Des caméras cachées dans des réveils de prostituées

JusticeTrois femmes se retrouvent dans le collimateur de la justice. L’une d’elles, libérée cette semaine, est prévenue d’usure.

«Je ne voulais pas être filmée, dit une prostituée. Deux clients se sont aperçus de la caméra et ont menacé d’appeler la police.»

«Je ne voulais pas être filmée, dit une prostituée. Deux clients se sont aperçus de la caméra et ont menacé d’appeler la police.» Image: DR

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La police enquête sur une affaire de prostitution dans un appartement de Champel. Selon nos renseignements, trois Brésiliennes se retrouvent dans le collimateur de la justice depuis la fin du printemps. L’une d’elles, suspectée notamment d’usure et d’encouragement à la prostitution, a été entendue la semaine dernière. Après trois mois derrière les barreaux, elle a obtenu sa libération provisoire.

À l’origine de la procédure, une petite annonce anodine parue sur internet cette année. Il y est question de massages proposés par une jeune femme «pour un moment de détente et de relaxation». Il n’en fallait pas moins pour éveiller le flair de la Brigade de lutte contre la traite des êtres humains et la prostitution illicite. Les agents, qui mènent l’enquête, se rendent à Champel le 15 mai. Ils ont vu juste puisque leur intervention dans un appartement garni de bougies et de coussins débouchera sur trois arrestations: la responsable du salon, une prostituée et une troisième prévenue.

Traquer des vols?

Sur place, les inspecteurs découvrent un agenda avec des noms de femmes et des montants de recettes ainsi que plusieurs caméras qui filmaient notamment des massages à connotation sexuelle. Dans quel but? Caché notamment dans des réveils, le dispositif vidéo était destiné à traquer les vols, assure la tenancière interrogée à la fin du mois de mai par le Ministère public. «C’était pour nous surveiller», assure l’une des prévenues accusant la responsable de les surveiller: «Elle avait peur qu’on garde de l’argent pour nous, assure la prostituée, défendue par Me Bernard Nuzzo. Je ne voulais pas être filmée. […] Deux clients qui se sont aperçus de la caméra m’ont menacée d’appeler la police. C’était le même jour de l’intervention de la brigade au salon de massage.»

Cette prévenue décrit des conditions de vie difficiles: «Les revenus étaient partagés 50-50. Je travaillais de 10 h 30 à 20 h. En principe 7 jours sur 7. Elle (ndlr: la tenancière) me criait dessus quand j’arrivais en retard.» La suspecte raconte également avoir été violée lors de son précédent poste dans le canton de Vaud (ndlr: un fait sans lien avec la présente procédure).

Combien de filles prodiguaient des prestations sexuelles dans le salon? À l’enquête de répondre à cette question, mais la troisième femme, prévenue de séjour illégal et d’exercice illicite de la prostitution, déclare qu’elle faisait des massages traditionnels, des massages naturistes, mais sans assurer de prestations sexuelles: «Je recevais entre 1500 et 1800 fr. de salaire par mois. Je pouvais sortir quand je voulais. [...] J’habite sur place. Je travaillais environ six heures par jour.» Les deux prévenues, qui ont passé une dizaine de jours derrière les barreaux, estiment qu’elles étaient libres de choisir leur travail.

Interrogée, la tenancière, défendue par Me Xavier-Marcel Copt, affirme que l’appartement accueille le salon de massage depuis janvier, lui permettant de payer «le loyer, les charges et le mobilier».

Elle admet qu’elle ne contrôlait pas si les filles avaient des papiers, mais conteste les accusations émises par la prostituée: «Je ne lui ai jamais crié dessus, ni menacé de quoi que ce soit.» Les annonces et les caméras, c’est elle. Et lorsque le Ministère public lui demande pourquoi des images de femmes se trouvent sur son téléphone, elle réplique: «C’était une capture d’écran. J’avais une application qui me permettait de voir ce qui se passait en direct. J’ai voulu tester si la capture d’écran marchait.»

Pour assurer la sécurité

Pour elle, certaines filles craignaient de se retrouver seules avec les clients et ce dispositif visait à assurer leur sécurité. Vraiment? À la justice d’apprécier. Avocat de la troisième prévenue, Me Sacha Camporini estime que sa cliente ne devait pas passer par la case prison: «Sans antécédent, elle aurait pu écoper d’une ordonnance pénale peu après son arrestation, ce d’autant plus qu’à suivre la logique de l’accusation, notre mandante serait la victime des infractions reprochées à la tenancière. Elle n’avait donc pas sa place en prison.»

Aux yeux de Me Nuzzo, avocat d’une autre prévenue, «la manière dont était géré ce salon soulève de nombreuses questions. Ma cliente a été profondément marquée par son arrestation, qui était parfaitement inutile et qui a amené un traumatisme de plus à un vécu déjà difficile.» Et Me Copt de conclure: «Ma cliente est les filles entretenaient des relations cordiales, qui n’ont jamais été empreintes ni de violence ni de contrainte. Ces filles ont été en mesure d’exercer librement l’activité qu’elles s’étaient choisie.»

Créé: 02.09.2019, 06h52

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