Des experts fustigent le rapport du patron de Curabilis

Détenus psychiatriques«Il faut plutôt fermer cette prison!» dit Jean-Pierre Restellini, ex-président de la Commission nationale de prévention de la torture.

Panteleimon Giannakopoulos, responsable médical de la nouvelle prison-hôpital Curabilis (à gauche) et Jean-Pierre Restellini, médecin-juriste. «L'étude fait croire que la médecine pénitentiaire affiliée à la sécurité est une tendance dans les pays du nord de l’Europe. C’est l’inverse!»

Panteleimon Giannakopoulos, responsable médical de la nouvelle prison-hôpital Curabilis (à gauche) et Jean-Pierre Restellini, médecin-juriste. «L'étude fait croire que la médecine pénitentiaire affiliée à la sécurité est une tendance dans les pays du nord de l’Europe. C’est l’inverse!»

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Le projet de réforme du système genevois de soins psychiatriques aux détenus choque. Le rapport du professeur Panteleimon Giannakopoulos, responsable médical de la nouvelle prison-hôpital Curabilis, comporte des erreurs et va à contresens, dénoncent deux spécialistes genevois du domaine. Plus circonspects, des députés veulent examiner le dossier.

«Ce rapport souligne les incohérences de Curabilis depuis sa création, toujours empêtrée dans des problèmes de fonctionnement deux ans après son ouverture. Mais au lieu d’apporter des solutions, le professeur Giannakopoulos ne résout pas les problèmes. Il les accentue. Il faut plutôt fermer Curabilis!» s’emporte Jean-Pierre Restellini, médecin-juriste, ex-président de la Commission nationale de prévention de la torture. L’une des erreurs consiste à vouloir maintenir l’Unité hospitalière de psychiatrie pénitentiaire, accueillant détenus et non-détenus, à Curabilis: «Cela crée un mélange des genres à l’origine des bagarres entre le médical et le pénitentiaire.»

Autre point de rupture majeur: l’intégration des soins psychiatriques aux détenus au Département de la sécurité et de l’économie (DSE). Jean-Pierre Restellini met en garde en rappelant son expérience: «Lorsque j’étais chef du service médical à Champ-Dollon, le directeur de l’époque m’avait demandé d’augmenter globalement la dose de psychotropes pour tous les détenus, excités en raison de la canicule… L’éthique médicale interdit ce genre d’acte de contrainte «chimique», ce qu’il avait finalement compris. Lorsque les médecins sont directement rattachés au service du pénitentiaire, tous les dérapages sont possibles.»

Une étude à contresens

Le risque est si grave qu’il fait sortir de sa réserve habituelle le prédécesseur de Panteleimon Giannakopoulos à Curabilis, Hans Wolff. Le Genevois a pris connaissance récemment de l’étude et se prononce en tant que membre du Comité européen pour la prévention de la torture. «Elle comporte de graves erreurs et mène sur une fausse piste. Elle fait croire que la médecine pénitentiaire affiliée à la sécurité est une tendance dans les pays du nord de l’Europe. C’est l’inverse! En 1987, la Norvège a rendu les soins en milieu pénitentiaire indépendants des autorités de la sécurité. Depuis, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, et cette année la Finlande ont notamment suivi. Pour sa part, Genève a joué un rôle de précurseur mondial en la matière.»

Et de souligner: «L’indépendance du médical est un atout en termes de formation continue, de surveillance des actions. Elle favorise l’engagement de professionnels de qualité et permet d’éviter les conflits d’intérêts. Tout cela a un impact positif sur la sécurité. C’est un grand principe de médecine défendu par l’ONU et le Comité central d’éthique de l’Académie suisse des sciences médicales.» Comité dont Hans Wolff est aussi membre.

«Nous resterons particulièrement attentifs aux notions d’indépendance, de confidentialité et de séparation», réagit pour sa part Michel Matter, président de l’Association des médecins genevois, qui n’a pas reçu le rapport.

Secret médical en question

L’idée d’affiliation unique au DSE est jugée «irréaliste» par un membre de la Commission de la santé au Grand Conseil, le PDC Bertrand Buchs. Il y voit une nouvelle attaque portée contre le secret médical. «Les détenus ne se confieront plus aux soignants, ce qui affaiblira la sécurité.» Dans ces conditions, «ils ne trouveront plus de médecins pour travailler en milieu carcéral».

Plus prudent, le député d’Ensemble à Gauche Christian Zaugg est «surpris par le concept» et veut entendre l’auteur. Le socialiste Roger Deneys, lui, ne s’opposerait pas au rattachement du personnel médico-soignant de Curabilis – et uniquement de cet établissement – au DSE. Mais avant toute «décision précipitée du Conseil d’Etat», il souhaite que le rapport soit transmis à la commission des visiteurs et à la commission d’enquête parlementaire (CEP) chargée de faire la lumière sur le drame de l’unité de sociothérapie La Pâquerette. Car la CEP devrait elle aussi proposer des changements dans le système de soins aux détenus. (TDG)

Créé: 14.06.2016, 21h38

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