Genève fermera dès 18 heures

CoronavirusLe Conseil d'État place le canton en semi-confinement. Commerces non essentiels, clubs de sport seront fermés. Les activités culturelles et manifestations privées prohibées.

Vidéo: Frédéric Thomasset

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Les décisions sont inédites. S'appuyant sur l'état de nécessité prévu par la Constitution, le Conseil d'État a annoncé lundi la fermeture partielle ou totale de nombreuses activités, en lien avec la progression de l'épidémie de Covid-19. Ses décisions de semi-confinement, ajoutées à l'interdiction des rassemblements privés de plus de cinq personnes à l'intérieur comme à l'extérieur, entreront en vigueur ce lundi dès 18 heures. Elles auront un impact sur la vie quotidienne des Genevois et l'activité économique. Cette adaptation du dispositif, qui s'ajoute aux mesures précédentes, c'est le prix, selon le président du Conseil d'État Antonio Hodgers, pour prévenir les évolutions futures. «La situation est grave. Les prochains jours seront décisifs», dit-il.

Longue liste des restrictions

Lue par Mauro Poggia, en charge de Département de la sécurité, de l'emploi et de la santé, la liste tombe.

Première mesure choc, la restauration. Les restaurants, débits de boissons, bars, dancings, fermeront jusqu'au 29 mars au moins. Leurs activités de vente à l'emporter de plats cuisinés restent néanmoins possibles, mais les files d'attente doivent permettre aux clients de maintenir leurs distances.

Deuxième point: les commerces. Ils seront fermés à l'exception de ceux d'alimentation, ou vendant des produits d'hygiène, ménagers ou pour l'alimentation des animaux. Seuls les marchés alimentaires restent autorisés.

Les lieux de divertissement collectifs, sportifs ou culturels, sont fermés. Les compétitions sont suspendues, comme les activités «en relation avec le service à la personne» (coiffeurs, barbiers, esthéticiens). Les réunions professionnelles, si les distances entre personnes peuvent être maintenues, sont autorisées. La prostitution enfin est interdite. Des moyens de contrôle sont-ils prévus? Le Conseil d'État va confier des missions spécifiques aux agents municipaux, qui s'ajouteront aux contrôles habituels. Antonio Hodgers ajoute que l'État ne pourra évidemment pas tout contrôler. Et d’appeler à faire preuve de civisme et d’auto-contrôle.

Troisième point: l'hébergement. Les hôtels peuvent rester ouverts, mais leurs activités seront limitées à l'hébergement.

L'hébergement d'urgence n'est pas touché. Les activités postales, bancaires, d'assurance en lien avec l'agriculture et le secteur alimentaire restent ouvertes. Les pharmacies, drogueries, kiosques ou stations-services peuvent rester ouverts aux mêmes conditions. Par ailleurs, les services religieux, à l'exception des funérailles, sont interdits.

Inquiétantes conséquences économiques

On imagine sans peine les conséquences économiques induites. «Comme avec la maladie, ce sont les plus petites entreprises, les plus fragiles, qui vont trinquer en premier», explique le ministre de l'économie Pierre Maudet. «Nous allons nous attacher à maintenir la chaîne de création de valeur, les revenus et la substance des entreprises», ajoute-t-il. Il annonce pour la fin du mois un «plan Marshall genevois» pour soutenir les entreprises, plan qui s'ajoutera, espère-t-il, aux mesures de la Confédération.

En attendant, le magistrat PLR rappelle que l'Office cantonal de l'emploi se tient prêt à répondre aux demandes des entreprises concernant le chômage technique, dont les mesures devraient être assouplies par Berne, dit-il. Il rappelle que le fonds d'aide aux entreprises est en place pour répondre à des demandes de trésorerie. «En trois jours, le fonds a enregistré plus de demandes qu'en six mois en temps normal.» Il annonce qu'il rencontrera très vite les bâilleurs et les SIG pour leur demander de reporter les échéances des factures et le payement des baux. Affaire à suivre.

Les écoles improvisent

Toutes les écoles du canton sont fermées. Les enseignants doivent se rendre en classe et tâcher de dispenser un enseignement à distance aux élèves «qui ne sont d'ailleurs pas en vacances», a rappelé Anne Emery-Torracinta, cheffe du Département de l'instruction publique (DIP) vendredi. Comment assurer cette continuité de l’instruction? Le flou règne encore. Les quelques enseignants interrogés font part d’un manque de coordination. «On est en roue libre, c’est l’improvisation totale! confie un professeur du secondaire II. Ces prochains jours, on va enchaîner les séances expliquant comment préparer ses cours en ligne, comment envoyer du contenu aux élèves, etc. Il fallait anticiper et se préparer avant!» La magistrate explique que c’est aux directions d’organiser et de coordonner l'enseignement à distance. Sous quelles formes transmettre devoirs et contenus? «Pour certains, par vidéoconférence, pour la majorité par e-mail, ou sur des plate-formes dédiées existantes», répond-elle.

Quid des examens? Elle indique que certaines évaluations indispensables – par exemple pour les apprentis – seront maintenues. «On pourrait faire venir les élèves à l’école, dans plusieurs salles, avec la distance sociale requise.»

Un service minimum est instauré dans les écoles primaires et les crèches, pour les parents qui se retrouvent sans aucune solution de garde. Qu’en était-il ce lundi matin? La magistrate répond que dans les écoles primaires, «il y avait entre 0 et 20 enfants maximum».

