Genève compte 9000 chômeurs, mais trois fois plus selon le BIT

Monde du travailSelon la méthode employée, le taux de chômage à Genève triple. Il est presque deux fois plus élevé qu’en France voisine. Et l’écart se creuse.

Les études manquent cruellement pour dresser le profil des chômeurs et des demandeurs d'emploi.

Les études manquent cruellement pour dresser le profil des chômeurs et des demandeurs d'emploi. Image: Pascal Frautschi.

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Le diable se niche dans les détails. Et sans doute dans les chiffres. Alors que, selon les données officielles genevoises, le taux de chômage à Genève s’est établi en novembre à 3,7% (il était de 4,1% à la fin de 2018), une autre méthode pour estimer le nombre de sans-emploi fait exploser ce pourcentage. Il passe alors pour 2018 à 11,8%. Presque le double que les taux des deux départements français voisins, l’Ain et la Haute-Savoie. Le premier peut s’enorgueillir avec 6,4% et le deuxième bomber aussi le torse en affichant 6,5%. Plus proche du canton, celui du Genevois français a atteint l’an dernier 7%. Et le canton de Vaud? Le chiffre est le même qu’en Haute-Savoie. Toutes ces données ont été publiées vendredi par l’Observatoire statistique transfrontalier.

Critères adoptés en France

La différence principale entre les deux taux (4,1% et 11,8%) réside dans la manière de les calculer. Le taux «officiel» genevois provient des personnes inscrites au chômage. Celui qui frise les 12% est calqué sur la définition du BIT, qui considère comme chômeurs les personnes âgées de 15 ans ou plus qui sont sans emploi au moment de l’enquête menée par l’organisation internationale, mais disponibles pour travailler, celles qui sont activement à la recherche d’un emploi ou qui ont trouvé un poste de travail. Ce sont ces critères qui sont adoptés en France, ce qui permet de comparer la situation au sein des deux pays.

Genève compte plus de 9200 chômeurs, 30 000 selon le BIT

Mais le fossé est impressionnant: en appliquant des critères stricts, Genève compte plus de 9200 chômeurs. En les élargissant, environ 30 000! Plus de 20 000 habitants échappent ainsi à la statistique officielle. Selon les observateurs, il s’agit notamment de jeunes en quête d’emploi, de femmes ayant quitté le monde du travail pour s’occuper des enfants, de résidents plus âgés qui ont jeté l’éponge, fatigués d’essuyer des refus ou de ne pas trouver l’emploi de leur rêve, ou encore de personnes rétives à l’idée de pointer au chômage. Mais aucune étude importante n’existe dans ce domaine.

«Le taux de chômage au sens du BIT, indique Laurent Paoliello, directeur au Département de la sécurité, de l'emploi de la santé, se base sur un sondage réalisé trimestriellement par l'Office fédéral de la statistique auprès de 32 000 personnes.» Compte tenu de la taille de l'échantillon pour Genève (2000 personnes par trimestre), ce taux exclusivement annuel ne peut pas être ventilé selon des caractéristiques socio-démographiques.

Réagissant à ces chiffres, Stéphanie Ruegsegger, directrice à la Fédération des entreprises romandes (Genève) souhaite «mieux connaître le profil des chômeurs et des demandeurs d’emploi» afin de déterminer si le marché de l’emploi correspond à leurs attentes et compétences, dans le but d’apporter dans une seconde phase les outils et les réponses adaptés.

Importants besoins sociaux

Secrétaire régional d’Unia Genève, Alessandro Pelizzari esquisse une solution pour cette population: «assurer des reconversions professionnelles avec formation reconnue à la clé». Mais le syndicaliste va plus loin. Il propose aussi le lancement d’un «programme public d'engagement pour des postes répondant à des besoins sociaux avérés» dans le domaine des soins afin de relever les défis du vieillissement de la population, dans l'enseignement ou encore la petite enfance. «À Genève, il est aberrant d’avoir autant de richesses concentrées et de laisser ces besoins sociaux élémentaires en souffrance», souligne Alessandro Pelizzari.

En cas d’essoufflement de l’économie, un climat malsain portant les germes du populisme risque d’apparaître, avec 30 000 personnes naviguant entre chômage, emplois précaires, aide sociale et travail au noir.

Créé: 10.12.2019, 07h07

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