Genève et Paris vont créer une biobanque sur la bipolarité

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Le professeur Jean-Michel Aubry, chef du département de santé mentale de psychiatrie des HUG est l'un des membres fondateurs de FondaMental Suisse.

Le professeur Jean-Michel Aubry, chef du département de santé mentale de psychiatrie des HUG est l'un des membres fondateurs de FondaMental Suisse. Image: Pierre Abensur/Tribune de Genève

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La bipolarité fait partie des dix pathologies considérées comme préoccupantes par l’Organisation mondiale de la santé. Cette maladie qui se traduit par des variations de l’humeur hors de proportion en intensité et en durée touche environ 100 000 personnes en Suisse. La Fondation FondaMental Suisse organise mardi soir à Genève une levée de fonds pour établir une base de données et une biobanque sur les patients et leur descendance. Questions au professeur Jean-Michel Aubry, chef du département de santé mentale de psychiatrie des HUG et l’un des membres fondateurs avec Marion Leboyer de FondaMental Suisse.

Que vont financer les fonds levés?

Nous allons mettre en place une base de données partagées entre notre centre à Genève (ndlr: l’unité des troubles de l’humeur des HUG) et celui des hôpitaux universitaires Henri Mondor dirigé par Marion Leboyer à Paris. Le but est de caractériser très précisément les personnes qui souffrent de troubles bipolaires ainsi que leur descendance, soit une caractérisation clinique et biologique. Nous allons mettre en place des évaluations standardisées avec notamment des questionnaires afin d’obtenir une base de données la plus complète possible, d’un point de vue psychiatrique, mais aussi somatique. Cela permettra de comprendre les mécanismes par lesquels le génome et l’environnement d’un individu favoriseraient ou non l’apparition du trouble.

Comment explique-t-on que les bipolaires souffrent aussi de troubles somatiques?

Il y a des interactions entre le système immunitaire et inflammatoire et le système nerveux central. Des études récentes suggèrent que des dérèglements du système immunitaire et inflammatoire vont engendrer des troubles somatiques, et ainsi affecter le système cardiovasculaire ou d’autres grands systèmes de l’organisme.

Les addictions (alcool, tabac, drogues) sont très souvent associées à la bipolarité. Pourquoi?

Il existe très probablement des bases génétiques, mais qui n’expliquent pas tout et elles ne sont pas encore clairement identifiées. L’alcool ou les drogues sont utilisés comme une sorte d’automédication pour moduler l’humeur, mais aussi pour lutter contre l’anxiété.

Cette maladie touche environ 100 000 personnes en Suisse, avec un coût conséquent…

La bipolarité engendre un coût sociétal considérable avec des arrêts de travail, des personnes à l’AI, sans compter les souffrances et grandes difficultés au sein de la cellule familiale et avec les proches.

Pourquoi cette pathologie est-elle si difficile à diagnostiquer?

Une fois sur deux, le trouble bipolaire se révèle par une dépression. Le patient va ainsi être traité pour une dépression classique, sans tenir compte des phases hautes, dites hypomanes/maniaques. Or, le traitement diffère. Pour la bipolarité, il faut un stabilisateur d’humeur. La dépression unipolaire peut être confondue particulièrement avec le trouble bipolaire de type 2 qui comporte des phases hypomanes plus ou moins longues, où la personne continue de fonctionner, sans besoin d’hospitalisation. Quand la dépression survient, généralement après la phase hypomane, le patient va taire ses phases hautes, ce qui explique en partie la difficulté du diagnostic.

Créé: 24.05.2016, 11h27

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