Diplomate égyptien tué en 1995: un suspect arrêté

«Cold case» à Vernier Vingt-trois ans après les faits, un vendeur de voitures est prévenu du meurtre, voire de l’assassinat, d’un notable égyptien. Son ADN a été identifié sur l’arme du crime.

L’exécution a eu lieu dans ce parking souterrain de l’avenue du Bouchet il y a une vingtaine d’années.

L’exécution a eu lieu dans ce parking souterrain de l’avenue du Bouchet il y a une vingtaine d’années. Image: LAURENT GUIRAUD

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Qui se souvient de cette affaire? Vingt-trois ans après l’exécution d’un diplomate égyptien dans son parking au Petit-Saconnex, le Ministère public de la Confédération (MPC) tient enfin un suspect. Selon nos informations, un homme né en 1969 a été arrêté en toute discrétion le 30 octobre dans le canton. Il est soupçonné d’avoir tué l’homme qui travaillait à Genève au sein de la Mission égyptienne auprès des Nations Unies. Ce conseiller commercial avait été retrouvé mort dans le sous-sol de l’immeuble où il vivait, au numéro 20 de l’avenue du Bouchet.

C’est une scène de guerre: dans la nuit du 13 novembre 1995, ce père de famille, âgé de 42 ans, est tué de six balles dans le corps. À côté de son cadavre se trouve l’arme du crime, munie d’un silencieux artisanal confectionné avec une sorte de mousse ou de papier, entouré de ruban adhésif, afin d’étouffer le bruit des coups tirés. Un dispositif visiblement peu efficace: «On a entendu des coups de feu», disent des témoins à l’époque. «Il avait la poitrine tout ensanglantée», relèvera le concierge de l’immeuble.

L’enquête s’enlise

L’affaire, qui prend une tournure internationale, est sensible du point de vue politique. Les actes d’enquête se multiplient, notamment sous la direction de la procureure générale de la Confédération, Carla Del Ponte. De son côté, la veuve de la victime n’a jamais compris la fin funeste de son époux, qu’elle décrit comme un homme discret et sans histoire.

Comment expliquer ce rebondissement dans ce «cold case» diplomatique? À l’époque, les empreintes retrouvées sur le pistolet n’étaient pas exploitables pour les enquêteurs genevois et bernois. En 2009, l’affaire s’embourbe et l’enquête s’enlise. Elle est suspendue provisoirement, faute d’éléments probants. La presse finit par s’en désintéresser.

Survient aujourd’hui un coup de théâtre: les empreintes sont désormais devenues «lisibles» grâce à l’évolution technologique dans le domaine de l’ADN. Cette année, les inspecteurs fédéraux, avec la collaboration de leurs collègues genevois, sont ainsi parvenus à retrouver, en partie, à qui appartenaient ces mystérieuses traces. Ce sont celles d’un certain A., vendeur de voitures à Genève et vivant en France voisine. Le prévenu est un père de famille, bien connu des services de police pour des affaires de vols commis notamment dans le canton. Cet Italo-Ivoirien a surtout défrayé la chronique en 2011 en recelant de l’or volé chez Rolex.

Arrêté à Vernier

Identifié cette année, il a été arrêté il y a quelques jours à Vernier, non loin d’un garage où il travaille. Son domicile a également été perquisitionné. Son épouse a été interrogée sans pour autant être mise en cause. «Pour ces opérations, une quarantaine d’agents fédéraux sont intervenus mardi matin dans le canton et de l’autre côté de la frontière», précise une source policière. A. se retrouve aujourd’hui prévenu de meurtre, subsidiairement d’assassinat. À noter que ce crime ne tombe pas encore sous le coup de la prescription, fixée à trente ans.

Quoi qu’il en soit, l’homme, qui, en 1995, peu avant le drame, venait de s’enfuir du pénitencier de la plaine de l’Orbe, conteste aujourd’hui être lié de près ou de loin à la mort du diplomate. Il ne le connaît pas, dit-il. Pourtant, son ADN a bel et bien été retrouvé sous la mousse et l’adhésif du silencieux. Le prévenu, marié et père d’un enfant, ne se l’explique pas bien. Il suppose qu’il a pu confectionner cet objet pour jouer avec son chat avant d’évoquer l’éventualité de l’avoir touché dans un dépotoir. Pour l’heure, A., qui vivait en France voisine notamment en raison du fait qu’il a été expulsé durant dix ans de Suisse, a été placé en détention provisoire dans un autre canton. Plusieurs traces d’ADN

Mais les enquêteurs ont retrouvé d’autres traces d’ADN sur le silencieux de l’arme. L’une correspond notamment à celui d’une femme. Une mystérieuse personne qui n’a pas encore été identifiée.

A., qui a aussi de la famille à Genève, a-t-il fonctionné comme homme de main? Qui aurait alors été son commanditaire? Pourquoi s’en prendre à un diplomate sans histoire, à en croire sa veuve? Quel rapport le défunt entretenait-il avec le pouvoir en place dans son pays? Qui étaient ses ennemis? De 1995 à 2009, le MPC n’a eu de cesse d’enquêter dans ce sens en Suisse et en Égypte. Toutes les hypothèses, politiques ou financières, ont été explorées, en particulier la piste islamiste (lire l’encadré). Aujourd’hui, l’ADN retrouvé ne plaide pas en faveur du suspect, bien que cela ne constitue pas encore une preuve. En revanche, son parcours criminel fait de petits larcins, de vols de voitures et de vélomoteur mais aussi de violation des lois sur les étrangers ou sur la circulation routière ne «colle» a priori pas avec le profil d’un tueur à gages. Les auditions du prévenu se poursuivent.

Contacté, son avocat, Me Philippe Girod, se refuse à tout commentaire, hormis ces quelques mots: «Le principe de la présomption d’innocence ne doit perdre aucune force face à des éléments de preuves ADN.»

Déjà arrêté en 2011

Rappelons enfin que, lorsqu’il avait été arrêté en 2011, A., défendu alors par Me Romain Jordan, avait chez lui 1,3 kilo d’or. Un métal précieux volé un an plus tôt par un employé de Rolex. Le 8 mars 2011, ce dernier, un Français défendu par Me François Canonica, avait été condamné par le Tribunal correctionnel à 30 mois de prison, dont 21 avec sursis. Les juges avaient conclu qu’il avait dérobé pour 500 000 fr. d’or à son employeur en mai 2010.


La victime était le numéro 2 de la Mission commerciale

Numéro deux de la Mission commerciale égyptienne auprès de l’ONU, le diplomate assassiné en 1995 était marié et père d’une fille de 4 mois. Il était chargé de promouvoir les intérêts économiques de son pays.

Il avait commencé sa carrière en 1976 au Ministère égyptien du commerce. Avant d’être en poste à Genève au début des années 1990, dans le quartier des Pâquis, il avait accompli des missions à Washington et à Hambourg. Au lendemain des faits, une organisation terroriste égyptienne, la Jamaa de la justice internationale, proche de la Jamaa Islamya hostile au gouvernement, avait revendiqué l’attentat. Semblant privilégier cette piste, le MPC avait alors ordonné des perquisitions à la mosquée du Petit-Saconnex et au centre islamique des Eaux-Vives. Entre 1992 et 1995, la tension n’a pas cessé de croître entre la Jamaa Islamya et les forces de sécurité égyptiennes. Ces affrontements ont fait 700 morts durant cette période.

Créé: 12.11.2018, 06h54

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