Des gardiens dans le collimateur de leur hiérarchie

Prison Le Département de Pierre Maudet entend sanctionner une soixantaine de geôliers qui ont manifesté en faveur de leur directeur.

Deux mois après le rassemblement surprise d’une soixantaine de gardiens devant la prison de Champ-Dollon, venus sur leur temps libre protester contre le départ de leur directeur Constantin Franziskakis, le Département de la sécurité et de l’économie (DSE) entend les sanctionner.

Deux mois après le rassemblement surprise d’une soixantaine de gardiens devant la prison de Champ-Dollon, venus sur leur temps libre protester contre le départ de leur directeur Constantin Franziskakis, le Département de la sécurité et de l’économie (DSE) entend les sanctionner. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Deux mois après le rassemblement surprise d’une soixantaine de gardiens devant la prison de Champ-Dollon, venus sur leur temps libre protester contre le départ de leur directeur Constantin Franziskakis, le Département de la sécurité et de l’économie (DSE) entend les sanctionner. Dans un secteur pénitentiaire en plein chamboulement, l’heure n’est pas à l’apaisement. La situation en cinq points.

1: Climat tendu

En toile de fond, c’est la guerre des chefs depuis des mois entre Constantin Franziskakis, très expérimenté après avoir passé onze ans à la tête de la plus grande prison suisse, et Philippe Bertschy, directeur général de l’Office cantonal de la détention (OCD) depuis deux ans. De profondes divergences opposent les deux hommes aux styles radicalement différents. Et cela dans un climat tendu en raison d’une réforme du pénitentiaire mal acceptée par les troupes, dictée par la direction générale de l’OCD.

2: «Je suis Constantin»

«Je suis Constantin» ou encore «Ejecter le compétent, pour sauver l’arrogant». En déployant des banderoles devant la prison le 4 février, des gardiens de Champ-Dollon ont exprimé leur soutien à Constantin Franziskakis et leur colère de le voir nommé à d’autres fonctions par le magistrat Pierre Maudet. «Le départ du directeur soulève des inquiétudes légitimes qui doivent être entendues et auxquelles il doit être répondu pour préserver un climat social serein dans l’intérêt du bon fonctionnement de l’institution», s’est inquiétée dans une récente question urgente la députée Nicole Valiquer. La socialiste demande au département ce qu’il compte faire pour rétablir le dialogue.

3: Chasse aux gardiens

Au lieu de rétablir le dialogue, le département a choisi de durcir le ton. Selon nos informations, une quinzaine d’agents de détention vont être convoqués à un entretien de service et risquent une sanction. Pour quelles raisons? Le règlement sur la tranquillité publique stipule que tout acte ou manifestation de nature à troubler la tranquillité et le bon ordre à l’intérieur ou à l’extérieur des établissements pénitentiaires est interdit, rappelle en substance Laurent Forestier, directeur de la communication à l’OCD. Il précise que Constantin Franziskakis «a été chargé de mener les entretiens parce que la procédure le prévoit ainsi». Or, comme le directeur était l’objet du soutien exprimé par ses gardiens, le conflit d’intérêts paraît évident. Mais à cette question, pas de réponse.

4: Syndicaliste visé

Me Robert Assaël fustige le procédé du DSE: «Cette histoire est hallucinante! Des gardiens ont surtout exprimé leur soutien à leur directeur, ce qui devrait réjouir le magistrat!» Plus grave encore à ses yeux, l’attaque contre le représentant syndical des gardiens, Nicolas Allaz, qu’il défend. Il a été convoqué à un entretien de service. Selon nos sources, il sera entendu le 11 avril au sujet des critiques émises à l’encontre de Philippe Bertschy et de son rôle supposé dans l’organisation de la manifestation. «Un représentant syndical a un droit de parole plus large que d’autres fonctionnaires. En poursuivant mon client, le chef du département veut museler les syndicats, contrepoids indispensable dans un Etat de droit.»

5: Médiation souhaitée

Informée des derniers développements par notre appel, la députée Nicole Valiquer s’interroge: «Mes inquiétudes semblent justifiées. Le DSE ne va pas dans le sens de l’apaisement. Il ne faut pas rajouter de l’huile sur le feu mais au contraire favoriser le dialogue.» Elle s’offusque aussi de la méthode du département: «Demander à Constantin Franziskakis de mener les entretiens de service, c’est le mettre dans un conflit de loyauté inacceptable.» Face à cette situation, elle s’interroge sur l’opportunité d’une médiation. (TDG)

Créé: 02.04.2017, 18h14

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