Genève Tourisme perd les Fêtes

ÉconomieL’office n’est plus maître de la manifestation estivale. Après les États généraux, il ciblera mieux la clientèle locale.

Certains estiment qu’il manque à Genève une attraction iconique.

Certains estiment qu’il manque à Genève une attraction iconique. Image: Laurent Guiraud (archives)

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L’issue était dans l’air, c’est maintenant formel: l’Office du tourisme est déchargé de l’organisation des Fêtes. «La vocation de Genève Tourisme est de fédérer, pas d’organiser», a annoncé le conseiller d’État en charge de l’Économie, Pierre Maudet, lors des États généraux du tourisme, mardi matin. «Le Conseil d’État va lui retirer les Fêtes de Genève. Le conseil de fondation pourra enfin consacrer ses séances à autre chose.» Notamment à se choisir un nouveau directeur, pour lequel un appel à candidatures va être lancé, après l’éviction de Philippe Vignon en décembre.

Le peuple a voté en mars pour le contre-projet de la Ville de Genève qui limite les Fêtes à onze jours, qu’en est-il alors de l’avenir de la manifestation? L’élu évoque de la place pour des initiatives privées (lire à ce sujet notre édition du 8 mai), sans donner plus de précisions à ce stade. Une application sur les animations estivales sera créée, a annoncé hier de son côté le conseiller administratif en charge de la Culture en Ville de Genève, Sami Kanaan. Le président de Genève Tourisme, Yves Menoud, refuse de dire qu’il est «content, car on aimerait avoir des Fêtes. Mais recentrer la fondation sur sa mission première, la promotion de la destination, est une très bonne chose.»

Il faut rappeler que la débâcle financière de la manifestation deux années de suite, avec près de 10 millions de pertes, a été à la genèse de la tenue des États généraux, sans pour autant en être le thème. «Il faut savoir s’en détacher», a insisté Pierre Maudet.

Ces États généraux ont également été marqués par la volonté d’un renversement de tendance: se concentrer sur les habitants plus que sur les touristes. Au point que le terme de «tourisme» pourrait disparaître de l’office du même nom. «Les premiers à convaincre, ce sont les habitants, estime Adrian Strittmatter, responsable de l’agence de branding Saentys Design & Marketing. S’ils ne sont pas fiers de leur ville, ils ne peuvent pas la vendre», ce qui ferait 500 000 ambassadeurs de perdus. «Notre première clientèle cible, ce sont les Genevois, insiste Thierry Lavalley, président des hôteliers. Ce sont eux qu’on veut aller chercher, pas seulement pour nos restaurants mais même pour les nuitées, avec les clients corporate», et des promotions occasionnelles, comme lors de la Nuit de l’hôtellerie, en janvier.

Une plage iconique?

Il manque encore une attraction iconique, estime Paul Ouimet, directeur de l’association Destination Next. «Quelque chose qui pousse un homme d’affaires à prolonger son séjour de 24 heures car il ne peut pas manquer ça.» Genève a beaucoup de symboles, selon Adrian Strittmatter. «Il ne faut pas s’en affranchir mais les mettre au goût du jour.» La plage des Eaux-Vives pourrait être une nouvelle attraction phare, susceptible de compléter le Jet d’eau et l’Horloge fleurie*. Un résultat en parfaite cohérence avec les indicateurs choisis par un panel de professionnels lors des États généraux, pour lesquels la couleur qui représente Genève est le bleu, le plat les filets de perche, et le lieu le bord du lac. «Le lac est un trait d’union, a commenté Pierre Maudet. On va en enrichir l’accès avec la plage, mais il faut se réapproprier l’eau, les quais.» Pour rappel, une consultation sera lancée le 23 mai sur la valorisation de la rade.

Le CERN arrive en deuxième position de notre sondage avec 17% des voix. De quoi réjouir Pierre Maudet. «Cela représente une soif d’apprendre. C’est un investissement de quelque 10 milliards dans cet accélérateur de particules pour une expérience scientifique inouïe, qu’il faut vulgariser.»

Des efforts de narration

Plusieurs axes prioritaires ont été définis. Premièrement, le «marketing territorial». L’assistance semble avoir été convaincue par la présentation de l’agence Saentys. Ses deux membres ont présenté plusieurs études de cas locaux comme le Musée d’ethnographie (MEG), qui avait besoin de se distinguer, le triathlon, qui était en perte de vitesse, ou Pont-Rouge, dont on doit anticiper la création en familiarisant le grand public. Les résultats de leurs efforts de «narration» sont visibles, avec une hausse du taux de fréquentation pour le MEG, primé musée européen de 2017, et l’arrivée rapide de locataires prestigieux à Pont-Rouge.

Une étude a enfin défini quelques faiblesses perçues de la destination, comme la mobilité, le modèle de gouvernance (lire ci-contre) et le soutien communautaire local à l’action de Genève Tourisme (soutien au financement, soutien de la corporation, des résidents, des médias).

* Selon notre sondage en ligne sur la nouvelle attraction phare auprès de plus de 1000 lecteurs, une majorité de 19% a choisi la plage parmi dix propositions.

(TDG)

Créé: 15.05.2018, 14h28

Un sentiment de manque de soutien

Pour le conseiller d’État en charge de l’Économie, Pierre Maudet, le chef d’orchestre du tourisme ne doit pas être l’État. Genève Tourisme doit conserver ce rôle, avec un meilleur équilibre entre public et privé.

Selon l’analyse de Genève faite par l’association Destination Next, le gouvernement local ne soutient pas assez l’industrie du tourisme…

Et quand on s’implique trop, on nous reproche d’être dirigistes. C’est une limite législative qui a été voulue par le Grand Conseil, qui a laissé la place aux acteurs privés (ndlr: le conseil de fondation de Genève Tourisme comporte trois représentants du secteur public contre huit du secteur privé). Mon but est de redistribuer les rôles dans une nouvelle loi, pour opérer un rééquilibrage. J’aurais peut-être dû organiser des États généraux avant.

Pour changer la loi, il faut conserver le dicastère du tourisme lors de la répartition des rôles du nouveau Conseil d’État. Allez-vous en réclamer la garde?

(Sourire) Le Conseil d’État est un et indivisible. Je vais déposer les actes, que je m’en occupe à l’avenir ou pas. Je vais plaider pour qu’on se concentre sur la destination plus que sur le tourisme.

Vous prônez un rééquilibrage du public face au privé, alors que le Canton et la Ville ont souvent du mal à s’accorder.

Cela vient d’attentes non formulées, d’espoirs déçus sur qui fait quoi. Je ne peux qu’appuyer des projets comme l’Escale et l’attribution d’espaces publics par des appels d’offres, car seule la Ville peut le faire.

L’élan que vous espériez grâce aux États généraux s’est-il produit?

J’ai le sentiment que les acteurs sont bien disposés.

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