Genève a les cours d’eau les plus riches de Suisse

Biodiversité Beaucoup de poissons figurant sur la liste rouge des espèces menacées en Suisse peuplent les eaux genevoises, en particulier l’Allondon et la Versoix.

Image: Pierre Abensur (Archives)

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Chômage, crise du logement, bouchons routiers: le canton de Genève écope souvent du bonnet d’âne. Mais il lui arrive aussi de finir premier de classe. C’est le cas, en l’occurrence, pour la richesse biologique de ses cours d’eau, qui surpasse celle des autres cantons. Il ne s’agit pas d’une fanfaronnade de Genevois, puisque c’est le WWF lui-même qui l’a dit cet été, dans un rapport sur l’état des cours d’eau en Suisse.

Quatre critères ont été pris en compte: la diversité des espèces, la qualité des écosystèmes, la connectivité de ceux-ci entre eux, et enfin la rareté des installations de pompage ou de retenue d’eau. Les ruisseaux et rivières sont ainsi classés des plus aux moins «précieux». En moyenne nationale, seuls 3,6% des cours d’eau sont jugés extrêmement précieux, le meilleur résultat. Cela signifie qu’ils sont restés proches de leur état naturel, qu’ils sont particulièrement riches en espèces vivantes, que la circulation des eaux dans le bassin-versant n’est pas entravée par des obstacles artificiels et qu’il existe beaucoup de zones alluviales (périodiquement inondées) protégées.

Genève fait bien mieux, car le nombre de cours d’eau qui y obtiennent cette note dépasse les 15%. C’est le seul canton dont plus de la moitié des rivières (plus de 60%) sont classées soit extrêmement précieuses, soit très précieuses. Bâle-Campagne suit, à quelque distance, avec un taux de près de 45%.

Viviers pour espèces menacées

Beaucoup de poissons figurant sur la liste rouge des espèces menacées en Suisse peuplent les eaux genevoises, en particulier l’Allondon et la Versoix. Le Rhône, l’Allondon, la Laire ou l’Arve accueillent également de nombreux oiseaux d’eau et migrateurs. Le Rhône genevois et les zones alluviales de la Laire et de l’Allondon sont même classés à l’Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d’importance nationale (IFP). En général, les rivières du canton offrent une grande diversité d’habitats, ce qui augmente la biodiversité. «Les cours d’eau genevois sont habituellement bien cotés pour leur santé et leur fonctionnement écologique», relève Lene Petersen, chargée de projet au WWF.

Ces bons résultats sont en partie dus aux efforts de renaturation des cours d’eaux entrepris par le Canton depuis une vingtaine d’années. De la Versoix à la Seymaz, en passant par la Drize et l’Aire, entre autres, beaucoup de rivières ont ainsi retrouvé un lit et des berges plus naturels. «Cela a probablement joué un rôle, confirme Lene Petersen. Mais la préservation des cours d’eau et la création de zones protégées y sont aussi pour beaucoup. A Genève, il y a relativement peu d’ouvrages hydrauliques, comparé à des cantons comme le Valais, où on trouve des centrales au fil de l’eau ou des barrages sur la plupart des rivières.»

A l’Etat de Genève, le patron de la Direction générale de l’eau, Gilles Mulhauser, a le triomphe plutôt modeste: «Si c’était du golf, on pourrait dire que nous partions avec un bon handicap», tempère-t-il, en soulignant que la méthode du WWF privilégie les cours d’eau situés en plaine. «Un fleuve comme le Rhône, avec différentes forces de courant, des berges relativement plates et des milieux humides et semi-humides, offre forcément une plus grande palette d’habitats qu’un torrent de montagne, précise-t-il. De plus, malgré une forte urbanisation, il y a davantage de zones alluviales en plaine, or c’est un point bien noté par le WWF. Si son étude s’était penchée sur la pollution chimique, nous serions moins bien classés, car les rivières de montagne en sont mieux préservées.»

Ne pas se reposer sur ses lauriers

Lene Petersen acquiesce. «Mais en même temps, ajoute-t-elle, il y a généralement plus d’interventions en plaine, comme la correction de cours d’eau ou l’artificialisation des berges, à cause de l’agriculture et des activités humaines.» Néanmoins, Gilles Mulhauser estime qu’il ne faut pas se reposer sur ses lauriers, car il reste beaucoup de travail à faire.

Ce que Genève peut encore améliorer dans ses cours d’eau

Si Genève peut se targuer du travail accompli pour améliorer le fonctionnement écologique de ses cours d’eau, il n’est pas pour autant question de lever le pied. En effet, le rapport du WWF (lire ci-dessus) note quand même un ou deux bémols dans l’état biologique des rivières genevoises. En particulier, certains barrages existant sur le Rhône et sur la Versoix sont pointés du doigt. Principal problème: leur impact sur le débit de ces cours d’eau. «Les éclusées (ndlr: ouverture complète des écluses pour générer un courant beaucoup plus fort) effectuées régulièrement dans le Rhône depuis le barrage du Seujet, afin d’augmenter temporairement la production d’électricité au barrage de Verbois, modifient fortement le débit naturel de l’eau, explique Lene Petersen, chargée de projet au WWF. Cela a un effet néfaste sur les habitats et sur la faune.»

Les deux petites centrales hydrauliques privées situées en aval de la Versoix posent aussi problème, car leurs captages d’eau ne laissent qu’un faible débit résiduel dans la rivière. «Nous espérons que cela sera amélioré avec la nouvelle loi fédérale sur la protection des eaux, confie Lene Petersen. Il s’agit de trouver un compromis entre la production d’électricité et une meilleure protection de l’environnement. D’une manière générale, nous devons davantage préserver les cours d’eau dans toute la Suisse.»

La loi sur la protection des eaux, révisée en 2011, exige que l’impact des barrages sur l’environnement soit réduit au maximum d’ici à 2030. Une taxe fédérale sur le courant électrique à haute tension financera les assainissements les plus importants. Après avoir concerté les exploitants de barrages, les milieux de la pêche et les associations de défense de la nature, l’Etat de Genève a envoyé son rapport à la Confédération et est en train d’évaluer les mesures à prendre ainsi que leur coût. «Nous allons soumettre des projets à Berne durant le premier semestre 2017», précise le patron de la Direction générale de l’eau, Gilles Mulhauser. Entre autres, les passes à poissons de certains barrages devront probablement être transformées, afin de permettre la migration sans entraves de la faune piscicole.

Quant à réduire la pollution des cours d’eau, l’Etat s’y attelle aussi: «Nous travaillons de plus en plus en amont avec divers secteurs économiques, dont l’industrie ou la branche automobile, pour améliorer les processus qui utilisent de l’eau dans ces filières. Cela permet à terme d’éviter de rejeter des polluants dans les rivières. Par exemple, Givaudan ou Firmenich ont désormais leurs propres stations d’épuration pour traiter des produits spécifiques à leurs activités.»

Créé: 16.11.2016, 20h23

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