Des millions pour le joyau du Métropole

HôtellerieLe directeur de l’hôtel, propriété de la Ville de Genève, plaide pour une rénovation totale.

Image: PIERRE ABENSUR

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Le Métropole navigue actuellement entre deux eaux. Le mandat de gestion de cet établissement de la Ville accordé à Swissôtel a pris fin le 30 juin. Il est repris provisoirement par une société suisse d’exploitation hôtelière, Independant Hospitality Associates (IHA), en attendant un appel d’offres pour l’attribution à long terme. La magistrate Sandrine Salerno veut que le cinq-étoiles s’ouvre plus à la population genevoise (lire: «Le Métropole doit s’ouvrir à la population»). Le nouveau directeur, Philippe Rubod, affirme déjà transformer ce souhait en réalité. Il s’explique.

Comment se passe la transition depuis le 1er juillet?

Sans à-coups, sans bugs. Pour la clientèle, rien d’important n’a changé dans l’apparence externe ou interne. Le personnel est toujours le même. Il n’y a pas de choc, mais une création de valeur.

C’est-à-dire?

Nous avons affilié l’hôtel au prestigieux groupement Preferred hotels & Resorts. Et nous avons choisi des peignoirs et une ligne de produits de salle de bains positionnés plus haut de gamme que précédemment. L’impact de ces produits est proche de zéro sur l’environnement. En cela nous nous inscrivons dans la démarche durable de la Ville.

Comment appliquez-vous sa volonté de rendre le Métropole plus genevois?

En créant une relation féconde avec la Ville. Elle nous ouvre des portes. Nous sommes l’hôtel officiel du Festival Tous Ecrans. On est en train d’imaginer des packages comprenant une offre culturelle avec le Grand Théâtre. On est aussi en contact avec le Fonds municipal d’art contemporain pour des expositions.

N’est-ce pas un peu élitiste pour s’ouvrir à la population?

Le Métropole n’est pas un ghetto de luxe. Nous avons pris deux initiatives pour ouvrir l’établissement à ceux qui n’y viennent pas d’habitude. Nous avons créé une extension de notre terrasse sur le toit: le Big 5. C’est une version beaucoup plus décontractée, accessible sans réservation. Les prix y sont en moyenne 30% inférieurs. Nous avons aussi un nouveau concept pour le déjeuner au rez. Environ 90% des gens qui travaillent dans le quartier ne disposent que de 30 minutes et de 30 francs. Avec notre restaurant Gusto, c’est impossible, il faut compter une heure minimum et un budget entre 60 et 80 francs. Donc nous avons ouvert début septembre un buffet en self-service à volonté, «La Cantina Del Gusto», avec une formule à 29 francs comprenant dessert, eaux minérales et café (ndlr: depuis l’interview, un brunch réservé aux célibataires et couples sans enfants s’est ouvert).

IHA est mandatée pour un an et demi, est-elle candidate à plus long terme?

La réponse sera donnée par le directeur général d’IHA. Cela dépendra de la façon dont la Ville décidera de traduire dans les faits le repositionnement de l’hôtel. Elle veut un «hôtel de luxe lifestyle». Nous adhérons à cette vision. Mais il sera déterminant de savoir les moyens qu’elle va consacrer aux investissements pour les 10 ou 15 prochaines années, notamment en rénovation.

L’hôtel a déjà subi des liftings…

C’était plus de l’ordre de l’entretien, de rénovations partielles comme des tentures, des moquettes, des salles de bains. Mais le décor des espaces publics date d’il y a une quinzaine d’années. C’est la durée de vie d’un concept dans l’industrie hôtelière. Il faut repartir dans un projet plus lourd.

Qui coûterait donc plus cher?

Ça dépend si on touche à la structure interne ou pas, comme le nombre de chambres, les accès publics si l’on déplace l’entrée principale par exemple. Entre 25 et 50 millions pour une rénovation lourde et totale (ndlr: le Département municipal des finances précise que ces chiffres sont très approximatifs et que d’autres scénarios sont à l’étude).

Que la Ville devrait assumer seule?

