Des trésors de Gaza embarrassent Genève, qui appelle Berne à l’aide

PatrimoinePrêtés au Musée d’art et histoire il y a sept ans, les pièces archéologiques n’ont jamais pu être rendus en raison de la situation politique.

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Dans un dépôt genevois se trouve une partie du trésor archéologique de Gaza. La statue d’Aphrodite en marbre blanc ou le trésor de Blakhiyah y sont entreposés depuis sept longues années aux côtés de 528 pièces d’une valeur inestimable. Faute de pouvoir les renvoyer en Palestine en raison de l’insécurité régnant dans la région, la Ville se trouve dans une situation délicate. Elle vient de demander une aide financière à la Confédération.

Ces pièces datent de 3000 ans av. J.-C. à 1300 ans ap. J.-C. et sont arrivées à Genève en 2007, dans le cadre de l’exposition organisée par le Musée d’art et histoire Gaza à la croisée des civilisations . Inaugurée le 26 avril 2007, en présence de Micheline Calmy-Rey, alors présidente de la Confédération, et de Mahmoud Abbas, dirigeant de l’Autorité palestinienne, l’exposition était porteuse de grands espoirs. Elle devait représenter les prémices de la création d’un musée archéologique à Gaza sous le patronage de l’Unesco et avec l’aide de la Ville de Genève. Situation politique tendue

Bloqués depuis la prise du pouvoir par le Hamas

Ce projet a été stoppé net en raison de la prise de pouvoir du Hamas en juin 2007 et de l’insécurité politique qui en a découlé. Patrice Mugny, alors magistrat en charge de la Culture, s’était engagé à conserver ces pièces jusqu’à ce qu’elles puissent être renvoyées sans risque. «Il n’y a pas eu la moindre opposition au niveau des autorités municipales, indique l’ancien conseiller administratif. Par ailleurs, nous savions que cela s’était déjà fait par le passé. En revanche, il était impossible de savoir combien de temps cette situation allait durer.»

Les objets conservés par le MAH appartiennent à l’Autorité palestinienne, ainsi qu’à l’entrepreneur et collectionneur palestinien Jawdat Khoudary. «Les pièces de celui-ci sont sorties par Rafah, à la frontière égyptienne, indique Marc- André Haldimann, ancien conservateur du Département d’archéologie du MAH et commissaire de l’exposition. Elles ont ensuite été transférées par Alexandrie, avant d’arriver à Genève. Les objets appartenant à l’Autorité palestinienne venaient de France, où ils avaient été exposés après avoir transité par Tel-Aviv. Le problème est que la Loi internationale sur les douanes stipule que les objets culturels doivent retourner dans leur pays d’origine en transitant par la même douane que lors de leur sortie. Malheureusement, les deux douanes en question sont actuellement impossibles à franchir.»

Cette situation embarrasse fortement les autorités municipales, qui n’ont aucune solution. «Il s’agit d’une situation délicate, confirme le maire de Genève, en charge de la Culture, Sami Kanaan. Nous parlons régulièrement avec Jawdat Khoudary, mais du côté de l’Autorité palestinienne, c’est plus compliqué. Nos derniers contacts remontent à 2012. A l’époque, la situation s’était quelque peu améliorée et le retour des objets avait été envisagé. Malheureusement, les tensions ont repris de plus belle depuis. Nous sommes dans l’impasse.»

C'est la Ville qui paie

Les autorités municipales et fédérales attendent donc le moment propice pour renvoyer les objets à leurs propriétaires. Le coût d’un tel rapatriement reste impossible à calculer à l’heure actuelle. «Si l’on peut rejoindre Gaza par avion ou par bateau, ce sera évidemment moins cher que s’il faut passer par le Sinaï, indique Jean-Yves Marin, directeur du MAH. Ce qui est certain, c’est que nous ne renverrons pas ces objets tant que la situation ne sera pas plus sûre, sauf si les propriétaires nous le demandent expressément.»

Les pièces resteront donc à Genève le temps qu’il faudra, même si cela a un coût. Un coût que la Ville souhaiterait partager avec les autorités fédérales. «En comptant la location d’un dépôt de 60 m2 et les assurances, les frais s’élèvent à 35 000 francs par année, indique Sami Kanaan. Jusque-là, nous prenions cette somme sur le Fonds de coopération internationale, mais nous venons de solliciter l’Office fédéral de la culture afin qu’il nous accorde une aide financière. Nous attendons une réponse prochainement.»

Œuvres exposées en Europe

Du côté des propriétaires, la Cité de Calvin fait office de sauveur. «Je suis extrêmement reconnaissant envers Genève d’avoir gardé et protégé ces pièces et de continuer à le faire, indique Jawdat Khoudary. Je ne perds pas espoir de pouvoir rapatrier un jour mes objets et de créer le grand musée archéologique de Gaza.»

En attendant ce jour, le MAH essaie de faire circuler ces trésors. «Les deux propriétaires nous avaient également confié le mandat informel de faire découvrir les richesses archéologiques de Gaza au reste de l’Europe, indique Jean-Yves Marin. Avec leur accord, nous les avons déjà prêtées à deux reprises. Pour une exposition en Allemagne et une en Suède. Deux autres démonstrations pourraient avoir lieu prochainement dans des villes méditerranéennes.»

(TDG)

Créé: 21.11.2014, 07h38

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La Suisse fera figure de précurseur dès 2015

La sauvegarde des pièces gazaouies à Genève n’est pas une première. La Ville avait déjà fait office de précurseur en abritant les biens culturels du Musée du Prado à la fin de la guerre civile espagnole, suite à un appel des républicains. Un accord avait été trouvé afin de faciliter l’évacuation de ces œuvres vers le siège de la Société de Nations à Genève. C’est ainsi que dans la nuit du 13 au 14 février 1939, le patrimoine espagnol était arrivé à Genève dans un train transportant 1868 caisses. Il s’agissait alors de la première opération de cette ampleur. Les œuvres ont été en partie renvoyées au printemps, une fois la victoire du général Franco entérinée. Parallèlement, 174 tableaux avaient été exposés au MAH lors de l’exposition Les chefs-d’œuvre du Musée du Prado . L’événement attira près de 400 000 visiteurs.

Autre cas de sauvetage: les trésors du Musée national de Kaboul placés à Bubendorf en 1998, pendant la guerre d’Afghanistan. Ces objets ont été rapatriés en mai 2007.

Si ces exemples ont jusque-là fait office d’exceptions, ils pourraient devenir courants à partir du 1er janvier 2015, suite à l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur la protection des biens culturels. Acceptée par les Chambres fédérales le mois dernier, cette loi fait de la Suisse le premier pays à mettre à disposition d’autres Etats un refuge pour la garde à titre fiduciaire de biens culturels en danger sous le patronage de l’Unesco. Ainsi, les objets menacés par des conflits armés, des catastrophes ou des situations d’urgence pourraient être acheminés en Suisse, jusqu’à ce que leur survie ne soit plus menacée. Actuellement, un seul site est identifié comme refuge selon les termes de la nouvelle loi. Il s’agit d’un ancien dépôt de l’armée situé dans le canton de Zurich. C.Z.B.

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