Des étudiants font plier le rectorat

Université de GenèveLes étudiants protestaient contre la décision de rendre payante l'inscription à l’UNIGE. Le recteur a finalement supprimé la mesure.

La discussion entre les étudiants et le vice-recteur s'est poursuivie jusque vers 23h.

La discussion entre les étudiants et le vice-recteur s'est poursuivie jusque vers 23h. Image: AT

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Il est 20h ce mercredi et à cette heure-là les couloirs des universités sont habituellement déserts. Pas à Uni Dufour. Car plus d'une centaine d'étudiants ont décidé d'occuper l'étage où se trouvent les bureaux du rectorat. Ils sont venus pour protester contre la décision de l'Université de Genève (UNIGE) de rendre payantes les inscriptions. Les nouveaux étudiants titulaires d’un diplôme suisse devront dorénavant payer 50 francs, et les titulaires d'un diplôme étranger devront, eux, débourser 150 francs. Après de longues discussions, le recteur annonce d'abord vers 21h que la hausse serait suspendue pour 2017. Les étudiants refusent la proposition, prêts à passer la nuit à Dufour pour obtenir une suppression totale de la hausse. Leur ténacité va payer: le recteur décide finalement de la supprimer!

«Action pacifique et festive»

C'est en octobre qu'on apprend que le rectorat a édicté un nouveau règlement relatif aux taxes universitaires et aux émoluments, une décision prise à huis clos sans la présence de représentants des étudiants. Le rectorat défend cette mesure en expliquant que les émoluments devront permettre de couvrir à hauteur d'environ 600 000 francs les frais liés au traitement de dossiers des étudiants, qui sont, eux, estimés à 1 million de francs. Et rappelle que les émoluments de l'UNIGE sont les plus bas de Suisse. La faîtière des associations estudiantines, la CUAE, a dénoncé une hausse détournée des taxes universitaires, une atteinte à l'accessibilité des études et une discrimination financière. Une plateforme, «Stop la hausse», rassemblant des organisations, collectifs et associations étudiantes, s’est formée.

Plusieurs réunions de négociations ont ensuite eu lieu, «mais le rectorat a fait la sourde oreille, rapporte Quentin Stauffer, de «Stop la hausse», présent à Uni Dufour mercredi soir. La discussion n'est plus possible alors nous avons organisé cette action ce soir.» Mercredi donc, après une manifestation devant Uni Bastions en début de soirée, les étudiants marchent sur sa voisine Dufour. Peu avant 20h, ils ont pris leurs quartiers dans ceux du rectorat. Banderoles de contestation aux murs, musique, ateliers bricolage et réflexion autour du genre, l'ambiance est bon enfant. On sert même à manger; les occupants carburent au couscous concocté par des étudiants. «On veut bloquer l'étage du rectorat, pas l'espace des étudiants, de manière pacifique et festive», continue Quentin Stauffer.

Le recteur annonce une suspension, les étudiants veulent une suppression

Les choses sérieuses commencent vers 21h, le vice-recteur de l'UNIGE, Jean-Marc Triscone, est arrivé. Les discussions peuvent débuter. Aux côtés de Dominique Belin, professeur et président de l'Assemblée de l'Université, il affronte les étudiants réunis en cercle. Il annonce que le recteur, absent de Genève, a finalement décidé de suspendre la hausse pour 2017. Et propose d'entamer rapidement des discussions pour la suite. Mais la suspension ne convainc pas les étudiants. Ils veulent une véritable suppression. Et un engagement écrit, «des garanties, pas des promesses orales!» Pourquoi suspendre plutôt que supprimer? «Nous sommes confrontés à un problème avec le flux des dossiers, qui engendre des coûts importants, nous explique Jean-Marc Triscone. Cette hausse est une solution, bonne ou non on peut en parler. Et c'est ce que nous voulons faire: en suspendant la mesure, nous allons pouvoir prendre le temps de discuter pour trouver une nouvelle solution.»

Compris accepté vers minuit

Il est 21h45, le dialogue s'enlise et ne passe plus. Le vice-recteur repose le micro. Les étudiants, eux, n'en ont pas fini et refusent de lever le camp; ils sont prêts à passer la nuit dans l'Uni. Sans crainte d'être délogés par la police? Nous n'allons pas faire usage de la force, assure le vice-recteur. Mais vers 23h, nouvelle annonce: le recteur met finalement sur la table une nouvelle proposition! A savoir la hausse des frais d’inscription est retirée et une commission sera ouverte afin de réfléchir à la question. Celle-ci sera formée de deux représentants du rectorat, de membres de l’Assemblée de l’Université et de 4 membres de la plate-forme «Stop la hausse».

A minuit, l’assemblée des étudiants a accepté le compromis proposé par le rectorat et les occupants ont ensuite quitté le bâtiment.

(TDG)

Créé: 08.12.2016, 12h12

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