Établi depuis 21 ans à Genève, il se bat pour ne pas être renvoyé

JusticeUn restaurateur de 44 ans, originaire du Bangladesh, a été placé en détention administrative, en vue de son départ forcé. Comment en est-on arrivé là?

Amjad Chowdhury (à gauche) a acquis son premier restaurant à Genève en 2007. Il s'agit du Bombay, situé aux Pâquis.

Amjad Chowdhury (à gauche) a acquis son premier restaurant à Genève en 2007. Il s'agit du Bombay, situé aux Pâquis. Image: OLIVIER VOGELSANG

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Depuis le 19 août, Amjad Chowdhury croupit dans la prison de Frambois. Placé en détention administrative, il doit être renvoyé dans son pays, le Bangladesh, par vol spécial. Mais il espère encore que cette décision de justice ne sera pas exécutée. «Ma vie est à Genève, nous disait-il il y a quelques semaines, quand nous l’avons rencontré. Ma compagne et nos deux enfants de 2 et 9 ans habitent ici. Le grand va à l’école. Et puis, je n’ai tué ou volé personne. Je ne suis pas un criminel! Alors pourquoi s’acharne-t-on contre moi?»

Cette question, cet homme aux abois la ressasse depuis des années. Car ses démêlés avec la justice suisse ne datent pas d’hier. Ils remontent même au 3 décembre 2004, quand l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM) refuse de lui renouveler son autorisation de séjour.

Premier restaurant en 2007

Cet homme âgé de 44 ans, propriétaire de plusieurs restaurants à Genève, est arrivé au bout du lac le 15 juin 1998, au bénéfice d’un permis humanitaire. Il se marie avec une Suissesse deux ans plus tard et obtient un permis de séjour. En 2004, l’OCPM juge que le mariage n’existe plus que formellement, d’où cette décision. Alors qu’il est sommé de repartir dans son pays, il se remarie en 2006 et obtient une nouvelle autorisation de séjour.

L’année d’après, il acquiert son premier restaurant, le Bombay, aux Pâquis. «J’ai aujourd’hui une trentaine d’employés. Que vont-ils devenir si je suis renvoyé? Je veux bien partir, mais j’ai besoin d’un peu de temps pour régler mes affaires», plaide-t-il.

Amendes payées

Reste qu’Amjad n’a pas fait tout juste dans ses affaires. Il le reconnaît volontiers: «Je n’ai rien à cacher, j’ai été condamné à des jours-amendes pour avoir employé du personnel en attente d’autorisation de séjour, c’est vrai. Et une fois, il y a cinq ans, j’ai eu une amende pour avoir dépassé la limite autorisée d’importation de marchandises pour mes restaurants. Mais je l’ai payée. Je suis en règle.» Une amende salée néanmoins, de 20 000 francs selon les documents de justice que nous avons consultés.

Mais en 2015, l’OCPM refuse une nouvelle fois de lui renouveler son autorisation de séjour. Motif: il ne vit plus avec son épouse légitime, mais avec sa nouvelle compagne, une Népalaise, la mère de ses deux enfants. Qui, elle aussi, a vu sa demande de permis de séjour refusée.

Recours et rififi dans l’avion

L’affaire prend une nouvelle tournure et la valse des recours démarre… Persuadé qu’il est victime d’une dénonciation au Secrétariat d’État aux migrations (SEM), à Berne, Amjad ira même devant le Tribunal fédéral pour plaider sa cause, en mai 2018. En vain.

Ces derniers mois, les choses se sont accélérées, d’où sa crainte grandissante quand nous l’avons rencontré. «On a déjà essayé par deux fois de me renvoyer, mais je m’y suis fermement opposé», nous avait-il confié. La première en mars dernier. Il est arrêté, passe une nuit en cellule, mais refuse de monter dans un vol au départ de Zurich. La seconde intervient deux mois plus tard. Dans l’intervalle, il est sommé de se présenter trois fois par semaine au Vieil Hôtel de police.

Le 21 mai, il est à nouveau interpellé et placé en rétention policière. Nouvelle nuit au violon… Le vol est prévu le lendemain, «mais arrivé dans l’avion de Turkish Airlines, je me suis débattu, j’ai crié, appelé le pilote. Finalement, un responsable de la compagnie est venu et m’a fait descendre.»

«Un cas très particulier»

Cette fois pourtant, c’est un vol spécial qui le guette. Et qu’il redoute. Dès lors, son avocat envisage de déposer un nouveau recours contre le dernier jugement du Tribunal administratif de première instance, qui a prolongé sa détention à Frambois.

«Le cas de mon client est vraiment très particulier, estime Me Imed Abdelli. Monsieur Chowdhury possède deux sociétés, des restaurants, des employés. Il n’a aucune condamnation pénale. Ses affaires fonctionnent, il subvient aux besoins de sa compagne et de leurs enfants, qui sont mineurs.»

L’avocat l’a relevé dans sa plaidoirie, «on dépasse ici la limite du raisonnable. Il faut souligner que mon client a passé vingt et un ans en Suisse, soit presque autant que dans son pays d’origine. Il ne représente aucune dangerosité, il n’est pas à la charge de la société. Le fait d’avoir des enfants mineurs doit jouer en sa faveur. Car s’il est renvoyé, ils ne pourront pas le suivre. D’ailleurs, sa compagne ne fait pas l’objet d’une décision de renvoi. En revanche, s’il part, elle et ses enfants se retrouveront sans ressource, car son passeport a été saisi et elle ne peut pas travailler. Mon client réclame un délai pour régler ses affaires, c’est tout.»

Date du vol tenue secrète

Ce délai, le tribunal n’y croit pas. Il estime qu’Amjad cherche à gagner du temps et risque de passer dans la clandestinité s’il est libéré. D’où la prolongation pour six semaines de sa détention administrative, dans l’attente de ce vol spécial dont les instances judiciaires et policières ont refusé de donner la date à Amjad et à son avocat.

Un recours, encore un, pourrait néanmoins avoir un effet suspensif… C’est le dernier espoir du restaurateur bengali.

Créé: 31.08.2019, 08h11

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