Des réfugiés se présentent aux employeurs genevois

TravailEngage 2016, visant à faciliter l’intégration des réfugiés sur le marché de l’emploi, s’est tenue mercredi.

Près de 150 réfugiés à la recherche d’un travail ont pu se présenter à une poignée d’employeurs.

Près de 150 réfugiés à la recherche d’un travail ont pu se présenter à une poignée d’employeurs. Image: © Olivier Vogelsang / Tamedia

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Une vingtaine de réfugiés à la recherche d’un emploi ont déposé sur de larges tables, mercredi à la salle communale de Plainpalais, leur curriculum vitae et cartes de visite. Ils sont expert en aviation civile, vendeuse, traducteur, bibliothécaire, entrepreneuse, mécanicien… Certains ont amené des photos illustrant leur vie passée, des ouvrages auxquels ils ont participé, ou même quelques chocolats pour faire fondre un potentiel employeur.

Le temps d’un après-midi, l’association Thrive organisait en effet Engage 2016, une manifestation invitant les réfugiés à partager leur parcours et les obstacles surmontés jusqu’à leur arrivée sur le marché de l’emploi helvétique. Durant une heure, ceux qui cherchent du travail pouvaient se présenter sur un stand, le temps d’une bourse d’emploi inversée. Une poignée d’employeurs et près de 150 migrants ont fait le déplacement, remplis d’espoirs et de quelques doutes.

Un permis pour travailler

Sur place, Daniel, un Erythréen de 20 ans à la recherche d’un apprentissage en menuiserie, œuvre comme maître de cérémonie. «Qu’est-ce qu’il parle bien!» murmurent des Suisses. Le jeune homme introduit Metin Turker, chargé de projet «Employabilité» au Bureau de l’intégration des étrangers, qui pose le décor: «A la fin de l’année dernière, Genève comptait 328 000 emplois pour 226 000 habitants actifs. Cela signifie que plus de 100 000 emplois sont occupés par des travailleurs venant de France ou d’autres cantons.» Par ailleurs, quelque 1700 personnes issues de l’asile peuvent travailler, soit 0,6% de la population active, calcule-t-il. «Ce n’est rien du tout, un canton comme Genève peut facilement les intégrer, même s’il ne l’a pas toujours fait.»

Pendant de nombreuses années, l’accès à la formation et à l’emploi était en effet limité pour les détenteurs d’un permis F (admission provisoire jusqu’au rétablissement de la situation dans le pays d’origine). Aujourd’hui en revanche, ce titre de séjour permet de travailler «et est également un permis durable, observe Metin Turker. 95% des titulaires restent en Suisse et beaucoup d’entre eux finissent par obtenir la nationalité.»

Obstacles administratifs

Si les détenteurs d’un permis F ont accès à l’emploi, leur parcours vers l’autonomie reste compliqué. Rzn Torbey, arrivé de Syrie il y a deux ans, témoigne devant l’assemblée. Dans son pays d’origine, le jeune homme a œuvré comme consultant pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). «En arrivant à Genève, j’ai postulé au CICR mais on m’a expliqué que l’institution n’engageait pas les permis F.» Il a ensuite décroché un poste de spécialiste de la communication digitale chez Nestlé.

Avec humour, il raconte la joie du premier salaire et les déceptions qui ont suivi. Sur sa fiche, il découvre ainsi que 10% de son revenu est ponctionné pour rembourser les frais de dossier lié à sa demande d’asile (jusqu’à 15 000 fr.). Et constate également qu’il ne peut partir en vacances où il le souhaite car son permis F l’oblige à rester en Suisse, ou encore qu’aucune institution ne délivre de cartes de crédit aux détenteurs d’un tel permis. «Nous n’avons pas quitté la guerre en Syrie pour être en prison ici, même si c’est une belle prison», souligne-t-il. Avant d’encourager «employés et employeurs à travailler ensemble pour que mon cas devienne un cas standard».

Passés les obstacles administratifs, restent les barrières mentales. Peurs et préjugés existent tant du côté des employeurs que des réfugiés. «On s’efforce d’être toujours le meilleur pour ne pas être l’étranger mal aimé. A Genève, je ne me suis jamais sentie étrangère mais à Berne oui, il y a beaucoup de racisme», se souvient Lamya Hennache, diplômée en droit à Genève et membre de la commission d’intégration à Berne. «Etant femme, musulmane et voilée, on me voit souvent comme soumise ou au foyer, jamais comme diplômée. Puis, j’ai compris que c’était à moi de faire le premier pas», ajoute la Marocaine qui finit son discours en encourageant les autres réfugiés à «prendre confiance en soi et participer à la société».

Thrive compte-t-elle reconduire cet événement? «Pour l’instant, nous allons continuer à agrandir notre réseau et travailler de manière ciblée avec des professionnels qui nous ont proposé leur aide, indique Anna Walker, sa coordinatrice. Si nous parvenons à faire venir des employeurs moins acquis à la cause de l’asile et à trouver des orateurs ayant déjà engagé un réfugié, nous referons un tel événement en 2017.»

Créé: 31.10.2016, 20h55

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