Etienne Dumont, bête noire, critique et œuvre d’art

Avez-vous déjà croisé…Tatoué de pied en cap, le journaliste genevois retraité continue à piquer galeries et musées de sa plume acérée.

Descendant du juriste et écrivain genevois Etienne Dumont (XVIIIe siècle), Etienne Dumont est un critique d’art redouté.
Vidéo: Marianne Grosjean

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Aux yeux de ceux qui se retournent sur sa silhouette improbable, Etienne Dumont n’est rien d’autre que «le tout tatoué» de Genève. Le surnom, dont l’allitération aurait certainement inspiré Gainsbourg, ne rend pas entièrement hommage à la peau du vieux crocodile: il faudrait aussi mentionner les nombreux piercings et implants sous-cutanés, les écarteurs de lobe, de nez ou de lèvre, qui définissent les contours de l’homme de 69 ans. Mais foin de la superficie! Etienne Dumont est doté d’un cerveau tout aussi complexe que les rosaces de son épiderme.

Pas envie de «rester neutre»

Fou d’art contemporain et dévoreur de livres, le journaliste culturel n’a pas tiré la prise en 2012, lorsqu’il a pris sa retraite après trente-neuf ans passés à la Tribune de Genève. C’est sur un blog personnel sur le site de Bilan qu’il continue de sévir, tantôt critique d’art, tantôt blogueur littéraire, ou encore agitateur de la politique culturelle genevoise.

«Je suis un journaliste non objectif. Le journaliste tel qu’il est conçu, qui fait la part des choses, ça ne me dit rien: je n’ai aucune espèce d’envie de rester neutre», soutient Etienne Dumont. Effectivement, ce qu’il préfère, c’est donner son avis. Souvent tranchant. Ses critiques sont redoutées.

Un ancien collègue se souvient de ses papiers à la Tribune: «Il pouvait se montrer extrêmement enthousiaste, mais il y avait toujours une pique assez vache parmi les louanges.»

Quand il n’aime pas, en revanche, c’est assassin. «Ce que vous nous montrez là, c’est de la merde», n’hésite-t-il pas à déclarer au Musée de l’Elysée, devant une exposition de photos. «Peut-on dire aux artistes qu’on les trouve nuls?» interroge-t-il sur son blog. Bien sûr, répond-il lui-même: «On traite les artistes comme des êtres psychologiquement fragiles et incapables d’encaisser le moindre coup. Les attachés de presse estiment aujourd’hui que les journalistes doivent prolonger leur action et nous prennent pour des collègues en communication.» D’où sa résistance féroce. L’année dernière, il s’était attiré les foudres du magistrat en charge de la Culture en Ville de Genève, Sami Kanaan, qui a vu dans l’article critique intitulé «Faut-il tuer les médiateurs culturels?» un «inadmissible appel au meurtre». Une hache de guerre enterrée depuis. «A la Bibliothèque de Genève, une directive interdit aux collaborateurs de me contacter, m’ont justement raconté ces derniers», rigole Etienne Dumont.

Méchant ou brillant?

«Il est méchant», assurent les uns. «Il est brillant», assènent les autres. Les deux camps s’accordent cependant sur une chose: l’homme est antipathique la plupart du temps. En véritable troll, il est capable de déclarer à une collègue revenue d’une chimiothérapie: «Vous êtes de retour? Ah bon. J’ai cru que vous étiez morte.» Ambiance. Chez un éditeur parisien, appeler Etienne Dumont pour lui vanter un livre à paraître est devenu le bizutage classique des stagiaires. «Je suis naturellement désagréable, reconnaît volontiers l’intéressé. Certaines bêtises me semblent horripilantes, certaines lenteurs me semblent agaçantes, certaines personnes me semblent insupportables. Ça dépend beaucoup de mon humeur personnelle. Dans ces moments-là, je pense que je suis horripilant aussi…»

Il compte cependant un cercle d’amis proches, pour qui il s’inquiète, pour qui il se montre fidèle. Tel le photographe genevois Francis Traunig: «Etienne m’a enseigné une chose importante, à savoir qu’un cube bleu peut avoir une face rouge. En clair, qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.»

Journal public plus qu’intime

Quoi qu’il en soit, tout le milieu de l’art contemporain suit de près les publications sur son blog. Il est de tous les vernissages, en Suisse et en Europe. Des auteurs débutants lui adressent leurs livres, dans l’espoir d’obtenir une critique aussi favorable que Joël Dicker, dont le livre La vérité sur l’affaire Harry Quebert a été qualifié par Etienne Dumont de «vrai, bon roman populaire, avec le sens du récit».

Libéré par le format Web, où il écrit des kilomètres sans se soucier de déborder, il peut donner libre cours à sa boulimie productive. Rythme de croisière: deux ou trois articles par jour. Week-end compris. Se verrait-il dans un autre média, à la télévision par exemple? «Non. Travailler en TV, c’est trop lourd, ça prend trop de temps, implique trop de gens. La télévision va bientôt mourir, de toute façon.» Devenir youtubeur? Non plus. «L’écriture, c’est la voie la plus rapide pour raconter quelque chose. Ça me met les idées au clair. En revanche, je n’ai pas envie de tenir un journal intime, je préfère nettement l’idée d’un journal public.» (TDG)

Créé: 24.08.2017, 09h07

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