Deux Genevois au cœur d’un procès qui fera date

JusticeThéo, Bastien et cinq militants seront jugés jeudi pour avoir aidé des migrants. Une audience au retentissement international.

Bastien (à gauche) et Théo sont les deux Genevois poursuivis pour avoir aidé des migrants.

Bastien (à gauche) et Théo sont les deux Genevois poursuivis pour avoir aidé des migrants.

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Vidéo Georges Cabrera

On les appelait «les 3 de Briançon». Mais aujourd’hui, ils sont sept activistes poursuivis par la justice française pour avoir aidé des migrants à entrer en France au printemps. Jeudi matin s’ouvre à Gap (Hautes-Alpes) leur procès. Parmi eux, Théo (24 ans) et Bastien (26 ans), deux Genevois – l’un maître-nageur à Carouge, l'autre étudiant – s’apprêtent à faire face aux juges du Tribunal correctionnel.

Tous risquent une condamnation pour aide à l’entrée de personnes illégales sur le territoire français en bande organisée. Peine encourue: jusqu’à dix ans de prison et 750 000 euros d’amende.

Remis en liberté après avoir passé deux semaines à la prison des Baumettes, à Marseille, les Genevois n’entendent pas faire acte de contrition: «Nous irons donc à Gap la tête haute, sans nous cacher de ce que nous avons fait et continuerons de faire: changer cette réalité», lançaient-ils récemment lors d’une manifestation à la frontière franco-suisse entourés de leurs comités de soutien.

Question fondamentale

Au-delà de ce procès, il y a un contexte. Les milliers de migrants qui tentent de quitter l’Italie pour la France par la frontière alpine du col de l’Échelle. Une population locale qui leur vient en aide également, impuissante face aux morts de froid et d’épuisement, dont les corps sont régulièrement retrouvés des deux côtés de la montagne.

Le 22 avril, Théo et Bastien participent à une marche de soutien aux migrants le long de la frontière franco-italienne. L’action a lieu au lendemain du blocage du col de l’Échelle par le groupe d’extrême droite Génération identitaire. Ce climat électrique débouche sur une série d’interpellations. Théo, Bastien et l’Italienne Eleonora doivent passer en comparution immédiate devant la justice, mais leurs avocats demandent le report d’audience.

La justice hexagonale accepte, mais ceux qu’on appelle désormais les 3 de Briançon sont placés en détention provisoire à la prison des Baumettes, à Marseille. Il faudra attendre deux semaines avant que le trio ne soit assigné à résidence en France, puis libéré, dans l’attente de son procès.

«La poursuite contre «les trois de Briançon» est injuste et le délit de solidarité est contraire aux droits fondamentaux»

Me Henri Leclerc, avocat

Entre-temps, une question fondamentale agite les consciences: le délit de solidarité doit-il être punissable? L’affaire dépasse largement les sommets alpins. Elle atteint le Parlement français qui assouplit durant l’été le «délit de solidarité» mais ne le supprime pas. Intellectuels et ténors du barreau prennent la parole. Pour les défendre, Théo et Bastien pourront s’appuyer sur un aréopage d’avocats, parmi lesquels Me Henri Leclerc, défenseur hypermédiatisé des grandes causes sociales depuis Mai 68. «La poursuite contre les trois de Briançon est injuste et le délit de solidarité est contraire aux droits fondamentaux», martèle l’homme de loi de 84 ans.

Genève s’exprime également. Lorsque la tempête s’abattait sur les trois jeunes militants, le Conseil administratif de la Ville affichait son soutien public à Théo, Bastien et Eleonora afin de «protéger et assurer leur retour dans leur foyer».

«Harcèlement judiciaire»

Avant le tumulte du procès de jeudi, la Ligue suisse des droits de l’homme a dénoncé «le harcèlement judiciaire scandaleux» que subissent les 3 + 4 de Briançon. Elle fait écho aux comités de soutien qui se sont formés, en Italie, en France et en Suisse et qui promettent qu’ils seront devant les portes du Tribunal correctionnel de Gap, jeudi, à militer pour un acquittement.

Mercredi, plusieurs convois sont partis de Genève pour s’enfoncer dans les Hautes-Alpes. Parmi eux, des proches de Théo et Bastien. Ils ne souhaitent pas s’exprimer publiquement avant l’audience, mais ils mesurent le retentissement des événements. «Il y a une grande vague de solidarité: on a même vu dans les journaux que des messages de soutien sont apparus sur les murs en Grèce», relève un parent. Reste la tension du verdict — qui devrait être rendu plusieurs jours après l’audience — et un Procureur de la République tenace dans ses réquisitions. (TDG)

Créé: 08.11.2018, 07h06

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