Des acteurs de l’islam luttent contre l’extrémisme

FormationUn projet unique en son genre a permis aux organisations musulmanes de développer la lutte contre l’extrémisme religieux.

Mallory Schneuwly Purdie, chercheuse senior au Centre suisse islam et société (CSIS).

Mallory Schneuwly Purdie, chercheuse senior au Centre suisse islam et société (CSIS). Image: Jean-Luc Cramatte

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Loin des idées reçues, un travail de longue haleine met en lumière les collaborations entre les organisations musulmanes et l’État. La démarche relève d’un projet unique en son genre mené par le Centre suisse islam et société (CSIS) de l’Université de Fribourg. Dix-huit associations ont participé à vingt-six ateliers organisés à travers la Suisse. Près de 500 personnes, dont un tiers de femmes et une centaine d’imams, ont planché sur des thèmes parfois sensibles. Comme la prévention de la radicalisation, qui a fait l’objet d’une restitution lundi à l’Université de Genève.

Quinzaine de cas remontés

Si aucun départ de la Suisse n’a été constaté par les autorités depuis 2016, l’attirance pour l’idéologie djihadiste persiste. Un projet pilote nommé «Gardez le lien», initié à Genève voici un an et demi par le conseiller d’État Pierre Maudet, met l’accent sur la prévention. L’une de ses intervenantes, Géraldine Casutt, par ailleurs chercheuse junior au CSIS, observe des besoins croissants. «L’an passé, nous avons géré une septantaine de situations liées à la radicalisation, en répondant tant aux professionnels qu’aux citoyens inquiets. Et depuis le début de cette année, une quinzaine de cas sont remontés, soit plus que l’an passé sur la même période.»

Dans ce contexte toujours préoccupant, les organisations musulmanes sont appelées par les autorités cantonales et fédérales à développer des mesures préventives. On ne part pas de zéro. Le CSIS met d’ailleurs en avant, dans une publication dévoilée lundi, les expériences menées, les bonnes pratiques et le fruit d’échanges au fil des séminaires. L’éducateur Chaouki Daraoui a développé dans le cadre de ses activités au sein de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) des ateliers de «job coaching» pour des jeunes musulmans en rupture. Son équipe a mis en place une méthode d’accompagnement physique, psychique et spirituel, pour que les jeunes concernés redeviennent acteurs de leur vie dans ces trois domaines.

À Bienne, Tuncay Kaptan, médiateur intraculturel au sein d’un groupe de prévention des ruptures appelé Tasamouh, joue un «rôle de modèle» au sein de sa communauté. Confrontée à des cas de radicalisation, son équipe, composée d’une douzaine de médiateurs de différentes religions, peut organiser un entretien réunissant un jeune et un représentant scolaire, un membre de sa famille ou son maître d’apprentissage, dans le but de l’accompagner au fil des mois.

Coopération, mise en réseau, renforcement des bonnes pratiques, formation, valorisation, tels sont les objectifs que le CSIS a visés à travers cette démarche de formation continue. Quatre domaines d’intervention des organisations musulmanes ont été identifiés. «Les mosquées ne sont pas que des lieux de culte mais peuvent être des espaces de socialisation», relève Mallory Schneuwly Purdie, chercheuse senior au CSIS. En organisant des activités, des cours de langues, des événements, les centres islamiques peuvent créer du lien social et constituer un rempart contre la radicalisation. Mais le risque de communautarisme existe. Les mosquées ont aussi une responsabilité dans l’accompagnement des personnes en rupture et dans le signalement de conduites potentiellement dangereuses.

«Les imams, ayant des connaissances théologiques ainsi que du contexte local, pourraient être davantage consultés dans la méthode de transmission du savoir», poursuit Mallory Schneuwly Purdie. Ces formateurs en religion peuvent être des acteurs privilégiés de la prévention. Dans ce registre, le CSIS va poursuivre ses formations avec ce public cible.

«Les jeunes des communautés, familiers non seulement avec le contexte social pluralisé mais aussi avec leur culture religieuse, devraient davantage jouer le rôle de passeurs de savoir», ajoute-t-elle. Enfin, quatrième domaine d’action: Internet doit être davantage investi par les organisations musulmanes afin de valoriser leur savoir religieux et offrir une alternative locale à la prolifération de contenus extrémistes.

Réactions positives

Ce programme répond à une demande du terrain et représente un changement dans l’approche de l’État envers les communautés musulmanes. «Nous n’avons pas affaire à une formation pour nous éduquer, nous instruire, mais pour nous faire participer, salue Montassar BenMrad, président de la Fédération des organisations islamiques de Suisse. Nous sommes passés du rôle d’objet à celui de sujet. Jusqu’à présent, nous avions l’impression d’être des rats de laboratoire pour des universitaires qui nous interrogeaient dans le cadre d’études.» (TDG)

Créé: 17.04.2018, 21h16

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