Des chômeurs apprennent le codage pour se réinsérer professionnellement

SociétéDurant six mois, Réalise forme 25 développeurs informatiques au parcours atypique. Ils se donnent à fond. Reportage.

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Deux pièces. L’une avec des stores rouges, des poufs jaune vif et des canapés noirs pour la pause. L’autre, une salle de cours où les ordinateurs ronronnent. C’est là, dans les locaux de Réalise ( lire ci-contre ), que José, Virginie, Pietro, Yousra et les autres vont s’escrimer durant six mois à apprendre le métier de développeur web.

C’est un défi pour ces élèves aux parcours atypiques et pour lesquels une formation spéciale a été développée, qui allie des cours sur les langages de programmation, des exposés et des stages. L’enseignant est atypique lui aussi: «J’ai travaillé douze ans dans l’informatique sans diplôme avant d’en passer un, explique Vincent. Aujourd’hui, le diplôme est devenu indispensable. C’est un critère essentiel pour les employeurs.»

Quatre exemples

José a 44 ans. Il est Espagnol et travaille en Suisse depuis huit ans. «Je viens de la construction navale. J’ai travaillé dans le bâtiment, comme coffreur et grutier. Mais à la longue, j’ai développé une hernie discale, des problèmes aux chevilles et à l’épaule.» Plus moyen de travailler dans le bâtiment. Reconnu par l’assurance invalidité, il ne touche toutefois pas d’indemnisation et s’inscrit au chômage. La suite est classique: fin de droits puis service de réinsertion professionnelle à l’Hospice général, qui lui propose cette formation. «C’est une chance d’acquérir les bases du développement. Contrairement à d’autres cours, on saura faire quelque chose au bout.»

Pietro a 49 ans. Employé dans le commerce, il est chômeur depuis peu lorsqu’il se voit proposer la formation. Il n’a pas hésité. «Développeur, c’est travailler dans un métier d’avenir, dit-il avec conviction. C’est une opportunité, car demain les connaissances enseignées ici deviendront nécessaires partout, c’est une évidence.» Pour suivre la formation, la sélection a été sévère. «Il y a une réunion d’information, des tests de motivation ou sur la capacité à travailler en équipe. Ce sont des caractères qui ont été choisis, dit Pietro. On travaille ensemble et cela crée de l’émulation. On doit chercher les réponses par soi-même.»

Yousra, 33 ans, a travaillé dans les médias. «Après ma licence, je me suis dirigée vers le journalisme. J’ai fait un stage gratuit d’un an à Téléversoix en suivant les activités culturelles de la commune. Quand je me suis retrouvée à l’Hospice, j’ai indiqué que je souhaitais me former en journalisme, mais cela coûtait environ 10 000 francs et ça n’a pas été possible. Mon assistante sociale m’a alors parlé de Réalise.» La jeune femme planche sur un projet lui permettant d’unir ses deux passions pour lancer une web TV s’intéressant aux communes. Mais comment devient-on web développeur sans avoir jamais travaillé dans le domaine? «Il faut avoir l’esprit logique. Et c’est comme pour l’acquisition d’une nouvelle langue: cela s’éclaircit peu à peu.»

Virginie a 33 ans, une matu pro, un CFC, mais son entrée dans le monde professionnel – dans le secteur du design – ne s’est pas passée harmonieusement. «Après une succession de stages non rémunérés, j’ai dit stop», explique-t-elle. Au chômage, elle suit diverses formations. «J’ai aussi fait un bilan de compétence, qui indiquait que j’étais intéressée par le web. Ma conseillère m’a alors proposé ce cours. J’espère réussir et postuler ensuite dans des entreprises.»

Intérêt du commerce

Les entreprises joueront-elles le jeu? Avant de lancer son projet, Réalise a effectué une analyse d’opportunité et de faisabilité, dont les résultats se sont montrés encourageants. Soutien du projet de Réalise, Sébastien Aeschbach, le directeur du magasin de chaussures, y croit. «Dans le commerce de détail, on a besoin de vendeurs, avenants, empathiques, comme toujours. Mais aujourd’hui, une expérience dans le digital serait vraiment très intéressante. Nos vendeurs ne voient pas ce domaine avec sympathie, comme un allié, mais la mise en place d’une stratégie d’e-commerce devient vitale pour nous. Or, mandater une entreprise externe revient très cher, bien plus que d’employer quelqu’un qui peut ensuite partager avec d’autres.» (TDG)

Créé: 06.01.2019, 15h50

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