Erwin Sperisen est condamné à 15 ans de prison

Troisième procèsLa justice genevoise coupe la poire en deux. Elle reconnaît l'ex-chef de la police du Guatemala coupable de complicité d'assassinat.

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Après l’arrêt du Tribunal fédéral (TF) qui cassait, l’été dernier, le verdict de la justice genevoise et la contraignait à se pencher une nouvelle fois sur le cas Sperisen, qu’allait faire la Chambre pénale d’appel et de révision ? Dans la chaleur d’une salle d’audience bondée ce vendredi, son verdict est tombé. Elle a décidé de couper la poire en deux et opté pour un compromis.

En quoi consiste-t-il? Exit la condamnation à la perpétuité pour l’assassinat de sept détenus rebelles du pénitencier de Pavon en 2006. L’ex-chef de la police du Guatemala est désormais coupable de complicité d’assassinat. Il est par ailleurs acquitté pour les trois homicides de la prison «le petit enfer». Sa peine est donc revue à la baisse. Ce sera quinze ans de peine privative de liberté.

«Incapable de se déjuger»

La défense annonce d’ores et déjà qu’elle va recourir au TF: «La Cour de justice n’a pas eu le courage de rendre la seule décision qui s’imposait, l’acquittement, déplorent Mes Giorgio Campa et Florian Baier. Dans une construction tout à fait innovante et fondamentalement aberrante, elle constate que le chef (Erwin Sperisen) est complice de ses subordonnés eux-mêmes acquittés par des juridictions européennes. Ce verdict de complicité est une manière de ne pas perdre la face. Après avoir condamné notre client à la prison à vie, la Cour est incapable de se déjuger.»

Pour le premier procureur Yves Bertossa, au contraire, la Chambre pénale n’a retenu que des éléments ayant été confirmés par l’arrêt du TF. À savoir, l’exécution sauvage de sept détenus à Pavon, le commando d’exécution composé des plus proches collaborateurs du prévenu, les contacts avec ce commando juste avant et juste après les faits. «La motivation des juges ne sort pas du cadre fixé par le TF, la responsabilité pénale d’Erwin Sperisen a été retenue à juste titre.»

Son bras droit est coupable

Sans apporter de preuves nouvelles, la Chambre pénale d’appel et de révision, dans une démonstration détaillée, reprend les éléments qui prouvent selon elle, sans aucun doute possible, la culpabilité d’Erwin Sperisen. Le fait que le meilleur ami et bras droit de ce dernier a été acquitté en Autriche ne pèse pas bien lourd à ses yeux. Elle répète que cet homme est coupable et archi-coupable. C’est bien lui qui a été placé à la tête du commando chargé de l’exécution des sept détenus. Sur une image filmée, on voit Erwin Sperisen et son bras droit après les homicides. «Ils n’échangent guère et semblent se comprendre à demi-mot», relèvent les juges qui voient là un indice de culpabilité.

Leur démonstration est sévère. Pour eux, on se trouve «dans un cas limite» entre la co-activité et la complicité. Ils sont certains de l’implication d’Erwin Sperisen dans les exécutions, «mais il reste des zones d’ombre». On ne sait pas s’il a pris acte des assassinats après coup ou s’il en a donné l’ordre. On ne sait pas non plus jusqu’à quel point il a participé à l’élaboration du plan parallèle qui visait à éliminer de façon sommaire les prisonniers ayant pris le pouvoir à Pavon. La distance géographique et temporelle des événements rend l’analyse difficile, note la Chambre.

Quatrième procès?

Mais elle conclut que «le prévenu a fait éliminer ces détenus comme des animaux nuisibles alors qu’ils étaient placés sous la protection de l’État et donc de lui-même en tant que chef de la police nationale. Il ne pouvait ignorer qu’ils allaient au-devant d’une mort atroce». Une faute grave pour les juges: «Erwin Sperisen était le garant de la légalité des actions de l’État». Même si l’on ne peut pas définir son mobile, dit la Chambre, il n’était certainement pas «altruiste».

Que va-t-il se passer maintenant? Le TF peut confirmer la condamnation d’Erwin Sperisen et ce dernier devra retourner pour quelques années en prison (il a déjà fait cinq ans de préventive), il peut prononcer un acquittement ou alors renvoyer à nouveau l’affaire vers les instances cantonales, ce qui donnerait lieu à un quatrième procès…

Créé: 27.04.2018, 15h18

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