Dix institutions sociales réunies sous le même toit

SolidaritéCe projet pilote financé par la Fondation Wilsdorf se concrétisera en 2021 dans deux bâtiments du futur Espace Tourbillon, dans la zone industrielle de Plan-les-Ouates.

Cinq bâtiments de six étages sortent de terre. Au total, le complexe comptera 95 000 m2 de surface brute de plancher.

Cinq bâtiments de six étages sortent de terre. Au total, le complexe comptera 95 000 m2 de surface brute de plancher. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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C’est une première. Dix institutions sociales genevoises partageront bientôt les mêmes locaux. Ce regroupement inédit est prévu entre la fin de 2020 et la mi-2021 dans deux bâtiments du futur Espace Tourbillon, dans la zone industrielle de Plan-les-Ouates. Il doit permettre de réduire certains coûts et créer des synergies entre les organismes d’entraide. Sont concernés: la Croix-Rouge genevoise, Partage, le Centre social protestant, Clair Bois, Genèveroule, Trajets, Pro, la Fondation Ensemble, Pro Juventute et la Fondation immobilière pour le développement des entreprises sociales (Fides).

À l’origine de ce projet pilote se trouve la Fondation Wilsdorf, propriétaire de Rolex. Historiquement, celle-ci a toujours soutenu les entreprises sociales du canton. Jusqu’à maintenant, elle se contentait de leur donner les moyens d’acquérir ou rénover certains biens pour leur permettre de déployer leurs activités. Un hasard de calendrier et une problématique de fond l’ont poussée à changer de stratégie. «En l’espace de peu de temps, nous avons été sollicités par plusieurs institutions qui cherchaient des fonds pour déménager ou transformer leurs locaux, explique Marc Maugué, secrétaire général de la fondation. Plutôt que de les aider séparément, nous avons eu l’idée d’acheter ces deux bâtiments et d’en faire un hôtel d’entreprises sociales.»

Loyers attractifs

Si la Fondation Wilsdorf est passée à l’action, l’idée d’une mutualisation des ressources était dans l’air depuis plusieurs années déjà. «Les subventions dans le social ont tendance à baisser alors que les besoins, eux, augmentent. Il fallait trouver une solution», note Pierre-Yves Tapponnier, ancien président de Trajets et directeur de Fides, structure créée par la Fondation Wilsdorf pour mettre en œuvre ce projet.

Pour réserver le maximum de moyens aux activités sociales, les locaux de Plan-les-Ouates seront loués à des prix très largement inférieurs à ceux du marché. «Les loyers ont été établis par Fides de manière à pouvoir entretenir les bâtiments mais sans faire d’excédent», précise le directeur. En contrepartie de cette faveur, les organismes d’entraide s’engagent à collaborer. «Les entreprises sociales travaillent actuellement de façon isolée, notre objectif est de les encourager à monter ensemble des projets», détaille Pierre-Yves Tapponnier. Il insiste: «L’idée n’est pas qu’elles partagent uniquement le loyer mais qu’elles mettent sur pied de nouvelles activités.»

Depuis plus d’un an, les responsables des dix entreprises concernées se réunissent régulièrement pour préparer la transition. Pour les dirigeants des différentes institutions, les avantages d’un tel regroupement sont multiples. «Nous pourrons partager des ressources et réduire certains coûts structurels liés à l’informatique ou à la téléphonie, illustre Stéphanie Lambert, de la Croix-Rouge genevoise. Ce sera également l’occasion de renforcer nos compétences dans différents domaines, comme la communication, les ressources humaines et les finances.»

Outre ce «partage d’expertise», Alain Bolle, directeur du Centre social protestant, souligne que ces collaborations permettront «d’éviter les doublons dans les prestations» entre les institutions. Pour Jérôme Laederach, de la Fondation Ensemble, le fait de défendre certains projets à plusieurs renforcera «le message d’intégration» que les organismes cherchent à transmettre. «Cela contribuera certainement à mieux mettre en valeur les entreprises de réinsertion», abonde Daniel Suda Lang, de Genèveroule.

