Enceintes, elles se lancent dans la campagne électorale

Carrière et maternitéDeux candidates genevoises assument leur choix de mener de front projet d’enfant et hautes ambitions politiques.

La PDC Sophie Buchs a fait le choix d'assumer son projet d'enfant sans pour autant abandonner ses hautes aspirations politiques.

La PDC Sophie Buchs a fait le choix d'assumer son projet d'enfant sans pour autant abandonner ses hautes aspirations politiques. Image: Lucien Fortunati

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Être conseillère nationale alors qu’on est jeune maman? Devenir magistrate communale avec un enfant en bas âge? Certains obstacles freinent toujours les femmes qui souhaitent poursuivre leur carrière après avoir eu un bébé. Certaines mères décident malgré tout de concilier les deux: c’est le cas de deux candidates genevoises à d’importantes fonctions politiques. Candidates à la candidature au National pour la première et à l’Exécutif de la Ville de Genève pour la seconde, la PDC Sophie Buchs et la socialiste Christina Kitsos ont fait le choix d’assumer leur projet d’enfant sans pour autant abandonner leurs hautes aspirations politiques.


Lire aussi l'éditorial: La place des pères est à valoriser


Jeune maman et fonction politique importante, est-ce mission impossible? Pas pour ces deux femmes, engagées dans la politique depuis de nombreuses années. «Ce qui est incroyable en 2019, c’est qu’une femme enceinte, que ce soit en politique ou en entreprise, doive encore assurer le fait que sa grossesse n’altérera pas son engagement ou ses capacités, regrette Christina Kitsos. Encore ce matin, on m’a questionné sur la façon dont j’allais m’organiser.» Et l’élue de continuer: «J’ai toujours été très active. J’ai toujours travaillé, même à côté de mes études, tout en ayant un mandat de députée. La maternité ne veut pas dire que tout le reste s’arrête.»

«Le bon choix»

N’aurait-il pas été judicieux de reporter sa candidature à une autre législature ou alors de repousser le projet de grossesse? «Nous nous sommes posé la question à deux, évidemment, répond Sophie Buchs. Mais comme mon parti souhaitait un certain renouveau en présentant notamment de jeunes parents, m’engager m’est apparu comme le bon choix.»

En effet, les sections politiques n’ont pas eu peur d’encourager ces futures mamans à prendre le chemin de la campagne. «Même si, étonnamment, c’est vrai, on m’a victimisée en me conseillant par exemple de me «préserver», relate Christina Kitsos. Même bienveillance au PDC, où la grossesse de Sophie Buchs «n’était même pas un sujet».

Faire campagne après des nuits écourtées, en plein allaitement pour certaines: il faudra s’armer de courage pour s’engager dans une campagne, écumer les stands et serrer des mains. Pour toutes, le challenge tiendra en un mot: l’organisation. «Il nous faudra bien entendu concilier vie professionnelle et vie familiale», reconnaît la candidate socialiste. Chacune profitera néanmoins pleinement de son congé maternité de quatre mois avant de partir dénicher l’électeur.

Que répondre à ceux qui estiment que la place d’une mère est auprès de ses enfants? «Je pense que je serai une meilleure mère en m’épanouissant auprès de ma famille mais également dans un travail qui m’intéresse. Je n’ai pas peur des compromis», argue Sophie Buchs. Et les candidates de mettre en avant les valeurs d’engagement chères à leurs yeux. Christina Kitsos espère même montrer l’exemple: «Les femmes doivent pouvoir occuper l’espace public, avec ou sans enfants.»

Mais elles le reconnaissent, les conditions-cadres doivent encore évoluer pour rendre le choix des femmes moins cornélien, et moins difficile à assumer par la suite. Outre le problème des places de crèche, les questions autour des pères interpellent. «Le congé paternité, et plus largement le congé parental, sont des thématiques qui doivent avancer», estime Sophie Buchs. «Il est temps de légitimer la place des pères», confirme Christina Kitsos.

Conséquences politiques

Par ailleurs, la difficulté pour les femmes de lier carrière politique et enfant n’est pas sans conséquence pour le fonctionnement des institutions, particulièrement celui des conseils municipaux. «Les séances se poursuivent tard dans la soirée, ce qui peut être compliqué à gérer pour de jeunes parents», note Sophie Buchs (par ailleurs ancienne élue municipale à Carouge). Les mères ne sont pas les seules concernées: les jeunes pères, aussi, peuvent être mis en difficulté avec ce système. Christina Kitsos illustre le cas de la Ville de Genève: «Plusieurs jeunes ont démissionné récemment, notamment en lien avec des projets d’enfants. C’est sur la représentativité qu’il faut travailler, car elle n’y est pas vraiment assurée.»

Avec un enfant en bas âge, l’aventure ne sera pas toujours de tout repos, elles le savent. Mais la maternité semble aussi avoir donné un regain d’énergie à nos interlocutrices. «Cet enfant à venir m’apporte une force supplémentaire: je me sens encore plus engagée pour déjouer les préjugés et faire avancer la cause de toutes les femmes», lâche Christina Kitsos. Et Sophie Buchs de conclure: «J’ai envie de transmettre à ma fille les valeurs que m’a apprises mon propre père: l’honnêteté et l’engagement.»


Lisa Mazzone: «La conciliation entre carrière et maternité doit être possible»

Choisir entre fonder une famille ou briguer un nouveau mandat? Ce n’est plus une question aujourd’hui pour Lisa Mazzone, conseillère nationale sortante et candidate à sa réélection ainsi qu’aux États. Comme ses deux collègues, la Genevoise, enceinte elle aussi, considère que la conciliation doit être possible. «Je connais déjà les contraintes liées à un mandat à Berne, explique l’écologiste. Les nombreux trajets en train, le rythme prenant des sessions… La maternité induit assurément une fatigue supplémentaire, mais elle me poussera à fixer des priorités. Par ailleurs, je ne suis de loin pas la première au parlement.»

La fatigue induite par la maternité me poussera à fixer des priorités

Pour les élues à Berne, la maternité n’est effectivement pas toujours aisée. À l’inverse du Grand Conseil genevois par exemple, il n’y existe aucune suppléance. «En cas de sujet délicat où le vote s’annonce serré, les personnes en congé maternité ou maladie peuvent donc être amenées à venir voter.» L’institution souffre d’ailleurs d’un problème de représentativité, puisque l’âge moyen des parlementaires est de 56 ans. «Du coup, l’assemblée peine parfois à comprendre les réalités de la jeune génération, y compris des parents d’enfants en bas âge.»

La future maman insiste sur l’importance du rôle et de la disponibilité du père dans le bon déroulement de sa campagne après la naissance. «Mon conjoint a choisi de prendre trois mois de congé pour être présent durant les premiers temps de vie du bébé.» L’élue estime que les conditions-cadres pour un véritable partage des tâches sont encore insuffisantes: «Le congé paternité ou le travail à temps partiel des hommes sont des thèmes à faire avancer en priorité.» CH.D. (TDG)

Créé: 31.01.2019, 07h05

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