Des ateliers réunissent recruteurs et réfugiés

EmploiL’association Thrive offre à des migrants la possibilité de bénéficier des conseils d’employés de Procter & Gamble ou du Global Fund

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Chemises fraîchement repassées, bijoux discrets, attention maximale. Hier après-midi, une trentaine de réfugiés participaient à un «career workshop», un atelier carrière, organisé par l’association Thrive, dans les salles polyvalentes du sous-sol du foyer des Tattes.

Manuel Alejandre, directeur des ressources humaines de Procter & Gamble, et Jodie Cole, du Global Fund, ont accepté de donner bénévolement leurs conseils pour améliorer les curriculum vitae et se préparer à un éventuel entretien d’embauche. Des expatriés pour conseiller des migrants. «C’est un hasard, nous avons activé notre réseau et ils ont été motivés à venir, explique Anna Walker, l’une des organisatrices, étudiante en relations internationales. C’est un mélange très intéressant car ils sont tous étrangers mais d’une autre manière.»

Valoriser le positif

Les questions et les réponses fusent. «Qu’est-ce qui retient votre attention sur un CV?» «La simplicité.» «Qu’est-ce qui vous rebute?» «Les fautes d’orthographe.» «Regardez-vous d’abord le CV ou la lettre de motivation?» «La lettre, qui montre si la personne a conscience d’elle-même et sait quel but elle poursuit.» «Quelle tenue est la plus adéquate?» «Il faut être confortable, ne pas se déguiser tout en respectant l’entreprise qui vous reçoit.»

Au-delà des requêtes et craintes usuelles, les participants ont des questions relatives à leur parcours et à leur statut légal en Suisse. Leur parcours migratoire a laissé des blancs sur leur CV. En Suisse, ils ont pris des emplois souvent bien moins qualifiés que ceux qu’ils avaient chez eux. Comment expliquer tout cela à un employeur? Les recruteurs les invitent à valoriser le positif de leur parcours. «Prenons l’exemple de quelqu’un qui a été chauffeur de taxi. Il peut mettre en avant l’apprentissage du français et une opportunité de rencontrer toutes sortes de gens du coin et donc d’être familiarisé avec la culture suisse, illustre Manuel Alejandre. De plus, les migrants ont survécu à des situations extrêmes auxquelles tout le monde n’aurait pas su faire face.»

Briser la peur du permis F

La plupart des participants sont au bénéfice d’un permis F, une attestation d’admission provisoire leur permettant de rester jusqu’à ce que la situation se rétablisse dans leur pays d’origine. D’autres ont reçu un permis B, une autorisation de séjour émise une fois la demande d’asile acceptée. Tous ont le droit de travailler en Suisse mais constatent la réticence de certains employeurs genevois à les engager, faute de statut stable.

«Doit-on mentir et dire que l’on va rester en Suisse?» Jodie Cole fronce les sourcils en entendant le mot «mentir». «Il faut être honnête envers eux et envers vous-mêmes. Il n’y a pas de honte à répondre que vous avez l’intention de rester uniquement quelques années en Suisse», répond-elle. Cette dernière précise que son organisation, comme d’autres institutions internationales, ne prend pas en compte les permis de séjour dans le processus de recrutement.

«Le monde de l’emploi n’est pas parfait, cela prend du temps de changer les mentalités des recruteurs, mais des ateliers comme celui-ci y contribuent, constate Manuel Alejandre. A mon sens, il faudrait enlever le terme de «réfugié» et considérer chaque personne comme un demandeur d’emploi de la région.»

Le message passe et rassure les participants. «J’avais des doutes avant de venir car j’ai suivi de nombreux ateliers sur l’emploi, confie Necla Akkzya, une jeune Kurde. A chaque fois, j’étais un peu désespérée en sortant, mais aujourd’hui j’y ai trouvé l’énergie de faire des choses.»

Un deuxième atelier se tiendra samedi. Ce n’est qu’une étape du projet d’intégration par le travail poursuivi par Thrive. Le 26 octobre, l’association organisera une bourse d’emploi inversée accompagnée de discours de migrants partageant leur expérience.

Créé: 12.10.2016, 20h05

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