Ghettoïsation crainte

Plusieurs synergies ont déjà été évoquées à ce jour entre les différentes structures. Le projet le plus abouti est une blanchisserie cogérée par Trajet, Pro et Clair Bois. «L’espace a été dimensionné pour laver quatre tonnes de linge par jour», annonce avec fierté Pierre-Yves Tapponnier. D’autres idées sont à l’étude, comme une collaboration entre les jardins de la Croix-Rouge et Partage, l’extension du recyclage de savons usagés par la Fondation Ensemble ou la mise à disposition de vélos en libre-service par Genèveroule pour tous les travailleurs. Si l’enthousiasme est évident au sein des directions, ce déménagement s’avère également source d’appréhensions. Au départ, certains acteurs ont craint une forme de ghettoïsation. «Nous travaillons tous avec des personnes défavorisées, relève Daniel Suda Lang, de Genèveroule. Nous nous demandions si en regroupant ces personnes dans un même lieu, cela ne les tirerait pas vers le bas.»

La Fondation Wilsdorf dit avoir tenu compte de ce risque dans l’élaboration du projet. «Nous avons précisément renoncé à acheter un bâtiment isolé pour éviter une forme de stigmatisation, note Marc Maugué. Au sein de l’Espace Tourbillon, les institutions sociales seront mélangées à d’autres entreprises et certaines prestations fournies, comme le pressing ou la cafétéria, pourront être utilisées par tous les travailleurs du complexe.»

Parmi les autres craintes formulées par les acteurs du social, celle d’un regroupement au détriment des identités propres de chaque institution, l’inertie de groupe ou encore l’éloignement du centre-ville. Lors des réunions, Pierre-Yves Tapponnier veille à répondre à chacune de ces inquiétudes: «Nous réfléchissons ensemble à mettre en œuvre un nouveau modèle de gouvernance qui tienne compte des différentes cultures d’entreprise», rassure-t-il.

Quant à la distance qui sépare l’Espace Tourbillon du centre de Genève, le directeur indique que les Transports publics genevois (TPG) devraient augmenter la cadence des navettes en attendant l’arrivée du tram.

Créé: 11.06.2019, 06h43

La position de Wilsdorf

En acquérant deux bâtiments à destination des entreprises sociales du canton, la Fondation Wilsdorf opère-t-elle un changement de stratégie? «Non, nous répondons aux demandes de financement, mais nous sommes également un instigateur de changement», tranche Marc Maugué, secrétaire général de la fondation. C’est précisément sur ce terrain-là que se positionne le projet de Plan-les-Ouates. «Nous cherchons à créer une nouvelle dynamique.»

Pour Marc Maugué, la fondation peut endosser ce rôle compte tenu de sa position. «Les entreprises sociales n’ont souvent pas le temps de réfléchir à un nouveau mode de fonctionnement car elles sont trop prises par leurs activités», observe-t-il.Il insiste: «L’idée n’est pas
de faire la leçon sur comment il faudrait faire ou se substituer à quiconque. Le projet a été présenté au Département des affaires sociales de l’époque et validé par Mauro Poggia (ndlr: le conseiller d’État était alors chargé du Social).» C.G.

Un chantier immense

Gigantesque. C’est le mot qui vient immédiatement à l’esprit lorsqu’on pénètre dans le chantier de l’Espace Tourbillon, dans la zone industrielle de Plan-les-Ouates. Là, au chemin éponyme, cinq bâtiments de six étages sortent de terre. Quelque 200 ouvriers œuvrent quotidiennement dans le périmètre. Au total, le complexe comptera 95 000 m2 de surface brute de plancher. Plus d’un tiers – 33 000 m2 – appartient à la Fondation Wilsdorf. Le gros œuvre des deux bâtiments acquis par celle-ci est bientôt terminé. «Nous réfléchissons actuellement aux emplacements des parois, des lumières et des éviers, ainsi qu’aux diverses techniques nécessaires selon
les activités prévues», détaille Pierre-Yves Tapponnier. Les rez des immeubles abriteront notamment un pressing,
la brocante du Centre social protestant et un restaurant. Les sous-sols seront utilisés comme gare logistique et locaux de stockage. Les surfaces des trois autres bâtiments de Tourbillon seront, elles, louées ou vendues à diverses entreprises. C.G.

Déménagements

Parmi les dix institutions qui s’installeront à l’Espace Tourbillon, trois déménageront la totalité de leurs activités à Plan-les-Ouates. C’est le cas de Partage, de Pro et évidemment de Fides, la Fondation immobilière pour le développement des entreprises sociales, créée par Wilsdorf pour ce projet. Les autres entreprises sociales déplaceront uniquement certaines prestations. Par exemple? L’atelier mécanique de Genèveroule, les centres de tri des habits de la Croix-Rouge genevoise et la brocante du Centre social protestant. C.G.

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