Des bus express intronisent la nouvelle loi sur la mobilité

Transports L’Etat présente un agenda pour la mise en œuvre progressive du compromis que le peuple a avalisé en juin dernier

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C’est à peu près le temps d’une gestation humaine. Neuf gros mois après l’acceptation par le peuple d’une nouvelle loi pour une «mobilité cohérente et équilibrée», le Département cantonal des transports a présenté hier l’ébauche de sa mise en musique sur le terrain. La presse a reçu une liste de 102 mesures. «Des solutions pragmatiques et de consensus, estime le conseiller d’Etat Luc Barthassat. C’est pour des moments comme celui-ci qu’on s’engage en politique.»

La loi, rappelons-le, privilégie une approche par secteurs en dessinant deux types de zones urbaines où la priorité serait donnée aux transports publics et à la mobilité douce. La première de ces zones, couvrant le cœur historique de la ville, aurait en outre vocation à voir les zones piétonnes se multiplier (voir carte à droite).

Parmi les mesures qui doivent mettre en œuvre ces principes, plusieurs doivent encore être étudiées; d’autres se manifesteront par étapes. Les effets perceptibles du nouveau texte, fruit d’un compromis négocié au parlement, tarderont souvent à se faire sentir. Mais des petits changements se matérialiseront prochainement.

Bus directs, arrêts révisés

Parmi les premiers et les plus concrets, des bus express seront mis à la disposition des pendulaires dès le 24 avril durant les heures de pointe sur quatre lignes: 5 +, C +, G + et V + (voir carte ci-contre). Repoussée cet hiver faute de tarifs ajustés (on votera à ce sujet en mai), cette prestation destinée aux pendulaires a été rendue possible par une rallonge budgétaire du parlement.

Ces dessertes rapides bouderont certains arrêts et dévieront parfois de la ligne qu’ils accélèrent. Exemple: le bus V + reliera Versoix à l’aéroport plutôt que Cornavin; provenant de Veigy, la ligne G + en revanche se rendra à la gare centrale alors que sa grande sœur, la G, a son terminus à Rive. Entre l’aéroport et Thônex-Vallard, le bus 5 + accéléré évitera le détour par l’hôpital et foncera par le pont du Mont-Blanc.

Une autre mesure touchera les transports publics durant le second semestre. Il s’agit de réorganiser le pôle d’échanges de Cornavin. Des arrêts de bus seront déplacés vers la place de Montbrillant ou le bas de la rue de la Servette. L’objectif est de réserver le passage sous les voies de chemin de fer aux seuls trams 14 et 18, dont les passages à la gare se déroulent aujourd’hui dans un climat de cohue. L’arrêt central ne servira plus qu’à grimper dans les véhicules qui, grâce à une ouverture des portes en deux temps, se seront au préalable délestés de leurs passagers par leur flanc extérieur, sur un espace piétonnisé.

Bâtir une ceinture routière

Dès l’été 2017 et jusqu’à la mi-2018, on s’occupera d’un premier tronçon de la moyenne ceinture, tant autour de la rade que sur la Rive droite. Le Département a pour stratégie d’offrir d’abord au trafic motorisé un itinéraire contournant le centre avant de commencer à apaiser ce dernier. «Pour supprimer le transit dans les zones urbaines tout en y donnant un accès par poches, il est nécessaire d’avoir une ceinture fluide et homogène», avance le directeur général des transports, David Favre.

L’idée est de donner aux voitures un circuit fluide comportant deux voies de circulation sur chaque sens, sur les quais, puis sur un itinéraire empruntant les avenues de la Paix, Giuseppe-Motta et Wendt jusqu’aux Charmilles. Cela passera notamment par une reprogrammation des feux, sur le mode de l’onde verte, soit une synchronisation des feux de circulation sur le même axe. La loi permet aussi de supprimer des parkings sans les compenser si le but est de fluidifier le trafic.

Onde verte pour vélos

Dans le même temps, l’Etat veut mettre en place un aménagement cyclable continu autour de la rade en recourant à un test sur le pont du Mont-Blanc: il passera par un remodelage des voies existantes et du trottoir amont afin de laisser un espace dédié aux deux-roues. Ces derniers devraient aussi disposer d’un itinéraire préférentiel du Bouchet à Cornavin sur l’axe de la Servette avec leur propre onde verte – un concept qui n’est apparemment pas réservé aux voitures. Il pourrait être mis en service déjà en juin, promet l’Etat.

