Des centaines d’abris pour le sonneur

NatureL’habitat de cette espèce de crapaud menacée se raréfie. Il faut lui donner un coup de pouce.

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«Oh, regarde, c’est «Teppes 9»!» Les biologistes Emilie et Virginia Tournier sont tout émues. Elles viennent de retrouver un de leurs vieux copains. «Teppes 9» est un crapaud sonneur mâle qui vit dans la région des Teppes de Verbois. «C’est un fidèle. Depuis 2012, nous le retrouvons ici chaque année», confient les jumelles. Ce qui leur permet de l’identifier de manière aussi certaine, c'est le petit nœud papillon que forment les taches noires et jaunes sur son ventre. A l’instar de nos empreintes digitales, ce motif ventral est unique chez chaque individu. C’est joli, mais attention, cela signale que l’amphibien est toxique!

Aide à la reproduction

L’association des sœurs Tournier, Naries, est mandatée par la Direction générale de la nature et du paysage (DGNP) pour mener un programme de protection de ces batraciens, dont Emilie a fait le sujet de la thèse de doctorat qu’elle écrit. Elles viennent de passer une semaine à installer plus de 360 bacs dans tout le canton, pour héberger des crapauds sonneurs. Leur période de reproduction va en effet démarrer. «C’est une espèce pionnière qui s’installe dans des gouilles pas encore colonisées par d’autres espèces, comme des ornières que la pluie a remplies, explique Emilie. Mais ce genre d’habitat tend à se raréfier.» Du coup, la population de crapauds sonneurs à ventre jaune a beaucoup diminué à Genève depuis vingt ans et l’animal est sur la liste rouge des espèces menacées en Suisse.

Chaque printemps depuis quatre ans, des bacs en plastique de 40 centimètres de diamètre et de profondeur sont donc enfouis dans le sol et remplis d’eau. On y met des briques creuses, qui servent d’abri aux crapauds, et une brindille, sur laquelle ils pondent leurs œufs. Une petite surface d’eau limite l’évaporation et c’est moins attractif pour les grenouilles rieuses, qui leur font de la concurrence. En automne, les bacs sont enlevés, notamment pour les purger des bactéries et algues, ou des larves de libellules qui s’attaquent aux œufs et aux têtards.

«Le but, c’est que les crapauds sonneurs recolonisent le canton d’ici quelques années et que nous n’ayons plus besoin de mettre de bacs, précise Emilie. A Versoix, il y a une population presque viable, qui demande moins de suivi. A Verbois, nous avons observé 24 individus en 2012, et 82 l’an dernier.» Des gouilles avaient été créées artificiellement, mais leur fond en argile s’est révélé trop peu étanche et la plupart se sont asséchées. A l’avenir, il y a un projet pour créer des fossés.

Suivi génétique

Dès avril, Emilie et Virginia reprendront le suivi des crapauds sonneurs qui auront emménagé dans les bacs. Elles font des prélèvements d’ADN, afin de contrôler qu’il n’y ait pas d’isolation génétique, c’est-à-dire une colonie qui se retrouve coupée des autres et qui risque d’être sujette à la consanguinité. «Même quand le programme sera achevé, nous continuerons à venir voir nos crapauds, promet Virginia. Ce sont un peu nos bébés!» Les jumelles emmènent à l’occasion le public observer les crapauds sonneurs. Leur prochaine sortie aura lieu fin mai, pour la Fête de la Nature (renseignements sur: www.naries.ch). (TDG)

Créé: 02.04.2015, 17h15

Tout le monde peut aider

Chaque printemps, beaucoup de grenouilles, crapauds, tritons et autres batraciens sont victimes du trafic routier en migrant vers leurs zones de reproduction. Mais chacun peut aider à y remédier. Avec l’association Pro Natura, la Direction générale de la nature et du paysage (DGNP) organise des opérations de sauvetage pour leur faire traverser la route dans des seaux. Les volontaires bénévoles peuvent s’annoncer auprès de l’inspecteur cantonal de la faune, Gottlieb Dändliker (gottlieb.dandliker@etat.ge.ch). Pro Natura recherche par ailleurs des communes pour aménager des gouilles destinées aux batraciens. La Ville de Genève vient ainsi d’en construire deux au Bois de la Bâtie. L’EPFL, qui étudie l’impact de l’urbanisation dans le Grand Genève sur le crapaud commun, fait aussi appel aux bonnes volontés pour localiser des mares susceptibles d’abriter cette espèce protégée (//urbangene.heig-vd.ch).

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