indique l’expert. Les principaux acheteurs sont Américains, Anglais, Allemands, mais la demande croît auprès des nouvelles générations des pays du Golfe.» Kidston SA ouvrira une succursale à Dubaï avant la fin de l’année.

La Chine? Elle ne compte pas sur la carte car il est interdit d’y importer un véhicule d’occasion. Elle joue par contre un rôle sur le front du neuf. Ferrari a fait état d’un bénéfice record au dernier trimestre. Rolls-Royce a construit quatre fois plus de voitures en 2016 qu’en 2006. En 2016, les immatriculations de Lamborghini et de Porsche neuves ont bondi de 6%, celles de Maserati de 30%, celles de Jaguar de 77%. D’ici à la fin de l’année, Aston Martin espère faire grimper ses ventes d’un tiers. D’autres constructeurs, après une folle décennie, évoquent un tassement, à l’image des modèles anciens.

Le marché suisse, pour le neuf, joue les premiers rôles. Le pays est le cinquième marché de Ferrari, et par habitant, il est de loin le premier, selon le constructeur de Maranello. L’an dernier, les ventes de voitures de luxe neuves demeuraient spectaculaires sur sol helvétique. L’association Auto-Suisse fait état de 3500 immatriculations de Bentley, Maserati ou Lamborghini en 2016, un chiffre qui a explosé sur un an. En 2017, par contre, tout indique qu’en Suisse, les acheteurs se montreront moins frénétiques. (TDG)

Créé: 29.11.2017, 17h28

Voitures de luxe: l'état du marché

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