Dans certains cas, les frais sont partagés entre le propriétaire et l’opérateur. Encore faut-il que le propriétaire le souhaite. Car si l’opérateur entre dans les investissements, les prérogatives du propriétaire sont aliénées.

Ces chiffres pourraient effrayer une partie de la classe politique, qui avait saisi, en vain, la Cour des comptes.

Qui dit investissement dit retour sur investissement. Si nous voulons continuer à générer deux à trois millions de cash-flow par an dans un marché ultraconcurrentiel, il faut maintenir l’établissement à flots.


Les coulisses du nouveau logo

L’hôtel connaît un changement de gestionnaire, et donc de logo. Adieu Swissôtel, bonjour… Métropole. Surprise, pas de trace du nouvel opérateur, IHA? «Notre vocation est de mettre l’ADN de l’hôtel au premier rang, alors que les grands groupes mettent en avant leur marque, explique Philippe Rubod. En tant qu’indépendants, on veut donner l’expérience du lieu, pas de la marque.» Combien cela coûte-t-il? «Rien ou très peu car les fournitures d’exploitation sont utilisées de toute façon, donc il y a peu de surcoût. Le plus gros investissement porte sur l’informatique, autour de 100 000 francs. Il s’agit pour moitié d’équipements hardware qui arrivaient en fin de vie.»

Joyce Ditchburn est chef de réception depuis 1987. Elle a connu le passage sous la bannière Swissôtel en 1998 et vit maintenant la situation inverse. «Il a fallu changer toute la papeterie, les stylos, les adresses e-mails, le serveur. Les clients qui ont déjà vécu le premier «rebranding» en 1998 nous disent qu’on revient aux racines.»

Les produits estampillés «Swissôtel» ont été repris par ce groupe, mais ceux estampillés «Swissôtel Métropole», devenus inutilisables, ont été donnés. Un stock de 2800 parapluies a ainsi atterri dans une association caritative, indique Raphaël Mukarji, directeur de l’hébergement. Lors d’une soirée d’au revoir, le personnel a pu emporter tasses et peignoirs.

La terminologie des chambres a également été modifiée. Les chambres «Signature» (terminologie propre à Swissôtel) ont été rebaptisées «Lifestyle». Un nouveau site Web a été créé, mais les moteurs de recherche n’ont pas forcément intégré le changement. Google fait toujours apparaître un lien promotionnel vers Swissôtel en premier résultat pour le mot-clé Métropole, juste devant le nouveau site officiel.

Le personnel arbore désormais fièrement un pin’s avec le blason genevois. «Beaucoup de clients nous demandent s’ils peuvent l’acheter, mais malheureusement non, c’est la Ville qui nous les fournit», conclut, Joyce Ditchburn, amusée. (TDG)

Créé: 21.09.2016, 16h10

Historique

Depuis 1854 La date de création est désormais mise en valeur sur toutes les cartes de visite, accolée au nom Métropole: 1854. Construit par une société privée, sa salle à manger tenait lieu de salle de concert ou de bal. L’établissement aurait accueilli Richard Wagner, Hector Berlioz ou encore le roi Edouard VII.

En 1941, la Ville le rachète et le met à la disposition du CICR. Après avoir envisagé la vente, les autorités décident en 1947 de lui rendre son affectation hôtelière. A l’époque déjà, sa rénovation a fait l’objet d’un crédit de construction de 482 000 francs voté par le Conseil municipal.

En 1977, le peuple refuse un projet de démolition-reconstruction. L’hôtel Métropole est donc rénové pour 34,4 millions, financés par un emprunt bancaire et dont les intérêts et amortissements sont payés par prélèvement sur les bénéfices. Il exploité en régie directe et les résultats sont médiocres. Un contrat de gestion est alors signé en 1998 avec Swissôtel. Il a été prolongé jusqu’au 30 juin 2016. IHA assure la gestion jusqu’à l’établissement d’un cahier des charges et d’une procédure de marchés publics.

Philippe Rubod, directeur du Métropole (Image: S. Iuncker-Gomez)

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