Fatigués, des pilotes d’Easyjet sont en colère

AviationDans les cockpits du transporteur en Suisse, on fait face à des horaires plus difficiles qu’au sein du même groupe en Europe. Aucune harmonisation n’est en vue.

En 2018, 45% des passagers de l’aéroport de Genève étaient montés à bord d’un appareil d’Easyjet.

En 2018, 45% des passagers de l’aéroport de Genève étaient montés à bord d’un appareil d’Easyjet. Image: Jean-Paul Guinnard

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Entre la direction d’Easyjet Switzerland et nombre de ses pilotes, il y a de l’eau dans le gaz. Les seconds estiment, par le biais du syndicat Easyjet Switzerland Pilots Association (ESPA), qu’ils font face à des horaires trop contraignants pour des salaires qui stagnent.

«On peut travailler jusqu’à douze heures de suite, les camionneurs n’ont pas le droit d’en faire autant», s’insurge un pilote. La profession pointe surtout du doigt les amplitudes de vol, très larges, et des traitements inégaux au sein d’une même compagnie.

«Un pilote chez Easyjet Switzerland travaille plus qu’un pilote chez Easyjet UK», pointe l’un d’eux, à Genève. «Les règles auxquelles nous sommes soumis nous autorisent facilement à faire deux allers-retours par jour quand on commence à 5 heures du matin, ce qui n’est en général pas autorisé chez Easyjet UK», précise-t-il.

Tensions sur les salaires

En matière d’horaires, Easyjet Switzerland SA, la filiale helvétique du groupe britannique éponyme, applique le règlement de la European Union Aviation Safety Agency (EASA), valable pour le continent. Seulement voilà, chaque été ou presque, le transporteur en Suisse ajoute des destinations et augmente la cadence.

«Il y a quelques années, quand le groupe a instauré une double rotation vers Gatwick (ndlr: deux allers-retours par jour) pour une équipe, on s’était dit que ça allait être une très grosse journée. Aujourd’hui, c’est devenu banal», selon un autre pilote. Les doubles rotations les plus longues transportent désormais une équipe de Cointrin à Stockholm, et retour, puis vers Rome. Ou de Genève à Málaga, puis du canton à Ibiza.

Ce rythme soutenu et la pression syndicale ont poussé de nombreuses compagnies européennes, comme Easyjet UK, à adopter des règles internes aux amplitudes de vol moindres. Les pilotes d’Easyjet Switzerland aimeraient que leur direction à Genève en fasse de même et que les conditions soient harmonisées au sein du groupe.

Aucun accord en vue

La profession émet cette demande depuis longtemps, sans succès, provoquant des tensions grandissantes. Elles ont réémergé cet été dans le sillage de négociations, qui ont capoté, portant sur le renouvellement d’une convention collective sur les rémunérations, échue depuis le début de l’année. «Les salaires sont plus importants en Suisse qu’en Europe mais le pouvoir d’achat ne l’est pas», selon une source.

Sur la question des émoluments, la Chambre des relations collectives de travail (CRCT), un organisme étatique, a été approchée, sans réussir à concilier les différentes parties. Elle doit trancher à la rentrée.

Mais pour les horaires, aucun accord n’est en vue. Plusieurs assemblées de pilotes ont eu lieu ces deux dernières semaines pour fixer des revendications. «Face aux amplitudes de vol, nous avons pour l’instant deux parades, indique un pilote: se mettre à temps partiel ou appeler Londres pour dire qu’on est trop fatigué pour travailler.» Deux tiers des commandants de bord auraient ainsi réduit leur temps de travail. Appeler Londres? Les règlements d’Easyjet autorisent les pilotes à demander une pause en cas d’extrême fatigue. Ces demandes sont en général acceptées, notamment par peur des représailles en cas d’incidents, et conduisent régulièrement à annuler des vols.

Deux cents vols par jour

«Easyjet Switzerland confirme être en phase de discussions avec ESPA. Nous tenons à rassurer nos passagers sur le fait qu’aucun préavis de grève n’a été déposé, indique Jean-Marc Thévenaz, directeur exécutif de la filiale suisse. Les conditions d’emploi et heures de travail contractuelles chez Easyjet Switzerland sont comparables à celles pratiquées par d’autres compagnies aériennes en Suisse.» Le cadre relève par ailleurs que le groupe en Suisse n’a «aucune difficulté de recrutement de pilotes grâce aux conditions attractives qui sont proposées».

Easyjet Switzerland emploie 332 pilotes (189 à Genève et 143 à Bâle) et les deux tiers d’entre eux sont représentés par ESPA. Ceux qui ont répondu à nos questions ont requis l’anonymat par crainte d’un éventuel licenciement.

Un passager qui réserve son billet sur easyjet.com peut se trouver à bord d’un avion de la maison mère du groupe, Easyjet UK (son numéro de vol commencera alors par EZY), de sa filiale européenne, basée à Vienne (EJU), ou de son antenne suisse (EZS). Durant la haute saison d’été, qui culmine en juillet et en août, Easyjet fait décoller une moyenne de 200 vols par jour (pour autant d’atterrissages) depuis Cointrin. L’an dernier, 45% des passagers de l’aéroport étaient montés à bord d’un appareil du low-cost orange. Depuis le début du mois, 20 vols Easyjet au départ de Genève ont été annulés (sur près de 900).

Créé: 13.07.2019, 08h10

Retour à la croissance à Cointrin

Le «flyskam» (honte de voler en suédois)? Il n’aura pas duré à Cointrin, si telle devait être la cause de la légère baisse du nombre de passagers à l’aéroport en avril et en mai derniers. En juin, l’aviation de ligne a embarqué ou déposé 1,49 million de voyageurs à l’aéroport, soit 1,52% de plus que le 1,41 million de personnes douze mois plus tôt.

Les légères baisses en avril et en mai avaient laissé entendre que les nombreuses et récentes marches pour le climat avaient pesé sur l’aviation. C’était, après tout, quasiment la première fois que le nombre de passagers diminuait depuis 2009, quand le monde toussait dans le sillage de la crise financière de 2008. De 2009 à l’an dernier, le nombre de passagers à Cointrin a explosé, de 10,7 millions à 17,4 millions.

Mais les taux de croissance se tassent progressivement: l’exercice 2011, année record en la matière, a vu affluer 11,35% de voyageurs en plus. En 2018, ce taux était de 1,95%, le plus bas de la décennie. Les six premiers mois de 2019 ont vu 1,52% de passagers de ligne de plus qu’au premier semestre de 2018.
Le nombre important de liaisons aériennes depuis le canton engendre inéluctablement un ralentissement de la croissance, selon la direction de l’aéroport. Qu’on ait honte de prendre l’avion ou non. R.ET.

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