Deuxième tour des élections maintenu

Le deuxième tour des élections municipales est maintenu. Pourquoi ce choix? «Nous avons pesé le pour et le contre, répond le président de l'Exécutif. Les gains en matière de débats politiques (ndlr: en cas de report) nous ont paru faibles par rapport aux intérêts organisationnels et sanitaires. Il faut aller au bout de cette opération, c’est un énorme travail administratif.»

Les fonctionnaires en stand-by

«Le Conseil d'État a des responsabilités d'employeurs, qui lui incombent, hors des services prioritaires, de limiter ses activités», expose Antonio Hodgers. Dès ce soir, 80% des fonctionnaires seront consignés à leur domicile. «Ils resteront à disposition et seront activés en fonction des besoins, précise Nathalie Fontanet, ministre PLR responsable des Finances. Les rémunérations restent inchangées.»

La justice au ralenti

Le procureur général Olivier Jornot, qui participe à la conférence de presse du Conseil d'État, annonce à son tour que la justice renoncera aux activités non essentielles. Les guichets seront fermés. Un seul point pour le dépôt des actes restera ouvert. La justice s'en trouvera ralentie. Il demande aux justiciables et avocats de se montrer compréhensifs. Mais la justice, elle, se montrera-t-elle patiente avec les justiciables en allongeant les délais de recours ou d'opposition? «C'est du droit fédéral, rappelle Olivier Jornot, et ces mesures sont prises en général en temps de guerre.» On n'y serait pas encore. Pour le reste, l'identification des tâches qu'il est possible d'abandonner est en cours.

Plan solidarité sur le modèle du plan canicule

Le Conseil d'État en appelle à la solidarité de tous. Une action des communes est notamment sollicitée. Thierry Apothéloz, magistrat en charge de la cohésion sociale, a expliqué que les communes doivent mettre en place un réseau de proximité auprès des personnes vulnérables. «Elles sont appelées à s’inspirer du plan canicule. Envoyer des courriers aux personnes âgées de plus de 65 ans, leur téléphoner pour s’enquérir de leur état de santé et de besoin (si elles ont besoin d’aide pour leurs courses, etc.).» Elles sont aussi invitées à réaffecter le personnel communal à ces tâches et à chercher des bénévoles.

Chantiers, armée, ravitaillement dans les magasins

De nombreux chantiers sont encore ouverts. Doivent-ils fermer? Le président du Conseil d'État répond que les entreprises doivent évaluer ce qui peut être suspendu ou non. «Nous savons qu’elles sont soumises à des pressions pour finir les chantiers dans les temps, sous peine de pénalités. Nous en appelons donc aux créanciers, à permettre que les chantiers puissent être retardés.»

L’armée pourrait-elle être sollicitée en renfort? «Elle pourrait l’être en renfort de prestations sanitaires, mais pas pour protéger des lieux de ravitaillement», répond Antonio Hodgers.

Enfin, les magasins alimentaires sont pris d’assaut, les Genevois font des réserves, les étagères sont vides. Faut-il craindre que les grands distributeurs ne parviennent plus à se réapprovisionner? Le président du Conseil d'État se veut rassurant. «Nous sommes en contact avec les grands distributeurs, qui nous ont assuré que les filières d’approvisionnement sont maintenues. Nous en appelons au civisme, il faut éviter l’esprit «hamster» en accumulant des réserves.»

Créé: 16.03.2020, 14h15

Qui et quand en quarantaine?

La personne avec de légers symptômes (fièvre et toux) ne sera pas testée pour le coronavirus (sauf si elle est déjà atteinte d’une maladie ou âgée de plus de 65 ans). Elle doit rester chez elle en auto-isolement et réduire ses contacts avec les autres personnes. Elle peut mettre fin à l’isolement si elle n’a plus de symptômes pendant 24 heures. La personne testée positive au Covid-19: son isolement peut être interrompu 48 h après la fin des symptômes si au moins dix jours se sont écoulés depuis le début des symptômes. Les contacts étroits d’un cas confirmé sont invités à rester à domicile pendant cinq jours après le début des symptômes du malade.

Restez chez vous!

Antonio Hodgers le martèle: «La situation est grave, il faut prendre tout cela très au sérieux! Restez chez vous, réduisez au maximum les contacts chez vous et entre vous, lavez-vous les mains en permanence et limitez vos activités.»
Que faire si la seule solution de garde consiste à confier son enfant à des voisins, qui s’occupent par ailleurs de leurs propres petits? «Si vous ne pouvez pas faire autrement essayez d’avoir des contacts avec un minimum de personnes et en respectant les mesures d’hygiène.»

La lutte contre la propagation du virus est l'affaire de tous. Le professeur Didier Pittet, conseiller spécial de l’OMS et responsable du contrôle et de la prévention de l’infection aux HUG, rappelait par ailleurs dans nos colonnes que les jeunes auraient tort de ne pas se sentir concernés. «Les ados et les jeunes adultes ne respectent absolument pas les consignes d’hygiène et de distance sociale. Ils pensent, à tort, que c’est un truc de vieillards.» Or, si la majorité passe entre les gouttes de l’épidémie, «on a vu, en Chine et en Italie, des jeunes gens en bonne santé développer des infections dramatiques et mourir, après avoir été exposés à une quantité élevée de virus». Surtout, ils peuvent être vecteurs et contaminer des personnes vulnérables.

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