Deux «zizous» violents face à la justice

Tribunal criminelUn duo comparaît pour tentative d’assassinat, vols et coups de couteau en pleine rue.

Image: Lucien Fortunati

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La justice connaît-elle seulement leurs véritables noms? Leur âge? Officiellement, ils sont Marocains, âgés de 33 et 21 ans, mais dans leur casier judiciaire, les identités sont multiples et les dates de naissance aussi. Le plus jeune, traits durs dans un visage juvénile, prétend qu’il ne parle pas français mais répond aux questions avant que l’interprète ne commence sa traduction. L’autre, plus grand, au regard sombre, dit être père de famille avant d’admettre qu’il n’en est rien.

On croyait le vol «à la Zizou» – une technique consistant à enlacer la proie avec un jeu de jambes pour lui vider les poches – révolu à Genève. Le voici qui resurgit au Tribunal criminel. Mais dans le dossier de ces deux hommes qui répondent mollement aux questions des juges, il n’y a pas que des vols de porte-monnaie ou de téléphones. Une nuit de décembre 2017, un passant a été la cible de leur brutalité extrême.

Le malheureux trentenaire a été touché près d’une dizaine de fois par un couteau. Au tribunal, l’homme se tient en retrait, discret, écoute nerveusement ses deux agresseurs se contredire, changer de version, rejeter la faute l’un sur l’autre.

D’autres victimes

Le soir de l’agression, il rentrait chez lui. À la rue Jean-Gutenberg, perpendiculaire à la rue de Lyon, les deux hommes s’approchent, lui demandent une cigarette et du feu. Il s’exécute. Débute alors le jeu de jambes. Le plus jeune échoue à lui prendre son portefeuille, il est repoussé. Les deux «zizous» suivent de près leur victime, qui cherche à s’en aller. «Ils le collent, le poussent», soutient l’accusation, menée par le procureur Niki Casonato.

Apeuré, l’homme se tourne et donne un coup de poing à l’un des deux prévenus. En guise de vengeance, celui-ci lui plante son couteau dans l’arrière de la jambe. Les agresseurs sont en supériorité numérique. Le plus jeune intervient, des coups pleuvent, la victime et l’un des prévenus tombent à terre. Le plus grand revient à la charge et parvient à immobiliser le passant, qui se retrouve assis au sol, les jambes tendues et les mains dans le dos. Le plus jeune sort à son tour son couteau. «À sept reprises au moins, de manière mécanique, avec détermination et acharnement» selon l’accusation, il plante sa lame dans l’abdomen et le thorax de sa victime.

Les deux hommes fuient avec le maigre butin de cette barbarie: un porte-monnaie presque vide et une veste.

Le malheureux, lui, parvient à faire quelques pas avant de s’effondrer devant une banque. S’il survit à ses blessures, c’est grâce aux soins prodigués par les pompiers qui intervenaient sur un incendie à quelques mètres de là, derrière la gare. Mais durant dix heures, il s’est retrouvé entre la vie et la mort, selon le Ministère public.

Trois heures plus tôt, un autre passant a croisé la route du duo dans le même quartier. Pris par surprise, il a senti une lame sur son cou, entendu les insultes – en français – et subi l’assaut violent du second prévenu avant de se faire vider les poches. L’expérience traumatisante lui laissera une entaille de 2,5 centimètres sur la gorge.

Un frère et une sœur figurent parmi les parties plaignantes. Lui a reçu plusieurs coups de couteau après avoir été frappé à la tête. Elle, pour sa part, a senti la menace d’une lame de rasoir contre son ventre.

Jusque-là, le duo était toujours parvenu à prendre la fuite. Mais la série se termine lorsqu’une victime dépossédée de son téléphone utilise son deuxième appareil pour localiser les malfrats et guider la police sur leurs traces.

Épopée criminelle

Impassibles, peu concernés face à la justice, les deux hommes racontent en peu de mots des parcours quasi identiques. Départ du Maroc à l’adolescence, seuls, puis errance clandestine sur tout le continent. Leur épopée criminelle les a menés dans les prisons d’Europe, avant d’arriver à Genève, où ils encourent désormais des peines de prison supérieures à dix ans pour tentative d’assassinat.

À la barre, tous deux jouent la carte de l’addiction aux stupéfiants. Et chacun aurait suivi l’autre lors de l’agression de la rue Jean-Gutenberg. «Mon métier, c’est d’entrer chez les gens, de voler des porte-monnaie ou des téléphones. Mais pas d’utiliser un couteau», affirme le benjamin. Son complice, plus âgé, assure quant à lui qu’il souhaitait éviter l’agression, c’est pourquoi il se serait approché de la victime: «Mais après avoir pris un crochet dans la figure, je lui ai planté mon couteau dans la jambe. C’était un petit couteau porte-clés.»

Le procès se poursuit.

Créé: 17.02.2020, 20h04

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