«En vingt ans, la Critical Mass s’est adoucie»

AnniversaireLe cortège non autorisé de cyclistes a longtemps fait parler de lui à cause de ses altercations avec la police et les automobilistes.

Michel Caillat est l’un des plus anciens participants de la Critical Mass.

Michel Caillat est l’un des plus anciens participants de la Critical Mass. Image: Laurent Guiraud

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La Critical Mass fêtera ce soir ses 20 ans. Vingt ans que des dizaines – voire centaines selon la météo – de cyclistes défilent le dernier vendredi de chaque mois entre 18 h et 20 h dans les rues de Genève pour dénoncer le dogme du «tout pour la voiture». Vingt ans que les automobilistes du pont du Mont-Blanc pestent derrière leur pare-brise contre ces jeunes qui bloquent le trafic à l’heure de pointe avant le week-end. Entre 1998 et 2018, ce rassemblement spontané non autorisé n’a pas pris une ride. Il attire toujours autant d’adeptes de la petite reine. Ses relations avec les forces de l’ordre et les autres usagers de la route semblent en revanche s’être pacifiées.

«En vingt ans, le mouvement s’est adouci», observe Michel Caillat, un de ses plus anciens partisans. Le retraité ne correspond pas au profil de la majorité des participants. Dès ses prémisses, et aujourd’hui encore, le cortège réunit essentiellement des collégiens et étudiants âgés entre 15 et 25 ans. Le septuagénaire est cependant un des rares militants à disposer du recul nécessaire pour parler de l’évolution du mouvement à Genève.

Sa première Critical Mass remonte à février 2000. «Nous étions une petite centaine. C’était très tendu avec les forces de l’ordre, se souvient l’historien. La police nous a coincés dans le passage de Montbrillant pour contrôler nos identités et nous amender.» Les seize participants interpellés ont contesté leur sanction. Défendus par l’avocat Christian Grobet, ils seront finalement acquittés.

L’histoire de la Critical Mass genevoise est jalonnée d’altercations avec les automobilistes et les forces de l’ordre. «Lors des premières éditions, la police nous harcelait, c’était un peu excessif», confie l’enseignant à la retraite. Il note également que les participants étaient plus politisés et peut-être plus radicaux. «Les gens occupaient le carrefour et se mettaient à jongler, illustre le militant. Ils étaient davantage dans une logique de réappropriation de la rue.»

Depuis quelques années, le mouvement semble s’être assagi. «C’est aujourd’hui un rassemblement bon enfant dont le but est avant tout de circuler», résume Michel Caillat. Les relations avec les forces de l’ordre et les autres usagers de la route se sont parallèlement détendues. Le directeur de la section genevoise du Touring Club Suisse (TCS), Henri-Pierre Galletti, le confirme: «Nous constatons en effet moins de débordements. L’encadrement discret mais efficace de la police semble porter ses fruits.»

Un changement de stratégie aurait-il eu lieu au sein des forces de l’ordre? «La Critical Mass est une manifestation qui n’a jamais fait l’objet d’une demande formelle d’autorisation, répond Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police genevoise. Elle bénéficie d’une tolérance historique, ce qui ne constitue pas une garantie de légitimité. Les participants font l’objet de contrôles, depuis la première année comme en 2018.»

L’agent note cependant que la manière d’encadrer les manifestations, autorisées ou non, a, elle, évolué au fil des ans. «Nous agissons davantage en amont et notre présence sur place est plus discrète. Nous faisons une pesée d’intérêts. Il ne faut pas que l’action de la police génère des troubles plus importants que la manifestation qu’elle encadre.» Débordements ou pas, tous les milieux cyclistes ne sont pas prêts à soutenir la Critical Mass. «À titre personnel, je ne suis pas sûr que ce mouvement serve la cause cycliste, relève Rolin Wavre, député PLR et membre de Pro Vélo. En bloquant la circulation, il ne montre pas que la multiplication des vélos en ville peut fluidifier le trafic.»

Qu’en pense l’Association transports et environnement (ATE) et actif-trafiC? «L’ATE privilégie des méthodes plus institutionnelles mais la Critical Mass permet de rendre visibles les cyclistes, qui sont souvent les parents pauvres de la circulation, répond la conseillère nationale Verte Lisa Mazzone, présidente de l’ATE Genève et ancienne coordinatrice de Pro Vélo. C’est bien de défendre une cause par différentes méthodes. Et le mouvement mobilise les jeunes.» Thibault Schneeberger, d’actif-trafiC, partage ce point de vue. Il ajoute: «Le fait que la Critical Mass ait toujours autant de succès vingt ans après son lancement montre que les aménagements pour encourager la mobilité douce ne sont toujours pas suffisants.»


Né à San Francisco

Le mouvement de la Critical Mass est né en septembre 1992 à San Francisco. L’idée de la cinquantaine de cyclistes présents était de faire corps pour s’imposer dans le trafic automobile et se réapproprier la route. Le phénomène a rapidement essaimé tout autour de la planète. On estime aujourd’hui que des rassemblements cyclistes mensuels se tiennent dans plus de 300 villes. En Suisse, Lausanne, Bâle et Zurich ont leur cortège. (TDG)

Créé: 24.05.2018, 19h42

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