Des promoteurs et leurs amis font main basse sur les biens à vendre

Logement en PPEA Genève, ils se taillent la part du lion dans certaines opérations. Ils achètent des logements, mais n’y habitent pas. François Longchamp veut lutter contre cette spéculation

Le chantier de la Tulette, à Cologny, Sur les 149 appartements vendus en PPE, les anciens propriétaires du terrain en ont acquis 29 à eux seuls! Image: OLIVIER VOGELSANG

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Trouver un appartement à acheter. Pour le Genevois moyen, c’est souvent mission impossible. Car les objets à vendre sont rares. Mais il y a une autre raison, bien plus problématique. Dans certaines opérations immobilières, les promoteurs ou leurs connaissances se servent en premier et s’arrogent des immeubles presque entiers, sans même parfois y habiter. Comme ces opérations se situent en zone de développement, ils achètent à prix cassés. Et peuvent s’attendre à faire de juteuses plus-values à la revente.

Le Conseil d’Etat évoque un «contournement inadmissible» de la loi, dans son récent Plan directeur cantonal. François Longchamp, en charge de l’Urbanisme, va bientôt annoncer des mesures pour lutter contre ce phénomène qui, parfois, relève de la pure spéculation.

L’exemple le plus flagrant se situe à la Tulette de Cologny, où un grand chantier est en cours. Ici, le promoteur Abdallah Chatila construit 250 appartements, dont 149 sont à vendre en PPE (propriété par étages). Or, quelques familles, en bonne partie de Cologny et fortunées, ont fait main basse sur ces PPE. Les anciens propriétaires, qui ont vendu le terrain, ont acquis 29 appartements! Sur les 120 restants, plus de 70 ont été vendus par lots de deux, trois, voire six appartements. «De nombreuses familles en ont acheté pour leurs enfants, mineurs ou pas, dans le but de se retrouver ensemble», explique Abdallah Chatila. Jean Murith, qui était maire de Cologny quand l’opération s’est montée, a acheté deux appartements. In fine, on ne trouve que 52 personnes qui n’ont acheté qu’un seul logement. Et encore, parmi ce chiffre figurent des membres d’une même famille.

«Comme Mark Muller me l’a demandé à l’époque, je n’ai gardé aucun appartement pour moi, déclare Abdallah Chatila. J’ai tout vendu. Mais il n’est pas interdit de vendre plusieurs appartements à des membres d’une même famille.»

«Objectifs spéculatifs»

Le promoteur a raison. Il n’y a rien d’illégal dans ces pratiques. Mais elles sont contraires à l’esprit de la loi qui vise à favoriser l’accession à la propriété pour la classe moyenne. C’est d’autant plus problématique que la Tulette n’est pas un cas à part. Et qu’il arrive souvent que les acquéreurs n’habitent pas leur bien. «Dans certaines opérations, près de la totalité de ces logements sont remis en location et servent leurs acquéreurs dans de seuls objectifs de spéculation», relève le Conseil d’Etat.

Pourquoi un tel intérêt pour ces appartements? La raison est simple. Ces immeubles se situent en zone de développement. Ici, le prix du terrain est contrôlé, tout comme le plan financier de l’opération. Cela doit permettre de fournir des loyers abordables pour la classe moyenne. Un cinq pièces se vend ainsi entre 600 000 et 800 000 francs, ce qui est très inférieur au prix du marché. Après dix ans, ces appartements sortent du contrôle de l’Etat et peuvent être vendus au prix du marché. Soit deux à trois fois plus cher sur la Rive gauche.

Notre enquête révèle que ce phénomène ne se limite pas aux beaux quartiers. Au chemin des Fleurettes, près de la place des Nations, la société Sogeprim a réalisé un immeuble d’une quinzaine de logements. Ils ont tous été rachetés par les administrateurs de la société. François Moser, par ailleurs associé de la régie Moser Vernet, en a acquis cinq. Les autres ont été achetés par ses partenaires, une famille qui possède de nombreux immeubles à Genève. Aucun d’eux n’y habite.

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Créé: 16.07.2014, 21h36

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