«Exiger dix recherches d’emploi n’a aucun sens»

Chômage Pour les syndicats, l’obligation imposée aux chômeurs de faire dix offres par mois fait partie d’un plan plus large. Le département dément.

Contrairement aux autres cantons suisses, Genève n'exigeait pas jusque-là des chômeurs dix recherches d'emploi par mois.

Contrairement aux autres cantons suisses, Genève n'exigeait pas jusque-là des chômeurs dix recherches d'emploi par mois. Image: Azzuro Matto

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Il y avait du monde hier matin devant l’Office cantonal de l’emploi, à la rue des Gares. A l’appel de la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS), une centaine de personnes manifestaient contre «les tracasseries administratives, le flicage et les sanctions sur le dos des chômeurs». Mesure la plus contestée: le doublement du nombre de recherches d’emploi (de cinq à dix) exigé des chômeurs par mois, «quelle que soit leur situation».

«Les chômeurs ont reçu un courrier leur indiquant que, dès le 1er juin, ils devront effectuer dix recherches, précise Manuela Cattani, présidente de la faîtière syndicale. Cette exigence s’applique à tous, quelle que soit la branche, que les gens soient en stage, employés à temps partiel, à deux ans de la retraite ou des femmes enceintes. Cette mesure ne sert à rien, si ce n’est humilier les chômeurs, puis les sanctionner. Nous demandons son retrait.»

Offensive plus large?

Au nom de l’Association 50etplus, Loretta Rothstein dénonce le fait que même des chômeurs de 64 ans seront astreints à cette exigence. «De plus, poursuit-elle, les recruteurs qui sont déjà débordés aujourd’hui seront submergés de demandes. Cette mesure est purement vexatoire.» Marc-Antoine Fournier, membre de l’Association de défense des chômeurs, renchérit: «Cette obligation est un scandale. Ce combat, il faut le gagner car ils vont continuer.»

Les syndicats et les associations d’aide aux chômeurs sont en effet persuadés que cette mesure particulière s’inscrit dans un cadre plus large. «Il y a une évolution de la politique du chômage du Conseil d’Etat, assure Jocelyne Haller, députée de SolidaritéS. On va vers un durcissement. Même les allocations de retour en emploi (ARE) sont partiellement remises en question dans un projet de loi du Conseil d’Etat, actuellement examiné par le Grand Conseil. Il y est notamment proposé que le financement des ARE dépende des conditions budgétaires. Cela ouvre la porte à une restriction.»

Couverture maladie retirée

La manifestation d’hier a été l’occasion de critiquer d’autres pratiques de l’Office cantonal de l’emploi (OCE). Parmi elles, celle qui consiste à faire estimer par des médecins-conseils le cas de chômeurs en arrêt maladie. «Si ces médecins jugent que la maladie est une rechute d’une pathologie antérieure à la période de chômage, le chômeur perd le droit aux prestations cantonales en cas de maladie et se retrouve sans couverture», explique Joël Varone, vice-président de la CGAS.

Si le nombre de cas n’est pas connu, deux chômeurs ont recouru devant le Tribunal cantonal des assurances sociales et ont obtenu gain de cause. «Dans un arrêt rendu en avril, les juges reprochent notamment à l’OCE le fait que le médecin-conseil statue sur dossier, sans même avoir examiné la personne concernée», conclut Joël Varone.

Démenti de l’OCE

La manifestation à peine terminée, l’OCE réagissait à cette salve d’attaques point par point dans un communiqué. «En préambule, il est important de préciser qu’aucune mesure d’économie n’a été prise à l’encontre des chômeurs, se défend l’office rattaché au département de Mauro Poggia. Toutes les actions menées par l’OCE s’inscrivent dans le cadre légal et ont pour unique objectif de favoriser la réinsertion des demandeurs d’emploi.»

Concernant la nouvelle exigence de dix recherches d’emploi par mois, le communiqué fait remarquer que c’est une pratique générale en Suisse, qu’elle ne soulève pas d’objections dans les autres cantons et que des exceptions seront possibles. Enfin, l’OCE estime faire tout juste s’agissant de l’usage des médecins-conseils pour déterminer l’origine d’une incapacité de travail.

(TDG)

Créé: 24.05.2016, 19h53

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