De 2018 à 2019, la moyenne ceinture devrait se mettre en place dans le secteur Arve-Rhône (via l’axe du pont Butin, les Palettes et le Val d’Arve). Puis, après la mise en service du Léman Express, le secteur Arve-Lac prendra le relais de 2019 à 2021. Sur cette base, on compte pacifier certains quartiers, notamment au centre, mais aussi en banlieue.

Des zones 30 à la Jonction

On prévoit ainsi une vaste zone 30 à la Jonction ou une autre dans le quartier lancéen des Morgines. On évite prudemment de parler de piétonnisation. Sans exclure toutefois d’en réaliser, comme cela a déjà été évoqué, à Rive (en lien avec un nouveau parking souterrain) ou aux Bergues. A noter que de telles zones doivent être mises à l’enquête et réalisées en concertation avec les Communes.

On prépare aussi la fluidification de «pénétrantes multimodales», des artères servant à rallier le centre. L’onde verte (motorisée, cette fois) de la route de Malagnou est à bout touchant. Comment fera-t-on si le gabarit routier ne permet pas de réserver une place à tous les modes de transport sur ces artères? «La loi donne une marge de manœuvre, rappelle Matthieu Baradel, chef de projet. Si la place manque, le texte donne la possibilité de travailler par couloirs et de créer des itinéraires cyclables sur d’autres rues.»

(TDG)

Créé: 27.03.2017, 20h27

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Chronologie

Mai 2013 Le précédent Exécutif adopte la stratégie multimodale «Mobilités 2030», avec une approche distincte par zones.

Novembre 2013 L’initiative Verte exigeant la priorité des transports publics dans tout le canton est déposée.

Septembre 2014 Luc Barthassat fait sonder la population et obtient plus de 12 000 réponses.

Décembre 2014 Le parlement rejette l’initiative Verte et décide de lui opposer un contre-projet.

2015 Un groupe parlementaire planche sur un texte abordant tous les modes de transport. Il est voté par la majorité des députés.

5 juin 2016 Le peuple adopte à 67,8% ce compromis en tant que contre-proposition à l’initiative, laquelle est rejetée.

Des associations aux aguets

Pour les acteurs associatifs intéressés par la mobilité, il n’est pas simple de se faire une opinion rapide sur un catalogue touffu de 102 mesures de circulation. «C’est un catalogue à la Prévert, pas très détaillé, ce qui rend son appréciation difficile», note François Membrez, président de la section genevoise du TCS. Qui repère déjà quelques points litigieux dans cet épais catalogue. «L’expérimentation d’une piste cyclable sur le pont du Mont-Blanc, en rétrécissant les voies, est dangereuse et risque de pénaliser la fluidité du trafic autour de la rade, laquelle doit surtout être améliorée en direction du centre, réagit-il. Nous serions en revanche favorables à l’installation d’une piste cyclable moyennant un élargissement du pont ou la pose d’une passerelle, en sachant qu’il existe d’autres options que celle qui a eu les faveurs de la Ville de Genève.» Pour le TCS, l’autre objet d’irritation est le maillon manquant de la moyenne ceinture, sur la Rive gauche. En effet, aucun lien n’est prévu entre ses extrémités situées sur le quai de Cologny et à Frontenex. Interpellé, l’Etat estime que la demande potentielle serait faible pour un tel barreau qui nécessiterait d’importants investissements.

Du côté de l’ATE, on pèse le pour et le contre. Nouvelle présidente de la section genevoise, Lisa Mazzone relève que les mesures présentées sont fidèles à la loi et comportent plusieurs éléments attendus de longue date (améliorations de l’offre de transports publics, voies cyclables, «même une onde verte pour vélo»). Elle ajoute des zones apaisées dans les centres urbains «et même en traversée de localité sur des routes principales». La conseillère nationale écologiste critique en revanche la mise en phase du projet: «Les mesures d’apaisement et de développement des mobilités douces et des transports publics doivent être mises en œuvre au plus vite, pas après les mesures de fluidification.» L’élue veut ainsi inciter les gens à changer de moyen de transport.

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