Des compagnons œuvrent sous les toits de la ville

Tradition Avec leur tenue d’un autre temps, ces artisans itinérants étonnent. L’un de leur représentant genevois lève le voile sur ces confréries.

Bernhard Mergel, compagnon charpentier et architecte à Genève, travaille avec des jeunes compagnons allemands, Martin, 23 ans, et Manuel, 22 ans. Ils effectuent un voyage de trois ans, de l’Europe à la Tasmanie, pour parfaire leurs connaissances.

Bernhard Mergel, compagnon charpentier et architecte à Genève, travaille avec des jeunes compagnons allemands, Martin, 23 ans, et Manuel, 22 ans. Ils effectuent un voyage de trois ans, de l’Europe à la Tasmanie, pour parfaire leurs connaissances. Image: Laurent Guiraud

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On croise de drôles d’ouvriers aux abords du chantier de rénovation d’un immeuble de la rue du Diorama. Chapeau vissé sur la tête, pantalon en velours côtelé, chemise blanche, gilet et veste noire, ils semblent venir d’un autre temps. Ces étranges travailleurs, ce sont des compagnons. Mandatés par Bernhard Mergel, charpentier et architecte établi à Genève et lui-même compagnon, ils vont rester plusieurs semaines à Genève pour effectuer des travaux de charpente. Avant de repartir, au gré de leurs envies. Bernhard Mergel est l’un des rares entrepreneurs à Genève qui travaille avec ces artisans. L’occasion d’une incursion dans cette communauté de traditions et de partage. Le mouvement des compagnons remonte au Moyen Age et a alors pour objectif de former des jeunes aux métiers dits manuels, qui transforment la matière, du bois à la pierre, du métal aux textiles ou encore à l’alimentation. Aujourd’hui, le nombre de confréries s’est réduit, mais la tradition perdure. «Il existe encore cinq à six grandes confréries germanophones, trois francophones et plusieurs scandinaves, indique Bernhard Mergel. On compte environ un millier de compagnons itinérants germanophones.»

Quatre maisons à Genève

Le quadragénaire relève que la tradition des compagnons est aussi forte à Genève qu’en France et en Allemagne. «La ville héberge deux auberges de confréries francophones et deux germanophones – dont Le blason d’or, à laquelle j’appartiens.» Un univers qui intéresse les jeunes Genevois? «Oui, il y en a, mais ils se dirigent plutôt vers les confréries francophones. Pourtant, pas besoin d’être bilingue pour venir chez nous, il suffit d’un niveau d’allemand basique.»

Selon les confréries, les modalités de formation diffèrent. Chez les francophones, le jeune intègre une maison dès 16 ans, où il effectue son apprentissage avec de la pratique en entreprise et de la théorie en école. Son cursus se poursuit par un «Tour de France» de cinq à sept ans s’il le désire – sinon, il reste simple apprenti.

«Chez les germanophones en revanche, le compagnon doit déjà être titulaire d’un CFC, précise Bernhard Mergel. Il se lance dans un voyage de deux à trois ans, de chantier en chantier, en restant deux mois maximum au même endroit. Il se déplace en auto-stop, loge dans nos maisons ou chez l’habitant, réinvestit son salaire pour gagner une autre ville. Le but est qu’il se perfectionne au contact d’autres artisans, en maintenant une tradition et en découvrant la culture locale.»

«Se laisser porter par le vent»

Martin et Manuel, 23 et 22 ans, qui travaillent sous les toits de la rue du Diorama, sont justement en plein voyage. Le premier, itinérant depuis un an et demi, a œuvré principalement dans les régions germanophones. Le deuxième a six mois et quelques milliers de kilomètres de plus au compteur, il a parcouru la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie. Sur leur dos, un sacré bagage d’expérience. Et la tenue traditionnelle, obligatoire, à porter sur les chantiers comme sur les chemins, sous le soleil comme sous la pluie.

Comme eux, Bernhard Mergel a aussi pris la route, il y a vingt ans. Après un CFC de charpentier, il a sillonné l’Europe, traversé la Sibérie et participé à un projet sur une île du lac Baïkal, navigué sur la mer du Japon et perfectionné sa technique avec un constructeur de temples. «On ne planifie rien. On se laisse porter par le vent! Si on ne trouve pas de travail dans une ville, on va dans la suivante. Notre philosophie, c’est de voyager pour travailler et de travailler pour voyager.» Ce voyage est aussi initiatique. Durant ces trois ans, le compagnon ne peut pas s’approcher à moins de 50 kilomètres de son lieu d’origine. «Pour éviter qu’au moindre problème il ne se tourne vers ses parents! sourit Bernhard Mergel. On veut qu’il apprenne à se débrouiller.»

Après des années d’itinérance, lui a fini par devenir sédentaire. Il s’est établi à Genève et a créé Mergel & Compagnons Sàrl en 2008. «J’aime travailler avec des compagnons. Il faut faire perdurer cette tradition!» Il se fait d’ailleurs la voix de ses pairs, puisqu’il est l’un des porte-parole de la Confédération des compagnonnages européens. Dont l’assemblée générale 2017 se tiendra du 20 au 22 octobre à Genève.

(TDG)

Créé: 13.09.2017, 19h27

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