Des nostalgiques pleurent la gare des Eaux-Vives

GenèveCe bâtiment de la fin du XIXe siècle, conçu pour être provisoire, est en cours de démolition.

La démolition de l’élégante gare d’antan a démarré. Comme on peut le voir ci-dessus, le bâtiment a déjà été bien entamé dans sa substance.

La démolition de l’élégante gare d’antan a démarré. Comme on peut le voir ci-dessus, le bâtiment a déjà été bien entamé dans sa substance. Image: Laurent Guiraud

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«C’est scandaleux, réagit un amoureux de vieilles pierres en découvrant la démolition en cours de la gare des Eaux-Vives. A l’époque de l’annonce du chantier du CEVA, des édiles avaient pourtant affirmé qu’ils feraient tout pour sauver ce charmant bâtiment.»

Ce mécontent n’est pas le seul à pleurer la petite gare datant de la fin du XIXe siècle. Et même si son triste sort était connu depuis un certain temps déjà, les défenseurs du patrimoine n’en sont pas moins remontés. A commencer par la réputée professeure d’histoire de l’architecture à l’Université de Genève, Leïla el-Wakil: «Pourquoi vouloir toujours tout raser? On assiste à un nouveau crime contre la vieille Genève.» Et pourtant, estime-t-elle, «l’alliance entre l’ancien et le nouveau est très intéressante. Nous ne combattons pas la ville nouvelle et le développement des transports publics, symbolisé par le CEVA, mais on aurait très bien pu conserver ce bâtiment. Non seulement pour son caractère historique, mais aussi parce qu’étant en bon état, il aurait pu servir à des usagers dans le quartier.» D’autres sont plus sceptiques sur la conservation de cet édifice qui, de toute façon, ne pourra plus être sauvé…

La gare des Eaux-Vives (Photo: Bibliothèque de Genève)

Histoire ferroviaire

Déjà bien entamée dans sa substance, la petite gare fait partie de notre patrimoine, considère la spécialiste: «Tête de ligne du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée), elle fut inaugurée en 1888. A ce titre elle représente, avec la gare de Chêne-Bourg, qui a, elle, été ripée sur rail pour échapper à la démolition, tout un pan de l’histoire ferroviaire et du tourisme genevois et frontalier.» L’un des rares souvenirs d’une forme d’architecture proto-industrielle, ajoute Erica Deuber Ziegler, fer de lance d’Action Patrimoine Vivant, association très impliquée dans la sauvegarde de la station eaux-vivienne «témoin de l’histoire du quartier, qui compte un des plus beaux ensembles d’architecture Heimatstil de la Ville entre l’avenue de la Gare des Eaux-Vives, la rue de Savoie et la route de Chêne».

Pétition bien tardive

«La gare des Eaux-Vives est le cœur d’un quartier en pleine mutation, renchérit Leïla el-Wakil. Que personne parmi les développeurs et les aménagistes n’en ait soupesé l’intérêt avant de la biffer d’un trait de stabilo pour implanter une ligne de maisons comme dans n’importe quel no man’s land, en dit long sur le peu de culture et de sensibilité de nos responsables politiques.»

Les supporters du plus ancien édifice des lieux ont lutté jusqu’au bout pour l’épargner. Une pétition, munie d’une centaine de signatures, a même été envoyée, au début de janvier, au conseiller d’Etat Antonio Hodgers. Une action pour le moins tardive, non? «Oui, admet Leïla el-Wakil. C’était la pétition de la dernière chance. Mais notre combat, lui, n’est pas récent. Cela fait plus de quinze ans que des démarches ont été entreprises pour préserver la gare.» En 2006 la CMNS (Commission cantonale des monuments, de la nature et des sites) avait recommandé la conservation et l’inscription à l’inventaire du bâtiment. Un organe compétent en matière patrimonial… sans effet sur les décisions des autorités? «Tout a été tranché avant mon arrivée au gouvernement», réagit Antonio Hodgers.

Le patron du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie n’est toutefois pas insensible au sort réservé à la petite gare: «Je ne peux plus arrêter le train en marche, mais cette démolition me fait un pincement au cœur. J’ai de la sympathie pour la démarche des partisans de cet élégant bâtiment et de l’histoire touristique qu’il véhicule.»

Facile à démonter

Et cela même si la station des Vollandes – comme on l’appelait à l’époque – a été vue d’emblée comme un ouvrage provisoire. «D’où sa conception en bois, qui avait un double avantage, relevait la Tribune de Genève dans son édition du 23 décembre. C’était une construction peu onéreuse et surtout facile à démonter, afin de ne pas gêner la prolongation de la ligne qu’on espérait prochaine.»

Leïla el-Wakil l’admet, mais «ce provisoire a fini par devenir historique. Prenons l’exemple du Lignon; ses concepteurs avaient prévu un amortissement sur cinquante ans. Ils ne pensaient pas forcément à la pérennité de cet ensemble monumental. Or aujourd’hui, il est classé.»

(TDG)

Créé: 24.01.2017, 21h04

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