Femmes tabassées à Genève: les suspects livrent leur version

AuditionsLa police française a découvert chez un des prévenus des matraques et des pistolets. Ce dernier s'explique et conteste les accusations. Révélations.

Image: PIERRE ALBOUY

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Six témoins, cinq victimes, trois suspects: la justice française fait défiler ces derniers jours les protagonistes du tabassage survenu le 8 août à la sortie du Petit Palace, à Genève. La «Tribune de Genève» a eu accès aux derniers éléments de la procédure. En voici la teneur. La plupart des personnes entendues chargent les agresseurs, multiplient les détails sur leur habillement, leur arsenal (couteau, béquille, matraque) et les coups de poing et de pied distribués, souvent à la tête, «comme pour tirer un penalty». À ce jour, trois Français se retrouvent derrière les barreaux, alors que trois autres sont encore en cavale.

De l’ADN sur la casquette

Parmi les présumés agresseurs entendus figure A. Les enquêteurs l’ont retrouvé grâce aux signalements et aux images vidéo fournies par la boîte de nuit: on y voit un homme noir, vêtu d’un t-shirt sombre avec des inscriptions bleues et une casquette. C’est précisément cet homme qui est soupçonné d’avoir d’abord frappé la première victime en bas des escaliers menant aux Rues Basses. Puis une des autres femmes, qui s’est interposée pour aider la malheureuse et est tombée dans le coma après un tabassage collectif. C’est visiblement la casquette de A. qui a été retrouvée sur place par la police. On y décèle son ADN, mais aussi celui d’un des prévenus et de la femme frappée en bas des escaliers.

Le soir du drame, A. s’est déplacé à Genève au volant de sa Renault Mégane. Lors de la perquisition, la police a retrouvé dans l’habitacle de son véhicule quatre téléphones portables, trois câbles liés transformés en matraque, deux couteaux, deux valises remplies de vêtements. S’agit-il de la matraque utilisée lors du tabassage? Quant aux bagages dans le coffre, signifient-ils que A. voulait se faire la malle? Aux enquêteurs de creuser.

«Je ne m’en suis pas mêlé»

Ces derniers ont séquestré chez lui, à Thonon, des habits et une paire de chaussures comparables à ceux qui sont visibles sur les images de vidéosurveillance. Ce n’est pas tout. Deux autres matraques ont été saisies dans sa chambre, où une cagoule noire, un spray au poivre, deux pistolets (une sorte d’arbalète, un pistolet à gaz) et des munitions ont également été découverts. Quid de sa version des faits? A., pincé il y a un mois, conteste les faits reprochés: «Je ne suis pas le Black décrit, il y en avait un autre.» Il explique s’être bel et bien rendu en discothèque avec un ami mais refuse de «balancer» son nom. A. était aussi accompagné d’un certain Y. Ce dernier, décrit par les témoins comme un Maghrébin, avec le bras en écharpe et un t-shirt jaune, a été expulsé de la discothèque. Toujours selon les témoins, il était particulièrement agité cette nuit-là. Une des victimes le charge sans détour: «Il m’a dit: «Je vais te frapper car tu m’as ignoré.»

Quoi qu’il en soit, A. raconte simplement avoir vu des gens dans une embrouille à la sortie de la boîte de nuit: «Je ne m’en suis pas mêlé et je suis rentré. Je n’ai vu aucun de mes amis commettre des violences.» L’homme, qui travaille comme électricien à Genève, soutient avoir pris connaissance des faits dans la presse: «Je suis parti en vacances avec un ami.» Avec qui? Là encore, il n’en dira pas plus.

Lors de sa dernière audition, il concède un regret: celui de ne pas être venu en aide aux femmes agressées. Quant à l’arsenal retrouvé chez lui, il n’était destiné qu’à sa protection à domicile, relève-t-il, en précisant pratiquer la boxe anglaise après avoir fait du kickboxing. Au fil de son interrogatoire, il se souvient d’avoir saisi une béquille… mais «pour écarter le danger». Il conteste enfin avoir sorti sa matraque artisanale du coffre de sa Renault.

«Pour éviter qu’il ne la tue»

Quant à P., il a été interpellé en septembre chez ses parents, dans un village de Haute-Savoie. Les inspecteurs ont mis la main sur des vêtements et des chaussures ainsi que deux paires de béquilles. Comme pour A., habits et souliers ressemblent étrangement à ceux qu’il portait le soir du tabassage. Il admet avoir été impliqué dans la bagarre du 8 août mais conteste avoir frappé qui que ce soit. En revanche, il accuse Y. d’avoir cogné une femme à terre mais assure être intervenu pour «éviter qu’il ne la tue»: «J’ai pensé qu’elle était morte à la façon dont sa tête a bougé.»

Il accuse aussi A. d’avoir violemment giflé une victime, sans avoir assisté, dit-il, à la suite du passage à tabac. Il désigne dans la foulée un autre homme noir (introuvable à ce jour) avant d’évoquer le cas ­de N., un agresseur de type maghrébin. Cet homme, actuellement en fuite, probablement en Turquie, était au volant d’une Polo blanche le soir du drame: «Il a donné un coup de pied pour qu’elle lâche Y.» Enfin, il explique avoir vu A. avec sa matraque «en fin de bagarre» et le met en cause pour une partie des violences subies par la femme tombée dans le coma: «Ces gens-là, je les connais. Sous l’effet de l’alcool, ils ne savent pas se tenir. Quand ils sont lancés, ils ne s’arrêtent pas.» Y., déféré devant le juge d’instruction le 18 septembre, conteste avoir participé aux violences mais tient à garder le silence.

Créé: 18.10.2018, 06h52

Expertise psychiatrique

Avocat des victimes, Me Robert Assaël est scandalisé: «Donner un coup de pied à la tête comme un footballeur tire un penalty dénote la violence extrême et gratuite des agresseurs: quelle bestialité! Avec courage et altruisme, mes clientes sont intervenues uniquement pour aider une femme qu’elles ne connaissaient pas et qui se faisait tabasser sans raison.» Et le pénaliste genevois de rappeler que le pronostic vital d’une des victimes était engagé durant les premiers jours. «Elle a pu être sauvée mais reste fortement atteinte. Une autre a eu la mâchoire fracturée. Quelques jours après, j’ai encore vu les traces de la chaussure sur son visage. Je n’oublierai jamais cette image!» L’avocat réagit également aux dépositions des prévenus entendus en France: «Lâches, ne voulant pas assumer leurs responsabilités, les inculpés nient leur implication, malgré les preuves qui les confondent.» Qu’à cela ne tienne, Me Assaël est confiant. Il révèle en conclusion que le juge d’instruction a ordonné une expertise psychiatrique des inculpés afin d’évaluer en particulier leur dangerosité. «Une dangerosité qui est flagrante.» F.M.

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