Du foot au droit des opprimés

PortraitRencontre avec Djemila Carron, cofondatrice du premier cours à l'Université de Genève sur les droits des personnes vulnérables.

Djemila Carron a cofondé la première Law Clinic de l’Université de Genève, un cours les droits des personnes vulnérables.

Djemila Carron a cofondé la première Law Clinic de l’Université de Genève, un cours les droits des personnes vulnérables. Image: Steev Iuncker-Gomez

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On ne sait pas à quoi elle carbure, mais on en voudrait bien un peu. Mener une carrière de footballeuse à Berne tout en étudiant le droit à Genève, partir à Moscou et apprendre le russe en autodidacte, enchaîner Harvard, un doctorat et des projets pour les droits des personnes vulnérables: Djemila Carron, 30 ans, est une hyperactive passionnée. Elle vient d’animer des débats au Festival du film sur les droits humains.

Sa biographie est du genre à donner des complexes. Etudes en droit à Genève, académie de droit du Ministère de la justice de la Fédération de Russie, Harvard Law School à Cambridge (Etats-Unis), Lomonosov University de Moscou, deuxième master à Columbia Law School à New York et doctorat en droit international humanitaire…

C’est en 2004 que Djemila quitte son «Valé» natal pour Genève, motivée par le droit international et un désir de justice sociale. «Ça a été un choc, la Fac de droit est un autre monde, je me suis retrouvée dans un milieu plutôt privilégié, éloigné du mien.» Deuxième choc deux ans plus tard: la passionnée de littérature russe part à Moscou pour un an d’études, sans parler la langue. «J’ai découvert une dureté dans tout, dans le climat, dans certaines attitudes, un régime autoritaire et ses conséquences sur la population. C’était difficile, j’ai perdu 10 kilos. Mais j’y ai rencontré des personnes formidables.» Elle s’engage dans une ONG qui aide les sans-abri, «ça m’a beaucoup aidée».

Harvard puis les roquettes russes

A la fin de l’année, l’étudiante est sélectionnée pour un semestre à Harvard. «C’était incroyable, il y avait une telle effervescence intellectuelle!» Elle sillonne les dîners des jeunes républicains. «Je suis opposée à leurs idées, mais je voulais comprendre leur façon de penser.»

En 2010, elle revient à Moscou, dans un esprit de revanche. «Je n’avais pas profité la première fois, je m’étais seulement battue contre le système.» Avec des amis, elle part découvrir le pays, en terres musulmanes, bouddhistes, et rencontre des ex-prisonniers russes qui conduisent le groupe dans une ville militaire secrète où l’on fabriquait des roquettes sous l’ère soviétique… Après un semestre à New York, où les discriminations raciales la scandalisent, Djemila revient à Genève pour faire un doctorat en droit international humanitaire. En parallèle, elle crée la première Law Clinic de l’Uni de Genève avec une collègue, Olivia Le Fort Mastrota. Soit un cours où les étudiants travaillent sur des cas réels, locaux et d’intérêt public: les droits de la population «rom» en situation précaire à Genève, des femmes sans statut légal, des personnes détenues et des personnes LGBTI pour l’an prochain. Ils produisent ensuite une brochure informative. «Ce cours montre qu’on peut s’impliquer en étant étudiant(e), comprendre qui fait le droit, qui en profite et qui est lésé.»

La jeune femme s’engage à fond dans ce projet. Comme dans toutes les causes qui lui tiennent à cœur, que ce soit pour l’association Viol-Secours, la Ligue suisse des droits de l’homme – «je rends visite à des personnes détenues une fois par mois pour parler de leurs conditions de détention» – ou pour l’association Les Indociles, fondée avec des amies et qui lutte contre des formes de discrimination par l’organisation d’événements culturels.

En Super League au FC Berne

Il n’y en a pas que dans la tête chez Djemila, il y en a aussi dans les jambes. Cette férue de culture et de lecture – elle lit armée d’un crayon gris pour souligner les passages qui la frappent – est une ancienne footballeuse. Elle a joué en Super League avec le FC Berne. Durant deux ans, elle part à l’Uni sac de foot sur l’épaule, train à 16 h, entraînement à 19 h, puis retour à Genève. Elle raccroche les crampons en partant pour la Russie.

Depuis, à défaut de courir sur un terrain, elle arpente le monde. «Je me vois bien partir vivre ailleurs pendant quelques années. Ici, on vit dans le confort. Il faut parfois casser ça.» (TDG)

Créé: 15.03.2016, 19h40

Bio express

1985 Naît à Fully, en Valais.
2004 Entame des études de droit à l’Université de Genève.
2006 Met fin à sa carrière de footballeuse, après avoir joué en Super League à Berne, et part étudier un an à Moscou. Elle apprend en partie le russe en autodidacte.
2009 Passe un semestre à Harvard.
2010 Retourne à Moscou. Puis effectue un deuxième master à New York et un doctorat à Genève en droit international.
2013 Cofonde la Law Clinic à l’Uni, un cours sur la situation juridique des personnes en situation vulnérable à Genève.
22 mars 2016 Présente avec ses étudiants les conclusions de la Law Clinic 2015-2016.

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